Ce qui devait être un simple déplacement s’est transformé en drame le 23 août 2025. Alors que Mme France Joyal prenait place sur son triporteur électrique stationné derrière sa résidence, des flammes ont soudainement jailli sous son siège. Quelques secondes plus tard, la dame était grièvement brûlée.
Son décès est aujourd’hui au cœur d’une enquête qui soulève des questions importantes sur la sécurité des batteries au lithium-ion utilisées dans les triporteurs, quadriporteurs, vélos et trottinettes électriques, des appareils de mobilité de plus en plus présents dans le paysage québécois.
Bien connue et apprécié de plusieurs personnes dans la région de Drummondville où elle a déjà résidé, Mme France Joyal vivait désormais à Saint-Lin–Laurentides. La communauté drummondvilloise avait grandement soutenu la sœur de la victime, qui réside toujours à Drummondville.
Près d’un an après les événements, le rapport d’investigation de la coroner Me Martine Lachance fait la lumière sur les circonstances de ce décès accidentel. L’enquête conclut qu’une défaillance probable du système de batteries au lithium-ion du triporteur est à l’origine de l’incendie. Au-delà du drame humain, le rapport met en évidence les risques associés à cette technologie et soulève d’importantes préoccupations quant à l’encadrement et à la sécurité des appareils de micromobilité électriques.
Un incendie fulgurant
Le 23 août 2025, vers 19 h, Mme France Joyal s’installe sur son triporteur électrique afin de se déplacer. Selon les éléments recueillis par les enquêteurs de la Sûreté du Québec, des voyants lumineux se mettent alors à clignoter sur le tableau de bord avant que des flammes n’apparaissent soudainement sous le siège.
Dans son rapport obtenu par le Vingt55, la coroner Lachance précise que la dame a tenté aussitôt d’échapper au brasier. Elle se jette au sol et se roule dans la pelouse pour éteindre les flammes qui consument déjà ses vêtements. Un voisin accourt pour lui porter assistance pendant qu’un appel est logé au 911.
Lorsque les pompiers arrivent sur place, l’incendie du triporteur s’est déjà propagé au balcon arrière de la résidence. Les paramédics constatent l’ampleur des blessures et transportent d’urgence la victime à l’Hôpital Pierre-Le Gardeur avant son transfert vers l’unité spécialisée des grands brûlés du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM).
Toujours selon le rapport du coroner, les médecins évaluent que plus de 60 % de son corps présente des brûlures profondes de deuxième degré. Malgré les traitements, son état demeure critique. Compte tenu de ses nombreuses conditions médicales préexistantes et d’un pronostic extrêmement sombre, des soins de confort sont finalement privilégiés. France Joyal décède le 27 août 2025.
Une défaillance des batteries pointée du doigt
L’investigation du coroner a permis d’écarter toute intervention criminelle ou toute cause extérieure. L’attention des enquêteurs s’est rapidement portée sur le système de batteries du triporteur.
L’expertise réalisée sur l’appareil révèle que plusieurs batteries étaient gravement endommagées et que la chaleur dégagée par l’incendie avait été suffisamment intense pour faire fondre certaines composantes métalliques du véhicule.
Selon les experts, la seule source de chaleur capable d’expliquer un incendie aussi rapide et aussi violent est une défaillance du bloc de batteries au lithium-ion.
Le rapport conclut qu’un « emballement thermique » constitue l’hypothèse la plus probable. Ce phénomène se produit lorsqu’une cellule de batterie surchauffe de manière incontrôlée, provoquant une réaction en chaîne qui génère une chaleur extrême, des gaz inflammables et parfois des flammes ou des explosions.
Dans le cas de Mme Joyal, les flammes seraient apparues directement sous le siège sur lequel elle était assise.
Un phénomène de plus en plus préoccupant
En mars 2024, comme le rapportait le Vingt55, un incendie causé par l’explosion de la batterie d’un vélo électrique avait forcé l’évacuation de 21 logements à Drummondville. Plus récemment, un autre événement impliquant des batteries au lithium-ion, dont un début d’incendie rapidement maîtrisé aux résidante Jazz de Drummondville, ont démontré que les risques sont bien réels. Bien que ces incidents aient eu des conséquences beaucoup moins graves, ils rappellent néanmoins les dangers potentiels liés à l’utilisation, à la recharge et à l’entreposage des appareils alimentés par des batteries au lithium-ion.
L’enquête met également en évidence une réalité de plus en plus observée par les services d’incendie : la multiplication des sinistres impliquant des batteries au lithium-ion.
À New York, le nombre d’incendies liés à ces batteries est passé de 21 en 2019 à 268 en 2023. À Toronto, les pompiers ont répondu à 76 incendies de ce type en 2024, soit une augmentation de 162 % comparativement à 2022.
Montréal observe également une croissance marquée de ces événements, particulièrement avec la popularité grandissante des trottinettes électriques, vélos électriques, triporteurs et quadriporteurs.
Les spécialistes rappellent que les batteries au lithium-ion contiennent une grande quantité d’énergie concentrée dans un espace restreint. Lorsqu’une défaillance survient, le dégagement de chaleur est extrêmement rapide et difficile à contrôler, même pour les pompiers.
Un vide réglementaire dénoncé
L’un des constats les plus préoccupants de la coroner Lachance concerne l’encadrement réglementaire des batteries importées.
La coroner souligne qu’après avoir consulté plusieurs organismes fédéraux, il demeure difficile de déterminer quelle instance est véritablement responsable de la conformité et de la sécurité de certaines batteries au lithium-ion utilisées dans les appareils de micromobilité.
Transports Canada encadre principalement le transport de ces batteries, tandis que Santé Canada ne couvre pas certains véhicules considérés comme des appareils de mobilité.
Résultat, un vide réglementaire subsiste quant à la certification et à la surveillance de certaines batteries vendues sur le marché canadien.
« La question de la sécurité des batteries installées sur le triporteur de Mme Joyal demeure sans réponse », écrit la coroner dans son rapport.
Des recommandations de la corone Me Martine Lachance pour éviter un autre drame
À la lumière de son enquête, Me Martine Lachance recommande une intensification des campagnes de sensibilisation auprès du public et des commerçants concernant les risques associés aux batteries au lithium-ion.
Elle demande également à Transports Canada et à Santé Canada de clarifier leurs responsabilités respectives afin de mettre en place un cadre réglementaire permettant de mieux encadrer la fabrication, l’importation, la vente et l’utilisation de ces batteries.
Le décès de France Joyal est officiellement attribué aux complications médicales découlant des importantes brûlures subies lors de l’incendie de son triporteur.
Un décès accidentel, mais dont les conclusions rappellent brutalement que derrière la popularité croissante des appareils électriques se cache un risque bien réel lorsque les systèmes de batteries défaillent.







