DRUMMONDVILLE
Un homme en situation d’itinérance a été retrouvé mort d’hypothermie dans un abri de fortune @ Crédit photo : Éric Beaupré / Vingt55. Tous droits réservés.
Le décès d’Igor Pierre-Antoine, un homme de 52 ans en situation d’itinérance retrouvé sans vie sous une remorque de camion à Sainte-Clotilde-de-Horton, en effet, comme l’a rapporté Le Vingt55 lors de la découverte du corps, est attribuable à une hypothermie environnementale, conclut le coroner Me Pierre Bélisle.
Selon les termes du rapport, il s’agit d’un « décès accidentel », survenu dans un contexte d’errance marqué par la toxicomanie, des enjeux de santé mentale et un isolement profond.
Selon les données météorologiques consultées par Le Vingt55, les températures observées à Drummondville autour du 30 novembre 2024 se situaient près du point de congélation, oscillant entre -1 °C et 2 °C sur trois jours consécutifs. La veille, des précipitations totalisant environ 3,7 mm ont été enregistrées, tandis que le 30 novembre et le 1er décembre se sont déroulés sous des conditions généralement sèches. Ces températures demeurent nettement inférieures aux froids intenses habituellement observés en décembre et en janvier, un élément pertinent dans l’analyse du contexte et des conditions d’exposition prolongée à l’extérieur.
Un abri de fortune insuffisant face au froid
L’analyse de la scène et les conclusions de l’autopsie n’ont révélé aucune trace de violence ni d’intervention d’une tierce personne comme le précise le coroner Bélisle dans son rapport obtenu par le Vingt55. Le pathologiste n’a identifié aucune lésion traumatique, et les analyses toxicologiques, bien que limitées en raison de l’état du corps, n’ont démontré aucune présence d’alcool ou de substances dans l’échantillon sanguin analysé.
Le coroner Bélisle retient que l’homme s’était aménagé un abri rudimentaire à l’aide de cartons, sous la remorque, et qu’il se protégeait du froid avec un sac de couchage. Toutefois, cet abri n’était pas suffisant pour le protéger minimalement des températures hivernales, ce qui aurait mené à une hypothermie fatale.
Un parcours d’errance bien connu des services
Le rapport d’investigation brosse également le portrait d’un homme connu des services policiers et du réseau de la santé. Igor Pierre-Antoine vivait sans domicile fixe et présentait des problèmes de consommation et de santé mentale. Il avait été en contact régulier avec des psychiatres au cours des dix années précédentes, dans différentes régions du Québec, mais ne semblait plus suivre sa médication depuis juillet 2024.
Le coroner souligne qu’aucun élément ne permet de croire à un geste volontaire. « Le scénario le plus probable est que l’abri de fortune monté par M. Pierre-Antoine n’était pas suffisant pour le protéger du froid », écrit Me Bélisle, concluant à une mort accidentelle par hypothermie environnementale.
Des mois sans signalement, le poids de l’isolement un enjeu réel et fatale, Drummondville a pas échappé
Un élément frappe particulièrement dans ce dossier, personne n’a signalé la disparition de l’homme pendant plusieurs mois. Selon le rapport, un résident du secteur affirme l’avoir vu pour la dernière fois à la fin novembre 2024, sans savoir précisément où il se réfugiait. Igor Pierre-Antoine aurait mentionné vivre « dans une grotte », sans davantage de détails.
Cette absence de signalement illustre, selon plusieurs intervenants du milieu communautaire, l’extrême isolement vécu par certaines personnes en situation d’itinérance, particulièrement en milieu rural, comme à Drummondville et au Centre-du-Québec
« Mourir du froid, c’est ce que nous voulons absolument éviter » rappel le directeur général de l’organisme Ensoleilvent a Drummondville
Interpelé par le Vingt55 sur la situation et les conclusion du rapport du coroner Belis, Pour François Gosselin, directeur général de l’organisme Ensoleilvent, ce décès est profondément préoccupant, même s’il n’est malheureusement pas isolé.
« Chaque décès dans des circonstances d’itinérance est préoccupant. Toxicomanie, santé mentale, santé physique hypothéquée : ce sont toutes des conséquences de l’errance. Mais mourir du froid, c’est clairement ce que nous voulons absolument ne pas voir. Nos haltes-chaleur et nos refuges sont là prioritairement pour éviter ces drames », affirme-t-il.
À la lecture du rapport du coroner, M. Gosselin reconnaît un parcours tristement familier. « C’est le parcours de l’itinerance chronique, de la plupart des gens vivant dans la rue : toxicomanie, santé mentale, traitements inadéquats, isolement. Ce rapport le démontre très clairement. »
L’isolement et le « pas dans ma cour »
Le fait que personne n’ait signalé la disparition d’Igor Pierre-Antoine pendant plusieurs mois interpelle directement les intervenants de terrain.
« Le “pas dans ma cour” prend souvent le dessus. On se demande à qui revient la responsabilité. C’est exactement pour ça qu’il est primordial de garder nos équipes terrain actives, pour aller vers les gens qui sont isolés de la société. Une intervention peut sauver des vies », soutient le directeur d’Ensoleilvent.
Des interventions possibles… mais des trous de service important
Selon François Gosselin, une intervention aurait pu changer le cours des choses si un lien avait été maintenu plus étroitement avec la personne. « Le travail d’outreach est essentiel. Quand on cartographie les espaces susceptibles d’accueillir des campements de fortune et qu’un lien existe avec la personne, ça permet de proposer des solutions plus sécuritaires. Mais en région rurale, les trous de service sont beaucoup plus importants. Et bientôt, on risque de voir la même réalité dans certaines grandes villes de la Mauricie et du Centre-du-Québec. »
Un décès évitable… et un avenir inquiétant pour les personnes en situation d’itinérance à Drummondville.
Pour Francois Gosselin, ce décès pose surtout la question de ce qui manque — et manquera — dans les prochaines années.
« On parle de plus de 25 millions de dollars investis au Québec sur 77 semaines pour répondre au danger des campements. Ces sommes ne seront pas reconduites. Et pourtant, on a déjà des décès malgré des interventions en place. Je suis très inquiet pour l’hiver prochain. »
La fin annoncée de certains financements fédéraux a des impacts bien concrets sur le terrain.
« Pour nous, c’est l’équivalent de six intervenants à temps complet et de plus de 15 places sécuritaires qui sont en danger. Comme gestionnaire et comme intervenant, c’est extrêmement préoccupant. »
Un message clair aux élus
À Drummondville et dans l’ensemble de la MRC, la situation demeure préoccupante, rappele encore une fois François Gosselin en entrevue au Vingt55.
« Qui ne serait pas inquiet ? On sait très bien que d’autres personnes vivent présentement des situations semblables, dans l’isolement. »
« Tous les élus nous ont entendus et connaissent très bien le message, sauver des vies. En ce moment, ce sont surtout nos élus fédéraux qui semblent ne pas saisir l’urgence de la situation. Il n’est pas trop tard. »
Pour éviter d’avoir à raconter une histoire comme celle d’Igor Pierre-Antoine à nouveau, François Gosselin insiste sur deux leviers essentiels.
« Le logement et le revenu. Sans une réforme sur ces deux aspects pour les personnes vulnérables, la crise va devenir la normalité. »
Le directeur général d’Ensoleilvent, François Gosselin, confirmait en entrevue au Vingt55 en juillet 2025 l’état de la situation « La situation est critique. Il faut davantage de financement pour répondre à la crise », rappelait M. Gosselin. « Nos ressources sont limitées, et nous ne pouvons plus accueillir tout le monde. » Déjà en 2023, François Gosselin tirait la sonnette d’alarme, devant une situation similaire, soulignant le manque de ressources disponibles et de logements accessibles à Drummondville, tout en évoquant les risques de santé et sécurité que représentent les campements de fortune.
Une conclusion lourde de sens et de conséquence dans la MRC de Drummond.
Si le rapport du coroner conclut à un décès accidentel, il met surtout en lumière les failles systémiques et importante entourant l’itinérance, l’isolement et l’accès aux services, particulièrement hors des grands centres même et surtout à Drummondville
En effet, selon les informations recueillies par Le Vingt55, différentes situations observées à Drummondville mettent en lumière une réalité plus nuancée que le simple réflexe du « pas dans ma cour ». Si ce phénomène existe bel et bien, il ne constitue toutefois pas, à lui seul, la cause principale de la situation actuelle.
Comme documenté à plusieurs reprises, la Ville de Drummondville joue un rôle non négligeable dans la gestion, et parfois la tolérance, de certaines situations d’itinérance, notamment dans des secteurs isolés ou peu fréquentés. Des terrains municipaux ou des zones boisées, souvent en retrait des regards, sont ainsi devenus des lieux de campement tolérés, voire implicitement acceptés, faute de solutions durables et structurantes.
Un financement en péril et précaire, un risque majeur dès avril 2026. L’un des messages les plus préoccupants concerne le financement. Le fédéral abandonne un programme majeur destiné à soutenir ce financement, comme l’Ensoleilvent.
Le financement des mesures destinées à venir en aide aux personnes en situation d’itinérance demeure toutefois insuffisant, voire déficient à plusieurs égards, malgré l’intensification du phénomène sur le terrain. Cette réalité crée un décalage entre les intentions affichées et les moyens réellement déployés.
Selon des informations obtenues par Le Vingt55, certains campements, notamment celui situé derrière le centre Frédérick-George-Heriot, auraient perduré avec une certaine forme de tolérance municipale. Des personnes en situation d’itinérance y auraient même affirmé, lors de différentes interventions, agir avec l’aval tacite de la Ville, ce qui aurait contribué à banaliser certaines situations à risque.
Dans un autre ordre d’idées, des sources policières et incendie rencontrées sur le terrain par Le Vingt55 évoquent une fatigue croissante.
Dans certains cas, des incendies ou des feux non conformes, pourtant observés dans des contextes de campement, n’auraient pas systématiquement donné lieu à des constats ou à des rapports officiels. Cette absence de documentation aurait parfois été motivée par le désir d’éviter l’escalade administrative, la judiciarisation ou la multiplication des appels nécessitant des interventions à plus haut niveau.
Une situation qualifiée de déplorable par certains intervenants, alors que policiers et pompiers se disent de plus en plus sollicités, souvent pour des interventions complexes, répétitives et délicates, sans disposer des leviers nécessaires pour assurer un suivi réel et durable, tout comme les organismes communautaires, eux aussi confrontés à un manque criant de financement.
Selon les informations recueillies par Le Vingt55, la Ville de Drummondville affirme gérer la situation du mieux possible et mettre en place des mesures qu’elle juge efficaces afin de répondre aux besoins actuels des personnes en situation d’itinérance. La municipalité soutient agir dans les limites de ses compétences, tout en rappelant que la responsabilité de l’intervention clinique et psychosociale relève avant tout du CIUSSS de la Mauricie–Centre-du-Québec.
De son côté, le réseau de la santé avance certains projets et initiatives qui, à terme, pourraient mieux répondre aux besoins observés sur le terrain. Des démarches sont en cours afin d’offrir un soutien plus structuré et un financement accru à des projets ciblés, notamment en lien avec l’hébergement, l’accompagnement et la santé mentale.
Il demeure toutefois que la responsabilité face à l’itinérance est partagée entre plusieurs paliers de gouvernement. Le municipal et le provincial ont chacun un rôle à jouer, tout comme le gouvernement fédéral, dont les décisions en matière de financement ont des répercussions directes sur les organismes communautaires.
En bout de ligne, ce sont souvent ces organismes qui portent le poids le plus lourd de la situation. La fin annoncée de certains financements fédéraux vient fragiliser leur travail et compromettre la pérennité de services essentiels, malgré des besoins grandissants sur le terrain.
Selon des intervenants du milieu, cette réalité exerce une pression accrue sur les ressources communautaires, alors même que les décisions prises à Ottawa et par les députés de la région auront un impact déterminant sur la capacité collective à répondre adéquatement à la crise de l’itinérance.

Un homme en situation d’itinérance a été retrouvé mort d’hypothermie dans un abri de fortune @ Crédit photo : Éric Beaupré / Vingt55. Tous droits réservés.






























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