Travaux municipaux rue Poirier : des aînés se disent « pris en otage » par un chantier qu’ils jugent dangereux et mal planifié

Travaux municipaux rue Poirier : des aînés se disent « pris en otage » par un chantier qu’ils jugent dangereux et mal planifié

Drummondville

Des résidents de la rue Poirier, à Drummondville, dénoncent les conditions dans lesquelles ils doivent se déplacer en raison d’importants travaux réalisés devant leurs propriétés. Dans le secteur directement touché, sept résidences sont occupées par des personnes âgées de 75 à 82 ans. Plusieurs s’inquiètent de leur capacité à entrer et sortir de chez eux, mais également de l’accès des services d’urgence.

Travaux municipaux rue Poirier, des aînés se disent « pris en otage »  @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Une situation qui inquiète les citoyens rencontrés par le Vingt55, lesquels questionnent la planification des travaux et les risques pour leur sécurité. Plusieurs disent se sentir confinés, voire coincés dans leur propre résidence, alors que leurs déplacements sont considérablement limités par le chantier.

Lors du passage du Vingt55, les travaux occupaient la majeure partie de cette portion de la rue Poirier, une rue sans issue. Conduites, câblage, accumulations de pierre et de sable, dénivellations et équipements de chantier s’ajoutaient au va-et-vient de véhicules lourds et de machinerie circulant parfois à quelques pieds seulement des galeries et des accès aux résidences.

Comme a pu le constater le Vingt55, même pour une personne sans limitation physique, certains déplacements représentent un défi.

Âgée de 79 ans et à mobilité réduite, Paula Smith fait partie des résidents qui ont interpellé le Vingt55. Elle affirme, comme d’autres citoyens rencontrés, avoir reçu peu d’information sur le déroulement des travaux et les mesures prévues pour leur permettre de circuler de façon sécuritaire.

« Nous sommes plusieurs dans la même situation », résume-t-elle.

Mme Smith, qui utilise une canne ou une marchette, affirme devoir composer avec la pierre, le sable, les dénivellations et les équipements du chantier pour rejoindre un endroit où un proche peut venir la chercher. Le va-et-vient de la machinerie lourde ajoute, selon elle, aux difficultés.

La situation est particulièrement préoccupante puisqu’elle doit se rendre à plusieurs rendez-vous médicaux en prévision d’une opération à un genou. Elle craint de devoir en reporter certains faute de pouvoir rejoindre son transport de façon sécuritaire.

Une autre résidente du secteur a également confirmé au Vingt55 les difficultés rencontrées par ses proches pour accéder à sa résidence. Sa fille aurait notamment été informée par un responsable du chantier qu’elle devait porter un casque, un dossard et des bottes appropriées pour circuler dans certaines zones et ainsi pouvoir rejoindre sa mère.

Sortir par l’arrière, traverser le chantier… ou rester chez soi

Les possibilités varient selon l’emplacement des résidences. Mme Adelle, une citoyenne demeurant au bout de la rue affirme qu’on lui aurait notamment proposé d’enjamber la clôture de sa galerie et de passer sur le côté de sa propriété, ou encore de sortir par l’arrière.

Une fois sortie, elle doit toutefois composer avec un sol dénivelé, les conduites, le câblage, les équipements et la circulation de véhicules de chantier avant de pouvoir rejoindre un accès lui permettant de quitter le secteur.

Elle doit ensuite composer avec les dénivellations, les conduites et le câblage avant de rejoindre une voie permettant de quitter le secteur.

D’autres disposent d’un accès secondaire derrière leur résidence. Une citoyenne rencontrée par le Vingt55 a toutefois choisi de limiter ses sorties et de reporter certains déplacements pendant les travaux.

Elle refuse également de demander à sa sœur de traverser le chantier pour lui rendre visite.

« Ma sœur ne risque pas de s’aventurer à travers les tuyaux, les camions et le sol dénivelé pour venir me voir, surtout si elle doit porter un casque ou un dossard », résume-t-elle.

Pour certains citoyens, une voie de sortie proposée passe entre deux immeubles et emprunte le stationnement d’un bâtiment résidentiel voisin.

Le Vingt55 a constaté sur place qu’un nouveau panneau interdisant le passage y avait été installé. Des occupants de l’immeuble affirment ne pas avoir été informés que leur stationnement pourrait servir de passage aux résidents touchés par les travaux. Un locataire rencontré par le Vingt55 estime également que faire circuler des personnes âgées, dont certaines avec une marchette, entre les véhicules stationnés ne constitue pas une solution idéale.

L’accès des services d’urgence inquiète, les résidents s’interrogent également sur une éventuelle intervention d’urgence.

« Imaginez s’il y avait un incendie ou une urgence médicale », soulève Mme Smith, qui se demande comment les paramédics ou les pompiers pourraient rejoindre rapidement certaines résidences.

Elle affirme qu’on lui aurait indiqué qu’en cas de besoin, quelqu’un pourrait venir la chercher à l’aide d’une chaise adaptée. Les citoyens pourraient également demander l’assistance d’un employé du chantier pour traverser la zone de travaux.

Une solution qui est loin de rassurer Mme Smith. « J’imagine difficilement comment une personne pourrait recevoir un massage cardiaque efficace, assise dans une chaise, en pleine urgence. Et à 3 h du matin, qui viendra nous chercher? », questionne-t-elle.

Selon elle, si les déplacements sont déjà difficiles et les accès peu évidents en plein jour, la situation pourrait devenir encore plus problématique la nuit ou lors d’une intervention d’urgence.

« Nous avons un trou d’environ 12 pieds devant la galerie. Nous ne sommes visiblement pas dans un environnement sécuritaire », ajoute-t-elle, rappelant également les risques inhérents à la présence d’un chantier.

Les résidents rencontrés insistent sur le fait qu’ils ne contestent pas la nécessité de refaire la rue Poirier. Ils estiment toutefois que la planification des travaux aurait dû davantage tenir compte de l’âge et de la mobilité des citoyens concernés afin de maintenir un accès sécuritaire aux résidences.

Selon eux, des mesures claires et un passage sécuritaire auraient dû être prévus autant pour permettre aux citoyens d’entrer et de sortir de chez eux que pour garantir un accès rapide aux services d’urgence.

Une résidente âgée de 78 ans se montre, pour sa part, un peu moins préoccupée par les travaux. « Ils font du bruit, mais ils ne sont pas là pour rien. Ça occupe mes journées », admet-elle. La dame, qui affirme sortir très peu de son domicile, dit toutefois s’inquiéter davantage des possibles conséquences des travaux sur sa propriété, notamment des poteaux à proximité et des secousses provoquées par la machinerie. « Il faut que ça se fasse, on n’a pas grand choix. Je suis seule, alors pour moi, ça ne change pas grand-chose. Je n’ai que très rarement de la visite », ajoute la résidente

Questionnée par le Vingt55 concernant les préoccupations soulevées par certains résidents de la rue Poirier, la Ville de Drummondville rappelle que les travaux avaient été présentés aux citoyens lors d’une séance d’information tenue à l’hôtel de ville en mai dernier.

« Il s’agit d’un chantier important qui sera actif jusqu’en décembre, alors il y a assurément des inconvénients temporaires. Les mandataires de la Ville doivent conserver un accès sécuritaire en tout temps, alors nous allons valider que c’est bel et bien le cas », indique Anne-Elisabeth Benjamin, cheffe de division des relations publiques et de la participation publique à la Ville de Drummondville, dans une réponse transmise au Vingt55. Concernant les démarches effectuées par les résidents, Mme Benjamin précise que la Ville a reçu jusqu’à présent seulement deux requêtes par l’entremise du service 3-1-1 et affirme que celles-ci ont obtenu une réponse.

« Le 3-1-1 demeure la solution à leurs problèmes et préoccupations », estime la Ville de Drummondville.

« Je souligne donc l’importance d’effectuer des requêtes au 3-1-1 si les citoyennes et les citoyens du secteur ont des demandes ou des préoccupations pour que l’équipe municipale puisse effectuer les suivis et les correctifs nécessaires, le cas échéant », ajoute-t-elle.

Cette réponse survient alors que plusieurs résidents rencontrés par le Vingt55 soutiennent que les conditions d’accès à certaines propriétés demeurent difficiles, particulièrement pour les personnes âgées ou à mobilité réduite.

Travaux municipaux rue Poirier, des aînés se disent « pris en otage »  @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Éric Beaupré
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