Drummondville / Centre-du-Québec
Alors que certains propriétaires de Drummondville pourraient voir leur facture d’électricité augmenter avec la nouvelle tarification proposée par Hydro-Québec, cette mesure soulève déjà des inquiétudes quant à ses répercussions. Si la société d’État affirme qu’elle ne viserait actuellement qu’environ 5 % de la clientèle résidentielle, soit les ménages consommant plus de 35 000 kWh par année, certains s’interrogent déjà sur la possibilité qu’une telle approche tarifaire puisse éventuellement être élargie à un plus grand nombre d’utilisateurs.
Questionné par le Vingt55, le député de Drummond–Bois-Francs, Sébastien Schneeberger, dénonce une proposition qu’il juge incohérente avec les politiques d’électrification mises de l’avant depuis plusieurs années.
Selon la société d’État, la consommation d’électricité continuera d’augmenter de façon importante au cours des prochaines années avec l’électrification des transports, des bâtiments et de l’économie. Pour répondre à cette demande, Hydro-Québec devra investir massivement afin de produire, transporter et distribuer davantage d’électricité. Ces investissements exerceront une pression à la hausse sur les coûts du réseau et, ultimement, sur les tarifs d’électricité.
Hydro-Québec estime qu’il serait plus équitable que les ménages ayant une très forte consommation assument une plus grande part de ces coûts plutôt que de les répartir sur l’ensemble des abonnés, y compris ceux dont la consommation demeure modeste.
Le nouveau tarif ciblerait principalement les propriétaires de grandes résidences ou les ménages utilisant des équipements énergivores, notamment des piscines chauffées, des spas, des planchers chauffants, des garages chauffés ou d’autres installations nécessitant une consommation importante d’électricité. Les exploitations agricoles, les ménages à faible revenu ainsi que les immeubles multilogements alimentés par un seul compteur seraient exclus de cette proposition.
La structure tarifaire actuelle serait maintenue pour les deux premiers paliers, soit 7 ¢/kWh pour les premiers 15 000 kWh consommés annuellement et 12 ¢/kWh pour la consommation comprise entre 15 000 et 35 000 kWh. Hydro-Québec propose toutefois d’ajouter un troisième palier fixé à 13 ¢/kWh pour toute consommation dépassant 35 000 kWh par année.
Selon Hydro-Québec, les deux premiers paliers couvrent largement les besoins essentiels d’un ménage québécois. La société d’État soutient que cette nouvelle tarification enverra un signal de prix afin d’encourager une utilisation plus efficace de l’électricité. Elle estime que les changements de comportement qui en découleraient permettraient d’économiser environ 400 GWh d’électricité par année, soit l’équivalent de la consommation annuelle d’environ 25 000 résidences.
Les ménages visés pourraient également bénéficier de programmes d’accompagnement, d’offres tarifaires et de subventions afin de réduire leur consommation et d’éviter de payer le nouveau tarif.
Si Hydro-Québec affirme que seulement 5 % de sa clientèle résidentielle serait touchée, cette proposition soulève déjà plusieurs questions. Certains observateurs s’interrogent notamment sur l’évolution future de cette nouvelle structure tarifaire. Si les besoins énergétiques continuent de croître au Québec, certains craignent que le seuil de 35 000 kWh puisse éventuellement être revu ou que d’autres catégories de consommateurs soient un jour visées. À ce stade, Hydro-Québec n’a toutefois annoncé aucune intention en ce sens.
Cette proposition relance également le débat sur la stratégie d’électrification poursuivie depuis plusieurs années au Québec. Les gouvernements et Hydro-Québec ont encouragé les citoyens à abandonner les énergies fossiles au profit de l’électricité en offrant divers programmes pour l’installation de thermopompes, la conversion des systèmes de chauffage, l’achat de véhicules électriques et les rénovations visant à améliorer l’efficacité énergétique des habitations.
Des milliers de propriétaires ont ainsi investi parfois plusieurs dizaines de milliers de dollars afin de rendre leur résidence plus performante et plus écologique. Or, ces choix entraînent souvent une consommation d’électricité plus importante, même si celle-ci remplace d’autres sources d’énergie comme le mazout, le propane ou le gaz naturel.
Pour plusieurs propriétaires, cette nouvelle proposition pourrait donc sembler contradictoire avec les politiques publiques mises de l’avant au cours des dernières années. Après avoir été encouragés à électrifier leur résidence et leurs déplacements, certains pourraient avoir l’impression d’être désormais pénalisés en raison d’une consommation plus élevée directement liée à ces investissements.
La proposition s’inscrit également dans un contexte où Hydro-Québec a obtenu plusieurs ajustements tarifaires au cours des dernières années, notamment pour tenir compte de l’inflation, de l’augmentation des coûts d’exploitation et des investissements nécessaires à la modernisation du réseau. Pour certains consommateurs, l’ajout d’un nouveau palier tarifaire pourrait être perçu comme une nouvelle pression financière, alors que plusieurs ont déjà adapté leur mode de vie aux objectifs de transition énergétique fixés par le gouvernement.
Le dossier risque ainsi d’alimenter un important débat public au cours des prochains mois sur l’équilibre entre l’électrification du Québec, la capacité du réseau, la maîtrise de la demande et l’équité tarifaire. Les réactions des groupes de consommateurs, des élus, des représentants du milieu économique et des propriétaires seront particulièrement surveillées.
Cette proposition n’est toutefois pas encore en vigueur. Elle devra d’abord être analysée et approuvée par la Régie de l’énergie. Une première version semblable, déposée en 2024, avait été rejetée. Hydro-Québec affirme avoir revu son projet afin de tenir compte des observations formulées par la Régie ainsi que par les différents intervenants du secteur de l’énergie.

En entrevue avec le Vingt55, le député de Drummond–Bois-Francs, Sébastien Schneeberger, @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.
Questionné par le Vingt55 à la suite de l’annonce d’Hydro-Québec proposant un nouveau tarif pour les grands consommateurs résidentiels, le député de Drummond–Bois-Francs, Sébastien Schneeberger, se montre critique à l’égard de cette mesure.
En entrevue, le député de Drummond–Bois-Francs, Sébastien Schneeberger, souligne que cette proposition envoie un message contradictoire aux citoyens qui ont répondu aux appels répétés du gouvernement et d’Hydro-Québec en faveur de l’électrification.
« Depuis des années, on demande aux Québécois d’acheter des véhicules électriques, d’installer des thermopompes et d’électrifier leur résidence. Aujourd’hui, on veut faire payer davantage ceux qui ont justement suivi ces recommandations. C’est totalement contradictoire », a-t-il déclaré en entrevue au Vingt55.
Selon le député, plusieurs propriétaires ont investi des milliers de dollars afin de construire ou de rénover des habitations plus écoénergétiques. « On a encouragé les citoyens à faire ces choix, et maintenant on risque de les pénaliser parce que leur consommation d’électricité est plus élevée », soutient-il.
Même si Hydro-Québec affirme que seulement 200 000 ménages, soit environ 5 % de la clientèle résidentielle, seraient visés, M. Schneeberger estime que plusieurs familles de Drummond–Bois-Francs pourraient être touchées. Selon lui, il ne s’agit pas de citoyens qui gaspillent l’électricité, mais plutôt de propriétaires qui ont choisi l’hydroélectricité pour chauffer leur résidence, leur piscine ou leur spa afin de réduire leur recours aux énergies fossiles.
À son avis, cette nouvelle tarification pourrait même produire l’effet inverse de celui recherché.
« Si on commence à pénaliser les gens qui chauffent tout à l’électricité, certains vont se demander s’il ne serait pas préférable d’installer un foyer au propane ou au gaz. On encouragerait alors l’utilisation d’énergies fossiles plutôt que notre propre hydroélectricité. Ce n’est pas cohérent avec les objectifs de transition énergétique du Québec », ajoute le député.
Il rappelle également que de nombreuses familles ont investi entre 10 000 $ et 25 000 $ afin d’améliorer l’efficacité énergétique de leur résidence, notamment en renforçant l’isolation ou en remplaçant leur système de chauffage. « Elles ont suivi les recommandations d’Hydro-Québec et des gouvernements. Aujourd’hui, elles pourraient être pénalisées parce que leur consommation d’électricité est plus élevée. »
Sébastien Schneeberger croit également qu’Hydro-Québec devrait d’abord améliorer sa propre gestion avant de demander un effort supplémentaire aux citoyens.
Il évoque notamment les délais de raccordement auxquels font face plusieurs entreprises et promoteurs immobiliers, qui doivent parfois attendre plusieurs mois avant d’être branchés au réseau tout en assumant les coûts de génératrices temporaires.
« Plusieurs entrepreneurs me disent que les équipes sur le terrain pourraient réaliser les travaux plus rapidement si les processus décisionnels étaient plus efficaces. Il y a des gains d’efficacité à faire à l’interne avant de demander aux citoyens de payer davantage », soutient-il.
Questionné par le Vingt55 sur les bâtiments gouvernementaux qui demeurent éclairés et alimentés en électricité bien au-delà des heures d’ouverture, le député estime que l’État devrait montrer l’exemple en matière d’économie d’énergie.
« Il y a encore des bâtiments gouvernementaux où des lumières demeurent allumées toute la nuit. Si on demande aux citoyens de réduire leur consommation, le gouvernement et Hydro-Québec doivent également faire leur part. Chaque lumière peut sembler anodine, mais lorsqu’on les multiplie par des milliers de bâtiments, les économies deviennent importantes. »
Pour le député caquiste, cette proposition soulève un enjeu de cohérence entre les politiques d’électrification du Québec et la nouvelle orientation tarifaire envisagée par Hydro-Québec. Il estime qu’avant de demander un effort supplémentaire aux ménages ayant fait le choix de l’électricité, la société d’État devrait miser davantage sur l’amélioration de sa gestion interne et sur une meilleure efficacité énergétique.







