Ottawa
Dans une réaction rendue publique jeudi, la CSN estime que le gouvernement fédéral utilise le contexte de guerre commerciale avec les États-Unis pour justifier des décisions économiques qui pourraient accentuer les inégalités et réduire la capacité financière de l’État à répondre aux besoins de la population.
La centrale syndicale critique particulièrement la mise en place de la « mégadéduction à la productivité », une mesure fiscale destinée aux entreprises qui, selon ses estimations, privera le gouvernement fédéral de 36 milliards de dollars de revenus au cours des cinq prochaines années.
Pour la CSN, cette mesure, combinée aux exemptions supplémentaires sur l’imposition des gains en capital, représente un manque à gagner considérable pour les finances publiques. La centrale craint également des répercussions sur les revenus du gouvernement du Québec, qui pourrait être appelé à harmoniser certaines de ses dispositions fiscales avec celles d’Ottawa.
Selon l’analyse présentée par la CSN, les nouvelles mesures fiscales risquent de bénéficier principalement aux entreprises déjà rentables plutôt qu’à celles qui subissent directement les conséquences des tarifs douaniers américains. La centrale soutient également que les secteurs nécessitant d’importants investissements en capitaux, notamment les énergies fossiles et l’extraction des ressources naturelles, pourraient être parmi les principaux bénéficiaires de ces avantages.
Elle déplore par ailleurs les orientations du projet de loi C-39, actuellement à l’étude, qui entraîneraient, selon elle, des reculs en matière de droits des travailleurs, de protection de l’environnement et de reconnaissance des droits des nations autochtones.
La CSN soulève également la question des inégalités entre les hommes et les femmes. Selon les données du ministère fédéral des Finances citées par la centrale, parmi les 21 mesures économiques du budget ayant des répercussions différentes selon le sexe, 20 profiteraient davantage aux hommes qu’aux femmes.
« La guerre commerciale ne peut servir de prétexte pour favoriser la concentration de la richesse, abandonner nos engagements climatiques et mettre encore plus à mal l’état des finances publiques du Canada », dénonce Caroline Senneville, présidente de la CSN.
Les dépenses militaires préoccupent la centrale syndicale
L’augmentation des investissements fédéraux consacrés à l’industrie militaire suscite également des inquiétudes au sein de la CSN. La centrale considère que ces dépenses risquent de limiter les ressources disponibles pour d’autres priorités, notamment les infrastructures de santé, les transports collectifs, le logement social et la transition énergétique.
« C’est autant d’argent qui n’est pas investi dans les infrastructures publiques en santé, dans les transports en commun, dans le logement social et dans les énergies propres », souligne Caroline Senneville.
La présidente de la centrale rappelle que les mesures visant à stimuler l’économie canadienne doivent également permettre au gouvernement de maintenir sa capacité à financer les services publics et les programmes sociaux.
« Renforcer l’économie intérieure ne devrait pas se faire au détriment de la capacité du gouvernement à répondre aux besoins économiques et sociaux de la population », ajoute-t-elle.
Des modifications aux régimes de retraite dénoncées
La CSN s’inquiète également d’une mesure annoncée dans une annexe du budget concernant les prestations de retraite des futurs retraités de la fonction publique fédérale. Selon la centrale, les changements envisagés entraîneraient une diminution des rentes pour certains employés, notamment les agents correctionnels fédéraux qu’elle représente.
La CSN juge cette orientation injustifiée, affirmant que la caisse de retraite des employés fédéraux présente actuellement une excellente santé financière.
« Malgré cela, le gouvernement annonce, unilatéralement, la réduction des prestations de retraite de ses employé-es. Cet appauvrissement, qui touche de plein fouet les agentes et agents correctionnels fédéraux que nous représentons, est totalement inacceptable », dénonce Caroline Senneville.
Malgré ses nombreuses critiques, la CSN reconnaît certaines mesures positives dans le budget fédéral, particulièrement dans les secteurs de la culture, de l’audiovisuel et des médias.
La centrale accueille favorablement la création d’un fonds de 600 millions de dollars destiné à soutenir la production de contenus audiovisuels canadiens. Elle estime toutefois que le gouvernement devrait maintenir sa volonté d’imposer des redevances aux grandes plateformes de diffusion en ligne, afin de contribuer au financement de la production culturelle nationale.
La CSN souligne également positivement l’annonce d’un financement supplémentaire de 300 millions de dollars sur deux ans pour Radio-Canada. Elle regrette néanmoins que le gouvernement fédéral ne propose toujours pas de mécanisme permanent permettant d’assurer au diffuseur public un financement stable, prévisible et durable.
Un budget dont les orientations sociales et économiques sont remises en question
Dans l’ensemble, la CSN considère que le budget présenté par le gouvernement Carney privilégie une approche économique axée sur les avantages fiscaux accordés aux entreprises et l’augmentation des investissements militaires, sans répondre suffisamment aux besoins sociaux de la population. La centrale syndicale estime que les choix budgétaires du gouvernement devraient davantage soutenir les travailleurs, protéger les services publics et favoriser une répartition plus équitable de la richesse.
Si certaines mesures destinées aux secteurs culturel et médiatique sont accueillies favorablement, la CSN maintient que les grandes orientations du budget soulèvent d’importantes préoccupations quant à leurs conséquences sur les finances publiques et les inégalités économiques au Canada.

Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.







