Décès sur un chantier : l’ATSRQ tire la sonnette d’alarme et réclame des mesures urgentes

Décès sur un chantier : l’ATSRQ tire la sonnette d’alarme et réclame des mesures urgentes
Décès sur un chantier, l’ATSRQ tire la sonnette d’alarme et réclame des mesures urgentes@ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

DRUMMONDVILLE

Un tragique accident de travail a coûté la vie à d’un signaleur de 63 ans ce matin, sur un chantier à Drummondville. Le travailleur a succombé à ses blessures après avoir été happé par les roues d’une remorque de poids lourd. L’incident a rapidement fait réagir l’Association des travailleurs en signalisation routière du Québec, de même que plusieurs employés du secteur, qui réclament la mise en place urgente de mesures de sécurité concrètes pour protéger les travailleurs et travailleuses sur les chantiers.

Décès sur un chantier, l’ATSRQ tire la sonnette d’alarme et réclame des mesures urgentes@ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

L’incident a rapidement fait réagir l’Association des travailleurs en signalisation routière du Québec, ainsi que plusieurs travailleurs de chantiers (ATSRQ), qui réclament tout comme des travailleurs rencontrés par le Vingt55 mesures de sécurité additionnelles afin de mieux protéger la vie des ouvriers œuvrant sur les chantiers routiers et de construction.

Une enquête de la Sûreté du Québec (SQ), CNESST et du Coroner en cours

La Sûreté du Québec, en collaboration avec la CNESST et le Bureau du coroner, a ouvert une enquête afin de faire la lumière sur les circonstances de cet événement dramatique.
« Les circonstances de l’accident restent à éclaircir », a indiqué le coroner Yvon Garneau, rencontré sur place par Le Vingt55.

« Plusieurs éléments devront être analysés et des témoins rencontrés », a précisé le coroner Garneau. L’inspection mécanique du véhicule, tout comme les mesures de sécurité en place sur le chantier, seront également scrutées dans le cadre de l’enquête.

Parmi les pistes envisagées : le travailleur a-t-il été distrait par la manœuvre d’un autre véhicule ? Y a-t-il eu une confusion dans les directives transmises au camionneur ? Le bruit ambiant a-t-il empêché d’entendre le signal sonore de la remorque ? est-ce que les systèmes et moyens de communication en place étaient efficaces ? Autant d’hypothèses que les enquêteurs devront examiner, précise le coroner Garneau.

Une fois l’analyse de la scène complétée, la dépouille sera transportée au Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale de Montréal, afin de procéder à des examens plus approfondis sur les causes et les circonstances du décès, comme l’exige tout accident de travail mortel.

« C’est très triste. Quand on part travailler le matin, c’est pour revenir à la maison le soir, auprès de notre famille, c’est un père de famille, il a deux enfants, nous sommes très tristes pour eux », a soufflé un collègue rencontré sur place par le Vingt55. Témoin du tragique événement, il avait de la difficulté à expliquer comment un simple moment d’inattention avait pu tourner au drame.

Un deuxième décès en chantier depuis le début de l’année

Il s’agit du deuxième décès en chantier enregistré au Québec depuis le début de l’année 2024. Un collègue de la victime, encore sous le choc, a confié au Vingt55 : « Je venais tout juste de le croiser. Je me suis retourné, et le pire scénario venait de se produire. Je n’ai rien pu faire. »

Le conducteur du poids lourd impliqué sera rencontré par les enquêteurs afin d’établir les faits. Parmi les hypothèses examinées : un défaut de communication entre les membres de l’équipe, le bruit ambiant ayant possiblement masqué le signal sonore de recul, ou encore une distraction causée par un autre véhicule.

L’Association des travailleurs en signalisation routière du Québec tire la sonnette d’alarme

L’un des éléments clés de l’enquête consiste à déterminer si le camionneur effectuait bel et bien une manœuvre en marche arrière, et si le dispositif sonore d’avertissement était en fonction au moment de l’accident.

Selon un témoin rencontré sur place par Le Vingt55, le système d’alerte sonore était effectivement en marche. Toutefois, dans le vacarme ambiant, accentué par la présence et les déplacements d’autres véhicules lourds à l’entrée du chantier, il est possible que le travailleur n’ait pas entendu le signal ou ait été distrait par un autre véhicule.

Autant de questions qui demeurent pour l’instant sans réponse, mais qui soulèvent de sérieuses préoccupations quant aux mesures de sécurité en place pour protéger les travailleurs sur les chantiers.

Il faut savoir que l’avertisseur sonore de marche arrière est situé à l’arrière, près des feux de position du tracteur routier, soit sur une remorque de 53 pieds, attelée à une distance d’environ 43 pieds du poste de conduite. Le signal sonore était-il suffisamment audible pour le travailleur ? La question demeure entière.

Tant la Sûreté du Québec que le coroner devront se pencher sur le bon fonctionnement de ce dispositif de sécurité et sur son efficacité réelle dans un environnement bruyant comme celui d’un chantier de construction.

Jean-François Dionne, conseiller syndical pour la section 9005 de l’Association des travailleurs en signalisation routière du Québec, déplore un autre décès.

« C’est le deuxième décès en chantier cette année, et nous ne sommes qu’en avril. Il devient urgent que des décisions soient prises. Il faut aller au-delà des simples recommandations », a-t-il affirmé en entrevue au Vingt55.

L’Association des travailleurs en signalisation routière du Québec réclame l’implantation rapide de mesures de sécurité concrètes : l’ajout de caméras de recul sur tous les camions lourds, d’avertisseurs sonores puissants à l’avant et à l’arrière des tracteurs-remorques, ainsi que de capteurs de proximité dans les cabines. L’utilisation de téléavertisseurs portatifs permettant de détecter la présence de travailleurs à proximité de la machinerie constitue également une mesure essentielle. Ces dispositifs pourraient sauver des vies et rendre les chantiers routiers et de construction nettement plus sécuritaires.

Les systèmes de communication diffèrent d’un chantier à l’autre : certains utilisent des radios CB, d’autres des téléphones cellulaires, et d’autres encore des systèmes indépendants ou des radios portatives.

Autant de moyens qui, selon un travailleur de chantier rencontré sur place par Le Vingt55, compliquent les échanges et pourraient avoir joué un rôle dans l’accident.
« Lorsqu’il n’y a pas un système uniforme ou centralisé, la communication peut être ralentie ou mal interprétée, surtout dans des environnements bruyants ou à forte circulation », a-t-il fait valoir.

À Drummondville, des travailleurs et travailleuses s’inquiètent pour leur sécurité et envisagent de quitter la profession.

Hélène Madore, employée occasionnelle sur les chantiers de signalisation routière, partage cette inquiétude en entrevue au Vingt55. Selon elle, les conditions de travail demeurent dangereuses, malgré le port d’équipements de visibilité.

« Nous recevons des formations adéquates de la part de notre employeur, ce qui nous permet de maximiser notre sécurité sur les chantiers routiers ou de travail. Toutefois, les comportements imprudents de certains automobilistes, les environnements de travail parfois peu sécuritaires et le manque de moyens réellement efficaces posent un problème », explique-t-elle.

« Nous avons beau porter des dossards de sécurité, des uniformes jaune fluorescent et utiliser des bâtons de signalisation, cela ne suffit pas. La circulation est dense, les poids lourds manœuvrent à proximité, et une simple inattention peut coûter la vie », confie-t-elle.

Elle déplore également l’absence de formation spécialisée pour les camionneurs appelés à intervenir sur les chantiers.
« Ce type d’accident aurait pu être évité », affirme-t-elle, précisant qu’il ne s’agit pas de blâmer un individu en particulier, mais bien de corriger des lacunes systémiques en matière de sécurité.

Une mobilisation nécessaire, selon le syndicat

Pour M. Dionne, le temps est venu d’adopter une vision proactive en matière de sécurité. Il cite en exemple, certains chariots élévateurs déjà équipés de faisceaux lumineux et d’alarmes visuelles. « Ce genre de technologie devrait être généralisé à tous les types de véhicules lourds sur les chantiers », souligne-t-il.

Le conseiller syndical appelle également à une responsabilisation de tous les intervenants sur les chantiers; travailleurs, opérateurs de machinerie, camionneurs et automobilistes. « La vigilance est l’affaire de tous. Il faut changer notre culture de sécurité. »

Enfin, M. Dionne espère que les conclusions du coroner mèneront à des recommandations claires et suivies d’actions concrètes : « Nous avons demandé l’installation d’équipements spécifiques sur les camions, comme les caméras de recul et les avertisseurs corporels. Il faut protéger nos travailleurs, et cela doit commencer maintenant. »

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Éric Beaupré
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