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Arthabaska–L’Érable : un baromètre politique à surveiller au Centre-du-Québec

Arthabaska–L’Érable : un baromètre politique à surveiller au Centre-du-Québec
Arthabaska–L’Érable, un baromètre politique à surveiller au Centre-du-Québec @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Arthabaska–L’Érable

Pendant plus d’une décennie, la circonscription d’Arthabaska a été considérée comme l’une des forteresses les plus sûres de la Coalition avenir Québec. Depuis un an, c’est désormais un des sept comtés du Parti Québécois, grâce à la victoire d’Alex Boissonneault lors d’une élection partielle. Ce même territoire – agrandi, redessiné et rebaptisé Arthabaska–L’Érable  – s’annonce comme l’un des baromètres les plus surveillés de la campagne 2026.

Depuis sa création en 1890, la circonscription d’Arthabaska a connu plusieurs vies politiques. Elle a été représentée par le Parti québécois dans les années 1990 avec Jacques Baril, puis par les libéraux de Claude Bachand dans les années 2000, avant de virer à l’Action démocratique du Québec sous Jean-François Roux. C’est en 2012 que la CAQ, avec Sylvie Roy, s’y implante durablement. Éric Lefebvre lui succède en 2016 et fait de la circonscription l’une des places fortes du gouvernement Legault, la remportant avec plus de 61 % des voix en 2018, puis avec près de 52 % en 2022. Cette dernière victoire avait cependant masqué une percée conservatrice inattendue alors que le Parti conservateur du Québec a recueilli près de 25 % des votes.

Le départ d’Éric Lefebvre, en mars 2025, pour se présenter sous la bannière conservatrice fédérale a forcé la tenue d’une élection complémentaire qui a rebattu les cartes. Le 11 août 2025, le candidat vedette du Parti Québécois, l’ex-journaliste Alex Boissonneault, a remporté la victoire avec un peu plus de 46 % des voix, une progression fulgurante par rapport aux résultats de ce parti en 2022. Ce faisant, il défaisait le chef conservateur Éric Duhaime, venu tenter sa chance dans ce comté. La CAQ, elle, s’est littéralement effondrée avec une lointaine quatrième place. Son appui a en fait fondu de plus de quarante points en trois ans. Cette victoire marquait un retour du Parti Québécois qui n’avait pas remporté la circonscription depuis 1998. À ce moment, il s’agissait également d’une troisième victoire consécutive en élection partielle pour le PQ, après Jean-Talon et Terrebonne.

Un nom, des frontières : la circonscription change de visage

Ce qui distingue toutefois la prochaine élection générale, ce n’est pas seulement le rapport de force politique, mais la circonscription elle-même. À la faveur d’un projet de loi adopté par l’Assemblée nationale en juin 2025,  un geste inhabituel, puisque la désignation des circonscriptions relève normalement de la Commission de la représentation électorale, Arthabaska est officiellement devenue Arthabaska–L’Érable, reflétant les deux MRC qui la composent : celle d’Arthabaska, centrée sur Victoriaville, et celle de L’Érable, qui inclut notamment Plessisville et Princeville.

Le redécoupage électoral dévoilé en 2026, rendu nécessaire par une croissance du nombre d’électeurs de près de 9 % en Estrie et au Centre-du-Québec entre 2013 et 2024, a également modifié le territoire de la circonscription. Les municipalités de Saint-Rosaire et de Saint-Louis-de-Blandford en sont retirées pour rejoindre la nouvelle circonscription voisine de Nicolet-Bécancour, tandis que Sainte-Hélène-de-Chester, qui entretenait déjà des liens étroits avec la MRC d’Arthabaska, y est intégrée. Localement, cette perte de deux municipalités a suscité des réserves, en raison des liens socioéconomiques tissés au fil des années avec le reste du territoire.

Une campagne à quatre, sous surveillance

Pour l’élection générale du 5 octobre, Alex Boissonneault brigue un premier mandat complet sous les couleurs du Parti Québécois. En misant sur son ancrage régional, celui qui est natif de Saint-Ferdinand entend continuer son travail axé sur le soutien aux entrepreneurs, aux agriculteurs et au repreneuriat local. De son côté, la CAQ mise à nouveau sur Keven Brasseur, comptable et ancien attaché politique du ministre André Lamontagne, qui avait terminé quatrième lors de la partielle de 2025. Le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, ayant choisi de se présenter dans un autre comté, le parti revient avec Tarek Henoud qui avait terminé deuxième dans ce comté en 2022. Le Parti libéral du Québec a quant à lui confirmé la candidature de Chantale Marchand, troisième en 2025, alors que Québec solidaire sera représenté par Stéphanie Poirier.

Selon les projections de l’agrégateur de sondages Qc125, le Parti québécois demeurait solidement en tête à quelques semaines du scrutiné. Le député Boissonneault est actuellement crédité d’environ 39 % des intentions de vote, le Parti conservateur du Québec occupant le second rang avec 27 %, et la CAQ reviendrait en force avec 23 %. Cette nouvelle réalité tranche avec l’élection de l’été 2025 et illustre à quel point l’issue d’une partielle peut différer d’une élection générale. Un fait demeure, la donne a beaucoup changé dans cette circonscription qui, dix ans plus tôt, semblait acquise à la CAQ.

Un test pour l’ensemble du Centre-du-Québec

Au-delà des chiffres, Arthabaska–L’Érable est devenue un symbole. Pour le Parti québécois, conserver ce gain serait la confirmation que sa remontée dans les régions rurales et agricoles, longtemps considérées comme hostiles au projet souverainiste, n’était pas un accident de parcours électoral. Pour le Parti conservateur du Québec, qui n’a toujours pas fait élire de député à l’Assemblée nationale malgré un appui populaire non négligeable en 2022, la circonscription reste l’une de ses meilleures chances de percée. Et pour la CAQ, qui y régnait sans partage depuis 2012, y reprendre pied serait un signal fort après une série de revers électoraux dans la dernière année du mandat de François Legault.

À la croisée d’un redécoupage territorial, d’un changement de nom et d’un vote de plus en plus imprévisible, Arthabaska–L’Érable illustre bien la reconfiguration en cours de la politique québécoise à l’approche du scrutin du 5 octobre 2026.

Éric Beaupré
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