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Santé publique : le bruit reconnu comme un risque réel pour la santé par la Direction de santé publique de Santé Québec Mauricie-et-Centre-du-Québec Universitaire

Santé publique : le bruit reconnu comme un risque réel pour la santé par la Direction de santé publique de Santé Québec Mauricie-et-Centre-du-Québec Universitaire
L’enquête, dont les conclusions ont été rendues publiques, porte sur les activités industrielles du Groupe Bellemare, situé à Trois-Rivières @ Tous droits réservés.

Mauricie / Centre-du-Québec

Le bruit provenant d’activités industrielles à Trois-Rivières représente un risque réel pour la santé des citoyens vivant à proximité. C’est la conclusion à laquelle arrive la Direction de santé publique de Santé Québec Mauricie-et-Centre-du-Québec – Universitaire au terme d’une enquête épidémiologique.

L’enquête, dont les conclusions ont été rendues publiques, porte sur les activités industrielles du Groupe Bellemare, situé à Trois-Rivières. Les activités du Groupe Bellemare dans le secteur des Vieilles Forges ont été analysées par la Santé publique. Elle repose notamment sur des signalements de citoyens, des mesures environnementales ainsi que différentes études techniques. La Direction de santé publique cherchait à déterminer si le bruit, les odeurs, les poussières et la qualité de l’eau associés aux activités industrielles pouvaient avoir des conséquences sur la santé de la population.

Des niveaux de bruit dépassant les seuils de l’OMS

C’est principalement la question du bruit qui retient l’attention, les mesures analysées par la Santé publique montrent des dépassements des seuils recommandés par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). La présence de basses fréquences, décrites comme particulièrement dérangeantes, a également été constatée.

Selon la Direction de santé publique, les niveaux sonores observés ne sont pas suffisamment élevés pour provoquer une perte auditive. Ils peuvent néanmoins avoir d’autres conséquences sur la santé, notamment en perturbant le sommeil, en provoquant du dérangement et en affectant la qualité de vie.

La Santé publique conclut ainsi que l’exposition au bruit représente bel et bien un risque réel pour la santé humaine, dont les effets sont documentés dans la littérature scientifique.

« Nous comprenons les préoccupations exprimées par les citoyens au fil des années et nous les avons prises très au sérieux. Les conclusions de cette enquête nous permettent aujourd’hui de formuler des recommandations concrètes afin d’adresser cet enjeu de façon durable », souligne Dre Caroline Marcoux-Huard, médecin spécialiste en santé publique et médecine préventive et adjointe médicale au directeur de santé publique chez Santé Québec Mauricie-et-Centre-du-Québec – Universitaire.

Des mesures d’atténuation jugées insuffisantes

L’enquête constate que certaines mesures ont déjà été mises en place par le Groupe Bellemare afin d’atténuer les impacts de ses activités. La Santé publique considère toutefois qu’elles ne sont pas suffisantes et qu’elles devront être poursuivies et renforcées.

Le rapport recommande notamment la mise en place de mesures d’atténuation efficaces, le respect du cadre réglementaire ainsi qu’une évaluation rigoureuse avant toute intensification des activités industrielles.

« Un risque atténué demeure un risque pour la santé, c’est pourquoi nous poursuivrons nos démarches auprès de nos partenaires, soit la Ville de Trois-Rivières, le Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs ainsi que le Groupe Bellemare, afin d’améliorer la concertation entre les parties prenantes et d’assurer un suivi cohérent des recommandations formulées », ajoute Dr Sylvain Abel.

Odeurs et poussières, des nuisances qui affectent la qualité de vie

La conclusion est différente concernant les odeurs et les poussières. Selon les données disponibles, la Santé publique n’établit pas d’effet direct sur la santé attribuable à ces contaminants.

Elle reconnaît cependant qu’ils constituent des nuisances importantes pouvant affecter le bien-être et la qualité de vie des citoyens vivant à proximité.

Quant à l’eau potable consommée par la majorité des résidents du secteur, elle est considérée comme sécuritaire. Une vigilance demeure toutefois recommandée pour les propriétaires utilisant des puits individuels.

Le rapport établit donc une distinction importante, si les odeurs et les poussières sont principalement considérées comme des nuisances, le bruit associé aux activités industrielles visées par l’enquête est, lui, reconnu comme présentant un risque réel pour la santé humaine.

Un autre exemple local démontre toutefois que des problématiques de nuisances peuvent mener à la mise en place de solutions concrètes. Le site d’enfouissement de Waste Management, à Drummondville, avait notamment fait l’objet de nombreuses plaintes de citoyens du secteur en raison des nuisances générées par ses activités. Devant la situation, l’entreprise a revu certaines de ses pratiques et mis en place différentes mesures correctives afin d’en réduire les impacts.

Ces interventions ont contribué à améliorer la situation et à répondre à plusieurs préoccupations exprimées par les résidents du secteur, illustrant qu’une problématique de nuisance peut aussi être atténuée lorsque des mesures concrètes sont mises en place.

En filigrane, la notion de nuisance évolue aussi à Drummondville

Les conclusions rendues à Trois-Rivières trouvent un certain écho à Drummondville, où plusieurs dossiers ont, au fil des années, placé au centre des débats la notion de nuisance, de qualité de vie et de cohabitation avec le voisinage.

Les situations sont évidemment différentes et ne peuvent être comparées directement au dossier du Groupe Bellemare. Un constat se dégage néanmoins : dans plusieurs cas, des préoccupations soulevées initialement par des citoyens ont conduit les autorités, les entreprises ou les organisations concernées à documenter davantage les nuisances alléguées et à mettre en place des mesures pour en réduire les impacts.

Le dossier de l’aéroport de Drummondville en constitue un exemple important. Les plaintes concernant le bruit généré notamment par les activités de formation aérienne ont mené à différentes démarches, mesures de suivi et d’atténuation. Le conflit a également pris une dimension judiciaire avant de se conclure par une entente prévoyant le départ du Collège Select Aviation vers Gatineau. La question du climat sonore autour de l’aéroport n’a toutefois pas disparu pour autant et demeure encadrée par un mécanisme de vigilance.

Plus récemment, le dek hockey du parc Jardin-des-Galeries a soulevé une problématique semblable de cohabitation sonore.

Après des plaintes de résidents, des interventions au conseil municipal et une consultation, la Ville a choisi de maintenir les installations tout en déployant des mesures d’atténuation visant à réduire le bruit pour les résidents à proximité.

Les odeurs générées par les activités d’Entosystem ont également suscité des plaintes et une mobilisation citoyenne. Là encore, différentes mesures ont été envisagées ou déployées afin de réduire les nuisances et de répondre aux préoccupations exprimées par le voisinage.

Drummondville a récemment redéfini ce qu’est une « nuisance »

En effet, comme l’a appris le Vingt55 lors d’un récent conseil municipal, ces différents débats trouvent maintenant un écho jusque dans la réglementation municipale.

À l’été 2026, le conseil municipal de Drummondville a revu la définition même de ce qui constitue une nuisance. Le règlement RV26-5874, présenté en juin puis adopté à l’unanimité le 6 juillet, est entré en vigueur le 10 juillet.

La nouvelle définition considère notamment comme une nuisance « tout acte ou omission qui peut mettre en danger la vie, la sécurité, la santé, la propriété ou le confort, la paix ou le bien-être du public ou d’un individu ».

Le conseil a également revu l’article concernant certaines nuisances provenant d’activités personnelles, commerciales ou industrielles, notamment les odeurs, les fumées, les poussières, la suie et d’autres émanations.

Cette modification réglementaire a été adoptée à la suite de différents enjeux auxquels la Ville de Drummondville a été confrontée, notamment en lien avec le parc industriel de Drummondville, avait d’ailleurs précisé le maire de Drummondville, questionné par le Vingt55 au sujet de cette décision du conseil municipal. Elle illustre une évolution dans la façon dont la notion de nuisance est abordée par la municipalité, en intégrant explicitement des concepts comme la santé, le confort, la paix et le bien-être des citoyens.

La réglementation de Drummondville encadre par ailleurs déjà spécifiquement le bruit et prévoit qu’un bruit susceptible de troubler la paix ou le bien-être des citoyens peut constituer une nuisance, y compris lorsqu’il est répété sans être constant.

Quand une nuisance devient-elle un enjeu de santé? C’est précisément cette question qui donne une portée plus large aux conclusions rendues par la Direction de santé publique dans le dossier du Groupe Bellemare.

Le bruit industriel constitue une nuisance susceptible de toucher plusieurs secteurs d’activité et pourrait, selon les circonstances, trouver écho dans d’autres problématiques de nuisances, qu’elles soient municipales, industrielles ou d’une autre nature.

Les dossiers de l’aéroport, du dek hockey et d’Entosystem à Drummondville sont de nature et d’ampleur différentes et ne permettent aucunement de présumer des conclusions auxquelles arriveraient les autorités dans chacun des cas. Ils démontrent toutefois que le nombre de plaintes ou le nombre de citoyens qui se manifestent ne constitue pas, à lui seul, une mesure scientifique de l’existence ou de l’importance d’une nuisance.

Dans plusieurs de ces dossiers, les préoccupations citoyennes ont entraîné des études, des mesures d’atténuation, des mécanismes de vigilance ou des modifications réglementaires.

À Trois-Rivières, l’enquête de la Direction de santé publique franchit aujourd’hui une étape supplémentaire, après avoir analysé les signalements de citoyens, les mesures environnementales et les études techniques, elle établit que le bruit associé aux activités industrielles visées représente effectivement un risque pour la santé de la population exposée.

La Direction de santé publique entend maintenant poursuivre ses démarches avec la Ville de Trois-Rivières, le ministère de l’Environnement et le Groupe Bellemare afin que les recommandations formulées soient suivies et que les impacts sur les citoyens soient réduits de façon durable.

Le Groupe Bellemare accueille les conclusions avec ouverture

De son côté, le Groupe Bellemare affirme accueillir avec ouverture les conclusions du rapport de la Direction de santé publique de la Mauricie–Centre-du-Québec. L’entreprise soutient vouloir poursuivre les mesures déjà entreprises afin de réduire les impacts de ses activités sur le voisinage.

« Nous sommes engagés à poursuivre nos actions de façon proactive et collaborative. Les conclusions du rapport confirment que nous sommes sur la bonne voie. Notre objectif est clair : valoriser le verre, contribuer à l’économie circulaire et vivre en harmonie avec notre communauté », a déclaré Serge Bellemare, président du Groupe Bellemare.

Le vice-président et directeur général de l’entreprise, Stéphane Fortin, souligne pour sa part que plusieurs mesures d’atténuation sont déjà en cours de déploiement.

« Les recommandations de la DSP sont alignées avec notre plan rigoureux de mesures d’atténuation déjà en cours de déploiement pour améliorer la qualité de vie du voisinage immédiat de nos installations à Trois-Rivières. De plus, nous sommes heureux d’avoir désormais toutes les autorisations nécessaires afin de déployer nos mesures additionnelles structurantes qui nous permettront d’améliorer la situation de façon durable », a déclaré Stéphane Fortin, vice-président et directeur général du Groupe Bellemare

Une conclusion qui rappelle qu’au-delà de la perception d’une nuisance ou du nombre de personnes qui choisissent de porter plainte, ce sont ultimement les données, les mesures et les analyses scientifiques qui permettent d’en déterminer la portée réelle.

Éric Beaupré
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