De Drummond au dernier village du Labrador accessible en motoneige

De Drummond au dernier village du Labrador accessible en motoneige
Denis Comeau, Réal Gagnon s'étaient donné rendez-vous à l'entreprise Komo, qui appartient à Serge Comeau (à droite), à Saint-Cyrille-de-Wendover, pour raconter leur voyage.© Photo du haut : Caroline Lepage | Autres photos du texte : Courtoisie

Collaboration spéciale


Trois motoneigistes ont parcouru 4260 kilomètres en 17 jours


Trois hommes ont réussi l’exploit de parcourir 4260 kilomètres en motoneige, en effectuant un aller-retour de Saint-Cyrille-de-Wendover jusqu’à Red Bay, au Labrador.

 

Serge et Denis Comeau ainsi que Réal Gagnon, à Saint-Fabien-sur-Mer, près de Rimouski. 


Réal Gagnon, de Saint-Lucien, et Serge Comeau, de Saint-Cyrille-de-Wendover, ont parcouru le Québec au complet en motoneige. Son frère, Denis Comeau, s’est joint à eux pour vivre ce périple de rêve, qui a duré 17 jours.

Les trois motoneigistes sont partis de Drummond, le 18 février 2018, pour se rendre jusqu’à la fin de la route blanche, à Blanc-Sablon, sur la Côte-Nord. Ensuite, ils ont fait une petite excursion au Labrador, où ils se sont arrêtés au dernier village accessible en motoneige, Red Bay.

« On voulait aller jusqu’au bout de la piste. Dépassé Red Bay, il n’y a plus rien », expliquent ceux qui ont ensuite pris le chemin du retour.

Pour donner une idée de l’itinéraire, c’est comme s’ils étaient partis de Drummondville, qu’ils s’étaient rendus à la porte de la Floride et qu’ils étaient revenus.

Les motoneigistes n’avaient pas de guide officiel, mais ils se fiaient à Serge Comeau qui avait fait un voyage semblable en solo, il y a trois ans, et qui connaissait le trajet.

« Quand je raconte notre voyage, les gens ont de la misère à croire qu’on a fait ça », s’exclame Réal Gagnon.

Trip de gars

Chaque jour, les trois partaient vers 7 h 30 sur leur motoneige et parcourait en moyenne 250 kilomètres. A la fin de l’après-midi, ils s’arrêtaient où ils allaient passer la nuit.

Ils recouvraient leur motoneige avec une housse pour être certains de la retrouver en bonne condition le lendemain matin.

« On était les seuls à faire ça », souligne Serge Comeau.

En soirée, ils tenaient un meeting pour déterminer l’itinéraire du lendemain.

Comme les chambres de motels comprenaient souvent deux lits doubles, ils tiraient à pile ou face, avec une pièce de monnaie, pour identifier celui qui dormirait seul dans le lit.

Débrouillards sur leur motoneige, les trois hommes admettent néanmoins avoir eu de la difficulté à allumer la télévision de leur chambre et avaient souvent recours à la préposée de l’accueil, qui venait à la rescousse.

Fidèle aux amitiés masculines, simples et cordiales, les trois chums ont vécu leur voyage sans aucune friction, en se disant les vraies choses.

« On n’aurait pas pu avoir plus d’harmonie que ça », commente Denis Comeau.

Son frère Serge estime que leur nombre impair facilitait la prise de décision. S’il y en avait un qui n’était pas d’accord, il se ralliait aux deux autres, qui formaient la majorité.

Méchante frousse

Ces derniers ont un seul bémol à rapporter de leur voyage. Au retour, Serge Comeau, le plus téméraire, les a convaincus de traverser une soixantaine de kilomètres, à la hauteur d’Aguanish, gérés par un réseau privé. La piste, qui n’est pas accessible à tous les motoneigistes, était fermée et peu balisée. M. Comeau les guidait, avec sa boussole.

« Honnêtement, j’ai eu la chienne. On n’a pas vu un «ski-doo» cette journée-là. Et si un bris arrivait, on était dans la «schnout». Ça a été assez rock n’ roll », raconte M. Gagnon.

Ils en sont venus à bout, mais ce soir-là, les trois aventuriers étaient couchés avant 19 h! Ils étaient finalement de retour sains et saufs dans la région, le 6 mars dernier, et heureux d’avoir vécu une telle expérience.

Denis Comeau reste impressionné par les beaux paysages qu’il a vus à Baie-Comeau, avec les chutes glacées. Son ami Réal Gagnon reste marqué par sa traversée de la route blanche, où il se sentait carrément sur la lune. La cerise sur le sundae, pour Serge Comeau, est l’escapade au Labrador où les pistes, selon lui, étaient encore plus belles qu’au Québec.

« C’est le bout que je n’avais encore jamais fait ! », exprime ce vétéran motoneigiste.

Denis Comeau à la fin d’une journée de motoneige, à Blanc-Sablon. 


Pas tous des délinquants

Au terme de ce périple, Réal Gagnon est fier de démentir la mauvaise réputation des motoneigistes. Il assure que personne n’a pris un coup ou «guidouné» durant le voyage.

«Ce n’est pas vrai qu’on fréquente tous les clubs de danseuses. On n’est pas tous comme ça. On n’en a pas vu un», plaide l’homme de 61 ans.

Ce bénévole de l’ARDAD (Association régionale d’auto-neigistes de Drummondville) indique qu’ils n’ont jamais roulé en fou, comme c’est le cas dans plusieurs accidents de motoneige médiatisés.

«Il y en a peut-être 5 % de délinquants qui nous font perdre nos droits de passage. Ce sont tous les autres qui sont corrects qui écopent», ajoute-t-il.


Quelques règles de sécurité

Les trois conduisaient des motoneiges Bombardier, avec un moteur 4 temps, qui avaient été vérifiées avant le départ. Les deux frères Comeau : une Touring sport 600 Ace et Réal Gagnon : une 900 Ace. L’une des motoneiges avait environ 39 000 km au compteur avant de partir.

Les trois motoneigistes se suivaient et ne devaient jamais se perdre de vue. Le moins expérimenté (Denis Comeau) se trouvait au milieu.

Ils ne faisaient pas d’excès de vitesse. Ils ont roulé en moyenne 42 km/h.

Ils avaient en leur possession un téléphone satellite.

En cas d’urgence, ils avaient recours aux services d’Airmedic.


Anecdotes de voyage

Sur la route, la valise de Serge Comeau, qui contenait son argent de poche, s’est retrouvée au milieu de la piste, sans qu’il s’en rende compte. C’est son frère qui l’a retrouvée!

Ce dernier l’a également échappé belle après avoir frappé un arbre avec sa motoneige. Un Innu l’a sorti du pétrin et a réussi à remettre sa machine sur la piste. Par chance, aucun dommage ni blessure n’est survenu.

De son côté, M. Gagnon a utilisé pas moins de trois glissières chauffantes différentes durant le voyage, parce qu’elles brisaient toutes, l’une après l’autre!

Caroline Lepage
Caroline Lepage
JOURNALISTE
PROFIL

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