DRUMMONDVILLE
Plus d’un an après les événements qui avaient secoué Drummondville et mené à l’arrestation d’un homme de 86 ans accusé de tentative de meurtre sur sa conjointe, le Bureau du coroner a rendu publiques les conclusions de son investigation. Si le décès d’Henriette Arsenault, 81 ans, est attribuable à un traumatisme cervical sévère causé par une arme piquante et/ou tranchante, le coroner Me Donald Nicole conclut toutefois que le mode de décès demeure indéterminé.
Le 10 mai 2025, vers 8 h 10, des policiers sont appelés à se rendre au domicile de Mme Arsenault à la demande d’une proche inquiète de ne plus parvenir à la joindre.
À leur arrivée, ils découvrent l’octogénaire confuse et assise sur une causeuse du salon. Elle présente alors d’importantes blessures au cou ainsi qu’aux deux poignets. Des ambulanciers la transportent d’urgence à l’Hôpital Sainte-Croix de Drummondville où les médecins constatent de profondes plaies causées par une arme piquante et tranchante, accompagnées d’une atteinte vasculaire importante au niveau du cou. Malgré plusieurs interventions chirurgicales destinées à contrôler les saignements, son état continue de se détériorer. Le 14 mai, compte tenu de son état général et de son pronostic réservé, des soins de confort sont instaurés. Mme Arsenault décède finalement le 23 mai 2025.
Une femme en perte d’autonomie
L’enquête du coroner révèle que Mme Arsenault souffrait de plusieurs problèmes de santé importants, notamment de troubles neurocognitifs majeurs, de cirrhose hépatique, de maladie coronarienne, de fibrillation auriculaire, de diabète de type 2 et d’hypotension orthostatique.
Selon les témoignages recueillis, son état de santé s’était détérioré de façon marquée dans les semaines précédant les événements. Bien qu’elle refusait désormais de se rendre à l’hôpital, ses proches ont indiqué qu’elle n’avait jamais exprimé d’intentions suicidaires.
La veille des événements, une intervenante du CLSC avait constaté qu’elle semblait plus affaiblie à la suite d’une chute survenue plus tôt dans la journée. Malgré cette situation, aucune inquiétude particulière n’avait alors été soulevée.
Une scène sans signe de lutte
Le matin du drame, après plusieurs tentatives infructueuses pour joindre ou accéder au logement, une intervenante du CLSC communique avec une proche de Mme Arsenault afin de l’informer de la situation. Cette dernière contacte alors la résidence et constate rapidement que les occupants semblent être en détresse.
Les policiers sont dépêchés sur place. Ils découvrent également le proche aidant de Mme Arsenault présentant des blessures similaires, mais moins graves. Celui-ci est alors arrêté et accusé par la suite de tentative de meurtre.
L’investigation révèle toutefois que l’examen de la scène n’a démontré aucun signe de lutte, de violence ou d’intervention d’une tierce personne dans le logement. Les enquêteurs ont également établi que les blessures avaient été infligées à l’aide d’un couteau à lame rétractable alors que Mme Arsenault se trouvait assise sur le canapé et qu’elle ne s’était pas déplacée dans la résidence après avoir subi ses blessures.
Sur le plan judiciaire, les accusations de tentative de meurtre portées contre le conjoint de Mme Arsenault n’ont finalement pas été maintenues.
Le conjoint de l’époque, M Jacques Gingras, 86 ans, conjoint de la victime, avait été arrêté, puis interrogé par les enquêteurs. Il a comparu le 12 mai au palais de justice de Drummondville. Il avait été accusé de voies de fait armées et de tentative de meurtre.
Comme l’a confirmé au Vingt55 la procureure de la Couronne, Me Cassandre Hamel, les éléments de preuve recueillis au cours de l’enquête n’ont pas permis au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) de soutenir les accusations telles qu’elles avaient été déposées initialement.
Selon la procureure, de nouveaux éléments versés au dossier ont conduit à une réévaluation de la preuve et à la décision de mettre fin aux procédures judiciaires. Les éléments recueillis au cours de l’enquête ne permettaient plus de soutenir les accusations telles qu’elles avaient été portées initialement, menant ainsi à un verdict de non-culpabilité pour l’accusé.
Des conclusions qui laissent des questions sans réponse
Selon la pathologiste judiciaire et le rapport du coroner consulté par le Vingt55, l’apparence et la distribution des blessures pourraient être compatibles avec une automanipulation de l’arme par Mme Arsenault. Toutefois, l’intervention d’une autre personne ne peut être complètement exclue précise coroner Donald Nicole dans son rapport détaillé.
Dans son analyse, le coroner Donald Nicole souligne que l’ensemble des éléments recueillis démontre que Mme Arsenault est décédée de blessures au cou causées par une arme piquante et/ou tranchante alors qu’elle se trouvait à son domicile en présence de son proche aidant. Toutefois, les constatations médico-légales et les éléments d’enquête ne permettent pas d’établir avec certitude les circonstances exactes ayant mené à ces blessures.
« L’ensemble des éléments recueillis démontre que Mme Arsenault est décédée de blessures au cou, causées par une arme piquante et/ou tranchante à son domicile, en présence de son proche aidant. Toutefois, les conclusions de l’autopsie médicolégale ne permettent pas de confirmer le mode de décès », écrit le coroner dans son rapport.
Au terme de son investigation, Me Donald Nicole conclut que Mme Henriette Arsenault est décédée des suites d’un traumatisme cervical sévère causé par une arme piquante et/ou tranchante, mais que le mode de décès doit être considéré comme indéterminé.






