DRUMMONDVILLE
Dans un jugement détaillé de 19 pages rendu le 4 mai 2026 et obtenu par le Vingt55, l’honorable juge Thomas M. Davis conclut que Mme Hébert a contrevenu à plusieurs ordonnances judiciaires lui interdisant de publier, diffuser ou de maintenir en ligne des contenus visant Alain Carrier et Performance N.C. sur les réseaux sociaux.
Cette décision survient dans la foulée de l’audience tenue le 14 avril dernier au palais de justice de Drummondville, à laquelle le Vingt55 avait assisté. Ce jour-là, Mylène Hébert ne s’était pas présentée devant le tribunal malgré les avis et rappels transmis par la Cour. Le dossier oppose Alain Carrier, ancien maire de Drummondville et propriétaire de plusieurs concessionnaires BRP regroupés sous la bannière Performance N.C., à Mylène Hébert, qui avait publiquement formulé sur les réseaux sociaux de graves accusations à caractère sexuel et criminel contre lui ainsi que contre d’autres personnalités connues.
Le juge Davis rappelle d’ailleurs dans sa décision que Mme Hébert avait été dûment informée de la tenue de l’audience et qu’elle avait plutôt choisi de transmettre une demande de suspension des procédures, invoquant ce qu’elle qualifiait de « poursuite stratégique contre la mobilisation publique ». Cette demande avait été rejetée avant l’audience.
Le Tribunal conclut que malgré les ordonnances rendues dès mai 2025 par la juge Catherine Desfossés, plusieurs contenus visant Alain Carrier sont demeurés accessibles en ligne, alors que d’autres publications auraient continué d’être diffusées durant la période couverte par la citation à comparaître, soit entre le 10 juillet et le 22 septembre 2025, comme l’avait d’ailleurs plaidé l’avocate du demandeur, Me Christine Jutras, lors des audiences du 14 avril auxquelles assistait le Vingt55. Dans son jugement, le juge Davis revient longuement sur l’historique judiciaire du dossier et rappelle que la Cour supérieure avait déjà ordonné à Mme Hébert, dès le 9 mai 2025, de retirer immédiatement toutes ses publications mentionnant Alain Carrier ou Performance N.C. et de cesser toute nouvelle diffusion ou prise de parole publique concernant ces derniers. Le jugement rappelle également que dès le 21 mai 2025, Mme Hébert avait continué de publier des messages accusant Alain Carrier d’être lié à un « réseau pédocriminel » et affirmant craindre pour sa sécurité et celle de sa famille.
Par la suite, une première condamnation pour outrage au tribunal avait déjà été prononcée contre elle en septembre 2025.
Le juge Davis souligne qu’après cette première condamnation, plusieurs contenus sont tout de même demeurés accessibles et que de nouvelles publications ont continué d’apparaître sur différentes plateformes. Le Tribunal identifie notamment une publication Facebook du 8 septembre 2025 utilisant une photo et le nom d’Alain Carrier, ainsi qu’une vidéo TikTok publiée le 15 septembre suivant, dans laquelle Mme Hébert critique le système judiciaire tout en diffusant une image de M. Carrier accompagnée de la chanson « Shame Shame Shame ».
Le tribunal retient également qu’une série d’anciennes publications interdites par les ordonnances judiciaires étaient toujours accessibles au moment des vérifications effectuées par l’huissier mandaté par les demandeurs.
Dans sa décision, le juge Davis insiste longuement sur l’importance du respect des ordonnances judiciaires dans une société démocratique.
Citant la jurisprudence de la Cour suprême et de la Cour d’appel, il rappelle que l’outrage au tribunal constitue un outil essentiel afin d’assurer « la paix, l’ordre et la bonne conduite » ainsi que la primauté du droit. « Une fois le jugement rendu, il n’appartient pas à une partie de l’ignorer au seul prétexte qu’elle est en désaccord avec le résultat », souligne notamment le Tribunal dans son analyse.
Le juge conclut également que les ordonnances prononcées contre Mme Hébert étaient « claires et non équivoques » et qu’une personne raisonnable aurait facilement compris qu’elle devait retirer les publications visant Alain Carrier et s’abstenir d’en diffuser de nouvelles.
Lors de l’audience du 14 avril dernier, Me Christine Jutras, avocate représentant Alain Carrier et Performance N.C., avait soutenu que le défaut de comparaître de Mme Hébert s’inscrivait dans une continuité de comportements démontrant un refus persistant de se soumettre à l’autorité des tribunaux. L’avocate avait alors rappelé que les décisions judiciaires avaient été signifiées à plusieurs reprises et que malgré cela, la défenderesse aurait poursuivi ses publications et maintenu une attitude de défi envers le système judiciaire.
Me Christine Jutras avait aussi soutenu devant le tribunal que le dossier « s’étire depuis trop longtemps », affirmant que « le cirque a assez duré ».
Selon ses représentations, Mme Hébert continuait non seulement de viser Alain Carrier, mais également plusieurs avocats impliqués dans le dossier, dont Me Frédéric Jutras et Me André Komlosy. L’avocate avait également évoqué devant la Cour les conséquences importantes du dossier, affirmant que des mesures de sécurité avaient dû être mises en place afin d’assurer la protection de certaines personnes impliquées dans cette affaire. Lors de l’audience, Alain Carrier avait lui-même témoigné afin d’expliquer les répercussions qu’auraient eues ces accusations sur sa réputation, sa sécurité ainsi que sa vie personnelle et familiale. Il avait affirmé avoir reçu des messages haineux et des menaces à la suite de la diffusion des publications sur les réseaux sociaux.
Dans ses représentations, Me Jutras avait plaidé qu’une peine plus sévère devenait nécessaire afin d’éviter qu’un tel comportement ne mine l’autorité judiciaire et la confiance du public envers le système de justice. Elle réclamait notamment une amende pouvant atteindre 10 000 $ ainsi qu’une peine d’emprisonnement.
Le juge Davis reconnaît lui-même dans sa décision qu’il existe « clairement un certain mépris » de Mme Hébert envers l’autorité des tribunaux, notamment à travers ses commentaires visant les décisions judiciaires et certains juges impliqués dans le dossier.
Le Tribunal note toutefois que certaines publications avaient été retirées au fil du temps et que Mme Hébert semblait avoir entrepris « certaines démarches » afin de respecter les ordonnances concernant Alain Carrier et son entreprise.
Le juge conclut donc qu’une peine d’emprisonnement ne respecterait pas, pour l’instant, le principe de gradation des sanctions reconnu en matière d’outrage au tribunal.
Au terme de sa décision, la Cour supérieure déclare officiellement Mylène Hébert coupable d’outrage au tribunal pour ne pas avoir respecté les ordonnances d’injonction prononcées par la Cour supérieure en mai 2025.
Malgré une décision défavorable lui imposant des sanctions dans un dossier d’outrage au tribunal, Mylène Hébert affirme publiquement sur les réseaux sociaux considérer l’issue du dossier comme une « victoire ». Dans sa publication, elle soutient notamment que le tribunal aurait refusé de lui imposer une peine d’emprisonnement malgré les demandes formulées contre elle et qualifie les procédures de « poursuite-bâillon » visant, selon elle, à faire taire ses dénonciations.
Mme Hébert affirme également avoir volontairement cessé de se présenter au tribunal, invoquant une perte de confiance envers le système judiciaire et évoquant des enquêtes qu’elle prétend en cours. Elle maintient ses accusations concernant l’existence de réseaux de trafic humain et dénonce ce qu’elle qualifie de violences systémiques envers les victimes.
Dans sa publication, elle soutient aussi que l’amende imposée serait « symbolique » et affirme que ses indemnités de l’IVAC seraient protégées contre toute saisie. Elle interprète également certains éléments mentionnés par le juge comme une reconnaissance indirecte de la légitimité de ses démarches, tout en affirmant vouloir poursuivre publiquement ses dénonciations malgré les ordonnances judiciaires rendues contre elle.
Mme Hébert est condamnée à payer une amende de 3 500 $, dans un délai de 45 jours. Le jugement ordonne également la transmission du dossier au greffe pénal afin d’assurer l’exécution de la condamnation.







