Drummondville
Le décès de M. Richard, 61 ans, retrouvé sans vie dans une ressource communautaire venant en aide aux personnes en situation d’itinérance à Drummondville, soulève de nouvelles préoccupations quant à l’accessibilité de certains médicaments vendus sans ordonnance.
Le coroner Yvon Garneau en entrevue au Vingt55 @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.
Dans son rapport d’investigation, le coroner Yvon Garneau attribue ce décès accidentel à une intoxication aiguë à la diphénhydramine, une substance notamment commercialisée sous la marque Benadryl.
Le coroner Yvon Garneau insiste sur la nécessité de mieux encadrer la vente de ce médicament, qui peut être recherché pour ses effets psychoactifs et dont les intoxications sont en hausse au Québec. Selon lui, ce nouveau décès survenu à Drummondville soulève une fois de plus des préoccupations quant aux risques associés à sa consommation et à son accessibilité en vente libre, comme il le souligne dans son rapport d’investigation.
Comme le rapportait le Vingt55 à la suite du décès d’un homme retrouvé inanimé dans une ressource communautaire de Drummondville, le rapport d’investigation du coroner obtenu par le Vingt55, confirme que M Richard, qui vivait en situation d’itinérance, était hébergé à l’organisme L’Ensoleilvent depuis le 5 juin. Le 24 juin, vers 17 h 50, il a été découvert inanimé dans une salle de bain de la ressource. Les ambulanciers ont constaté l’absence de signes vitaux et son décès a officiellement été constaté à quelques minutes plus tard.
Les analyses toxicologiques ont révélé une concentration létale de diphénhydramine dans son sang une substance notamment commercialisée sous la marque Benadryl. Selon le coroner, la consommation excessive du médicament a provoqué une dépression du système nerveux central, entraînant une diminution de la respiration et de l’oxygénation sanguine, puis une atteinte des fonctions cérébrales et cardiaques.
L’investigation révèle que M Richard présentait certains problèmes de santé et avait fait l’objet d’interventions policières dans un contexte de crise. Bien que le rapport mentionne des propos à connotation suicidaire tenus dans les jours précédant son décès, le coroner écarte la thèse d’un geste volontaire. « En l’absence d’indice clair et convaincant de vouloir s’enlever la vie, le suicide doit être écarté », précise-t-il dans son rapport.
Le coroner réclame un meilleur encadrement du produit en vente libre.
Au-delà des circonstances du décès, le coroner attire l’attention sur les risques associés à la diphénhydramine, un antihistaminique couramment utilisé contre les allergies ou pour favoriser le sommeil. Accessible sans ordonnance, ce médicament peut provoquer de graves intoxications lorsqu’il est consommé en quantité excessive. Il peut également être recherché pour ses effets sédatifs et psychoactifs.
En entrevue avec le Vingt55, le coroner rappelle que d’autres décès ont déjà été associés à cette substance au Québec et insiste sur la nécessité de mieux contrôler sa vente.
« Mon investigation a permis de conclure que le décès est attribuable à une intoxication à la diphénhydramine, le principe actif notamment retrouvé dans le Benadryl. Ce décès rappelle que même un médicament disponible sans ordonnance peut présenter des risques importants lorsqu’il est consommé en quantité excessive. Pour le reste, je préfère m’en tenir aux conclusions et aux faits exposés dans mon rapport. »
« C’est un médicament qui devrait être contrôlé par les pharmaciens », affirme également le coroner Garneau en entrevue au Vingt55.
Les préoccupations entourant la diphénhydramine avaient déjà été soulevées par le Bureau du coroner. En mai 2025, à la suite d’une autre investigation, le coroner Vincent Denault avait recommandé à l’Office des professions du Québec de mieux encadrer la vente de ce médicament.
Dans son rapport, le coroner Garneau rappelle cette recommandation et souligne qu’un projet de règlement a été publié dans la Gazette officielle du Québec le 30 juin 2026. Au moment de la rédaction de son rapport, les modifications réglementaires demeuraient toutefois à l’état de projet. Le Centre antipoison du Québec s’est également prononcé en faveur du retrait de la diphénhydramine de la vente libre, notamment en raison de l’augmentation des intoxications associées à cette substance.
« Il importe que les mesures soient rapidement mises en place pour mieux encadrer la vente de diphénhydramine et ainsi contribuer à réduire les risques d’intoxication associés à ce médicament », souligne le coroner Garneau.
Le coroner ne formule pas de nouvelle recommandation officielle, mais ses observations viennent appuyer celle déjà présentée par son collègue Vincent Denault. Il souhaite que son rapport soit transmis à l’Office des professions du Québec afin d’attirer de nouveau son attention sur la nécessité d’agir.
Des mesures correctrices à la ressource communautaire
Le rapport précise que l’homme est entré dans une salle de bain de l’organisme vers 14 h 58. Ce n’est que près de trois heures plus tard, vers 17 h 52, qu’une résidente a signalé que la porte était verrouillée, menant à la découverte de son corps. Questionné par le Vingt55 sur ce délai, le coroner souligne l’importance de l’intoxication constatée. Son investigation ne permet toutefois pas de déterminer qu’une intervention plus rapide aurait pu éviter le décès.
À la suite de discussions avec le coroner, L’Ensoleilvent a instauré un protocole de vérification ponctuelle de la présence des résidents dans ses installations. le coroner Garneau ne juge pas nécessaire de formuler une recommandation supplémentaire à l’endroit de l’organisme.
La diphénhydramine demeure accessible sans ordonnance et peut être consommée à des fins autres que médicales. Son coût relativement faible et sa disponibilité soulèvent des questions quant aux risques de consommation excessive, notamment auprès de personnes en situation de vulnérabilité.
En entrevue le coroner évoque notamment la circulation de ce médicament dans la rue. Son investigation n’a toutefois pas permis d’établir où M Richard s’était procuré le produit ni les raisons de sa consommation. Aucun lien direct ne peut donc être établi entre sa situation d’itinérance et son intoxication mortelle.
Pour le coroner, ce décès vient renforcer l’importance de mieux encadrer la vente de diphénhydramine afin de prévenir d’autres intoxications accidentelles et de contribuer à la protection de la vie humaine, indépendamment de la situation sociale des personnes concernées.

Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.








