DRUMMONDVILLE
Patrice et Mélanie s’installent dans un boisé faute de logement abordable à Drummondville @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.
À la suite de signalements de citoyens concernant la présence d’un campement dans un secteur boisé de Drummondville, près d’un nouveau secteur résidentiel en développement, situé derrière les ateliers municipaux de la Ville et à proximité des terrains de la Celanese, le Vingt55 est allé à la rencontre de ses occupants. Derrière les bâches, les effets personnels et les installations de fortune se trouvent un homme et une femme Patrice et Mélanie, dans la quarantaine, racontent être passés d’un logement conventionnel à ce qu’ils appellent aujourd’hui leur « appartement à ciel ouvert ».
Rencontrés par le Vingt55 à la suite de préoccupations exprimées par des citoyens ayant découvert leur installation, les deux occupants ont accepté d’expliquer leur parcours et les circonstances qui les ont conduits à s’installer à cet endroit.
Du logement au campement
Pour Patrice et Mélanie, la situation actuelle ne serait pas le résultat d’un choix de vie. Il l’associe plutôt à une succession de difficultés financières et à son incapacité à retrouver un logement abordable correspondant à ses moyens.
Patrice explique avoir auparavant et jusqu’à tout récemment avoir eu un logement et un emploi. Avec l’augmentation de ses dépenses courantes, il affirme avoir progressivement perdu sa capacité à joindre les deux bouts.
« J’avais un logement, un emploi. À un moment donné, pour arriver à payer l’épicerie, les autres dépenses et le loyer, je n’arrivais tout simplement plus à suivre. Incapable de rattraper le retard, j’ai perdu mon logement, puis mon emploi par la suite », explique-t-il au Vingt55.
Selon lui, les prestations qu’il reçoit actuellement ne lui permettent pas de retrouver facilement un appartement, particulièrement lorsque viennent s’ajouter les exigences de certains propriétaires, notamment les vérifications de crédit.
Le couple s’est ainsi retrouvé sans domicile permanent et avec une autre difficulté, quoi faire de l’ensemble de ses biens?
Meubles, vêtements et effets personnels ont été placés dans des boîtes et des contenants de plastique. Or, explique Patrice, louer un espace d’entreposage représente une dépense supplémentaire qu’il dit ne pas pouvoir assumer.
Selon leur témoignage, des employés municipaux seraient au courant de leur présence et de leur situation. Le couple affirme avoir discuté avec une employée de la Ville et avoir obtenu l’autorisation de demeurer temporairement sur les lieux.
« C’est une employée de la Ville qui nous a permis de nous installer ici », soutient l’homme rencontré par le Vingt55.
Cette affirmation provenant directement des occupants demeure toutefois à être confirmée auprès de la Ville de Drummondville. Cela dit, le maire de Drummondville avait déjà reconnu, en entrevue avec le Vingt55, que la Ville devait faire preuve d’une certaine tolérance devant le phénomène grandissant de l’itinérance et la présence de campements sur son territoire.
Un premier campement qu’il a dû quitter
Avant de s’installer à son emplacement actuel, l’homme affirme avoir trouvé refuge dans un secteur boisé près de la 7e Avenue.
Le terrain étant privé et à vocation industrielle, il raconte avoir finalement dû quitter les lieux à la suite de démarches de résidents et du propriétaire.
C’est après cet épisode que le couple aurait découvert le boisé avec la suggestion et tolérance de la ville où il réside maintenant, à proximité d’un nouveau développement résidentiel. Petit à petit, les deux occupants y ont transporté leurs biens et aménagé leur espace.
« C’est un peu notre logement à ciel ouvert pour le moment. C’est comme ça qu’on le considère », résument Patrice et Mélanie
Des voisins intrigués et parfois préoccupés, la présence de l’imposant campement n’est évidemment pas passée inaperçue. Comme a pu le constater le Vingt55 sur place, le secteur boisé est fréquenté par des citoyens qui s’y promènent. Certains ont voulu comprendre ce qui s’y trouvait, alors que d’autres ont exprimé des inquiétudes et du mécontentement face à cette tolérance.
« C’est aussi préoccupant de voir apparaître un campement aussi important à proximité de notre quartier », a exprimé un résident du secteur. Celui-ci s’interroge également sur les enjeux de sécurité : « S’il leur arrive quelque chose, s’ils sont isolés dans le boisé, est-ce que cela ne représente pas un risque supplémentaire pour leur propre sécurité? », estime le résident.
Le couple affirme être conscient de cette proximité avec les résidences. Il dit d’ailleurs avoir installé des parois et des éléments servant à préserver son intimité, mais également à rendre son installation moins visible et à limiter les désagréments pour le voisinage.
À la recherche d’un logement entre 800 $ et 1 000 $
Leur objectif, insistent-ils, demeure de quitter le boisé dès qu’une solution correspondant à leur situation financière se présentera. Le couple affirme rechercher idéalement un logement de trois pièces et demie ou quatre pièces et demie, avec un budget qui se situerait autour de 800 à 900 $ par mois, et jusqu’à environ 1 000 $ au maximum.
« C’est un logement abordable que ça nous prend », explique le couple, qui constate que les appartements correspondant à ce budget sont devenus difficiles à trouver.
Selon eux, la situation est d’autant plus complexe que les ressources d’hébergement et les organismes venant en aide aux personnes sans domicile doivent eux-mêmes répondre à une demande importante.
Plutôt que de se retrouver dans un campement plus important, le couple dit avoir choisi de s’isoler temporairement.
« Nous avons pris sur nous-mêmes de nous relocaliser, du moins temporairement, dans cet appartement à ciel ouvert », résument-ils.
Quelques dollars pour assurer le quotidien
Sans emploi régulier pour le moment, l’homme explique tenter de récupérer certains matériaux et objets afin d’obtenir quelques dollars et de subvenir à leurs besoins essentiels.Métaux, rebuts, cuivre et vieux vélos font notamment partie des objets qu’il récupère ou remet en état.
La présence de plusieurs vélos sur les lieux aurait d’ailleurs suscité des questions chez certains citoyens. Patrice affirme que ceux-ci proviennent principalement de vélos trouvés abandonnés ou endommagés qu’il tente ensuite de réparer ou de récupérer.
« Il est difficile de travailler quand tu n’as pas un toit »
Au-delà du campement lui-même, le témoignage du couple illustre surtout le cercle vicieux auquel peuvent être confrontées certaines personnes lorsqu’elles perdent leur logement.
Patrice affirme vouloir retourner sur le marché du travail, mais explique que l’absence d’un domicile rend les démarches beaucoup plus compliquées.
« Il est difficile de travailler quand tu n’as pas un toit au-dessus de la tête, quand tu n’as pas accès facilement à une douche et à tout ce qu’il faut pour te présenter au travail. Je souhaite retourner sur le marché du travail, mais dans un premier temps, je dois réussir à me relocaliser », explique-t-il.
Pour les résidents rencontrés dans le secteur comme pour les occupants du campement, la situation soulève ainsi une question qui dépasse la simple présence d’une tente ou d’effets personnels dans un boisé, celle de personnes qui, après avoir perdu leur logement, tentent de trouver une solution temporaire alors que leur capacité financière ne leur permet plus facilement de revenir sur le marché locatif.
Pour quelques résidents du quartier rencontrés par le Vingt55, cette situation est toutefois inacceptable et ne devrait pas être tolérée à long terme.
« Nous vivons dans une ville où des situations comme celle-ci peuvent ouvrir la porte à d’autres campements et éventuellement devenir plus problématiques. Il est facile de perdre le contrôle d’une situation », estime un citoyen du secteur qui craint pour sa sécurité quand il va prendre une marche dans secteur boisé.
Selon lui, Drummondville ne doit pas devenir un endroit où l’installation de campements improvisés est acceptée comme une solution permanente à l’itinérance, même lorsque les personnes qui les occupent tentent de demeurer discrètes et respectueuses du voisinage.
« Il faut trouver des solutions autant pour les personnes qui se retrouvent dans cette situation que pour les citoyens qui souhaitent continuer de profiter des secteurs boisés comme lieux de marche et de plein air, sans craindre de tomber sur un campement improvisé, avec les inquiétudes et les risques que ce genre de situation peut susciter », ajoute le résident.
« Il faut également donner à nos organismes les moyens d’aider efficacement ces personnes et même demander aux propriétaires de revoir le prix de leurs loyers afin d’éviter cette prolifération et cet étalement des campements à Drummondville », estime le citoyen.
Selon les informations obtenues et confirmées au Vingt55, la Ville suit également de près le projet de La Hutte à St-Jérome, destiné aux personnes en situation d’itinérance. Évalué à près de 10 millions de dollars, le projet pourrait éventuellement être implanté à Drummondville.
Si plusieurs conseillers municipaux y voient une avenue intéressante pour mieux répondre aux besoins grandissants en matière d’itinérance, des préoccupations demeurent également quant aux responsabilités, aux impacts et à l’ampleur qu’aurait l’implantation d’un tel projet à Drummondville.
« Ce qui fonctionne bien dans une partie de la province n’est pas nécessairement la meilleure solution pour l’ensemble des municipalités », fait valoir une source au fait du dossier.
Pour le Patrice et Mélanie, le boisé ne représente donc pas une destination. Il constitue, pour l’instant, une solution de transition qu’ils qualifient eux-mêmes de « logement à ciel ouvert », dans l’espoir de retrouver éventuellement quatre murs, une adresse et la stabilité nécessaire pour reprendre pied.

Patrice et Mélanie s’installent dans un boisé faute de logement abordable à Drummondville @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.












