DRUMMONDVILLE
Le coroner Me Pierre Bélisle avait tiré la sonnette d’alarme suite au décès d’Igor Pierre-Antoine, retrouvé mort dans un abri de fortune à Drummondville @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.
Cette enquête, confiée à la coroner Me Stéphanie Gamache, vise à faire toute la lumière sur les causes et les circonstances entourant cinq décès survenus entre septembre 2025 et mars 2026. Elle pourrait également être élargie à d’autres cas similaires afin de mieux comprendre l’ampleur du phénomène et d’identifier les facteurs contributifs.
Une série de décès sous la loupe
Les cas examinés concernent notamment les décès de Jennifer De Nobile (30 ans), Marie-Soleil Nantais (46 ans), Valmont Brousseau (71 ans), Alain Paris (55 ans) et Serge Martin (57 ans). Tous sont survenus dans un contexte d’itinérance, alors que la pression sur les ressources et les services d’aide continue de s’accentuer.
L’objectif de l’exercice est double, établir les circonstances précises entourant ces décès, mais aussi formuler des recommandations concrètes pour éviter que de tels drames ne se reproduisent.
« Dans un contexte où les décès chez les personnes en situation d’itinérance sont en hausse, une réflexion approfondie s’impose », a souligné le coroner en chef Me Reno Bernier, évoquant la nécessité de mieux protéger les personnes les plus vulnérables.
Une alerte déjà lancée sur le terrain à Drummondville et par le coroner Bélisle
Cette annonce survient alors que des signaux d’alarme avaient déjà été lancés à Drummondville. Comme l’a rapporté le Vingt55 dans un texte publié le 15 février dernier, le coroner Me Pierre Bélisle avait lui aussi mis en lumière les failles du filet social à la suite du décès d’Igor Pierre-Antoine, retrouvé mort d’hypothermie dans un abri de fortune.
Ce dossier, l’un des premiers à interpeller directement les autorités dans le contexte récent, avait révélé un ensemble de facteurs préoccupants : isolement extrême, problèmes de santé mentale, dépendances et, surtout, des « trous de service » dans l’accompagnement des personnes en situation d’itinérance.
Le rapport du coroner Bélisle concluait à un décès accidentel, mais mettait surtout en évidence une réalité plus large, celle de personnes vulnérables évoluant en marge des réseaux d’aide, parfois sans suivi ni signalement pendant de longues périodes.
Une crise qui dépasse les grands centres
Si l’enquête publique se concentrera sur Montréal, les enjeux soulevés résonnent bien au-delà de la métropole. Au Centre-du-Québec, notamment à Drummondville, plusieurs intervenants du milieu communautaire décrivent une situation similaire, marquée par une augmentation des besoins et des ressources sous pression.
Le cas d’Igor Pierre-Antoine avait d’ailleurs illustré de manière frappante cette réalité, un homme connu des services, mais dont la disparition n’avait été signalée par personne pendant plusieurs mois, témoignant d’un isolement profond et d’un manque de filet de sécurité efficace.
Comme l’a démontré le Vingt55 dans un dossier publié en février, le décès d’Igor Pierre-Antoine avait déjà mis en lumière des failles importantes, notamment l’isolement extrême des personnes en situation d’itinérance et l’absence de suivi, certains pouvant disparaître pendant des mois sans être signalés.
Sur le terrain, le directeur général d’Ensoleilvent, François Gosselin, avait clairement tiré la sonnette d’alarme. Il évoquait une situation « critique », marquée par des besoins grandissants, des ressources insuffisantes et des trous de service importants, particulièrement en région. Selon lui, plusieurs des parcours observés, toxicomanie, santé mentale, isolement, sont connus et se répètent, sans que les moyens suivent.
Le cas de Drummondville illustre aussi un enjeu central, l’isolement social.
L’absence de signalement dans certains dossiers témoigne d’un filet social fragilisé, où des personnes vulnérables peuvent littéralement disparaître des radars.
Malgré des interventions existantes, les intervenants estiment que certains décès auraient pu être évités avec un meilleur accompagnement et une présence accrue sur le terrain. Or, la fin annoncée de certains financements et la pression sur les ressources laissent craindre une aggravation de la situation.
En ce sens, l’enquête publique à Montréal ne fait que mettre en lumière, à plus grande échelle, une problématique déjà bien ancrée à Drummondville, une crise de l’itinérance marquée par le manque de ressources, l’isolement et des risques réels pour la vie des personnes concernées.
Vers des recommandations attendues
L’enquête publique annoncée devra maintenant permettre de dresser un portrait global de la situation et de dégager des pistes d’action. Au-delà des circonstances individuelles, c’est l’ensemble des mécanismes de prévention, de suivi et de coordination entre les différents acteurs qui seront scrutés.
Les dates des audiences n’ont pas encore été dévoilées, mais les conclusions de cette enquête sont déjà attendues comme un moment charnière dans la compréhension, et surtout la prévention, des décès liés à l’itinérance au Québec.

Le coroner Me Pierre Bélisle avait tiré la sonnette d’alarme suite au décès d’Igor Pierre-Antoine, retrouvé mort dans un abri de fortune à Drummondville @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.






