Le chroniqueur Jonathan Drolet fait son entrée au Vingt55 :  »PIÑATA VIDE » quand la fête électorale laisse un goût de déjà-vu

Le chroniqueur Jonathan Drolet fait son entrée au Vingt55 :  »PIÑATA VIDE » quand la fête électorale laisse un goût de déjà-vu
Le chroniqueur Jonathan Drolet fait son entrée au Vingt55 @ Crédit photo Agence CDQ / Vingt55 Tous droits réservés.

Chronique

C’est avec grand plaisir que le Vingt55 accueille Jonathan Drolet au sein de son équipe, pour qui le côté Anticønførmiste, les propos et le franc-parler viendront teinter les dossiers et l’actualité locale et régionale. Il viendra assurement piquer votre curiosité et bousculer certaines certitudes avec sa toute nouvelle chronique.

C’est avec grand plaisir que le Vingt55 accueille Jonathan Drolet au sein de son équipe @ Crédit photo Agence CDQ Média / Vingt55 Tous droits réservés.

Pur produit de l’Université Laval, son alma mater, Jonathan possède une formation multidisciplinaire. Il détient notamment un baccalauréat en science politique, un MBA, ainsi que deux certificats (économie et développement durable).

Chroniqueur politique intermittent depuis plus d’une décennie, il a su faire sa marque tant à l’écrit qu’à l’oral. Ses analyses ont notamment été publiées sur le (feu) Huffington Post Québec et sur son blogue personnel, L’Anticønførmiste. Ses opinions tranchées ont également résonné sur les ondes des stations de radio CJMD et CIHO.

Entrepreneur dans l’âme, Jo est un véritable généraliste dont l’attention refuse de se confiner à un seul champ d’expertise. Sa véritable passion (son péché mignon, diront certains), c’est l’architecture sociale. Pour lui, l’amélioration de notre société passe inévitablement par une compréhension profonde de ce qui anime véritablement les gens et les mouvements. Son approche ne s’arrête pas aux apparences, puisque pour lui, il faut percer la surface qui définit notre société pour plonger directement dans son essence.

Voici donc sa toute première chronique chez nous :

PIÑATA VIDE

Lorsque les élections provinciales débutent au Québec, on sent toujours une vague de fébrilité ambiguë déferlée sur les gens du territoire. On est, soudainement, tous invités à un mauvais party. Un rassemblement dont on est tous mis à l’écart aussi longtemps que le permet la loi, mais qui devient une obligation le temps d’une élection.

D’abord, le calme et le silence sont décrétés par une personne possédant un poste aussi inutile qu’incohérent, la représentante des vestiges d’un système arriéré et tyrannique (la lieutenante-gouverneure). Elle met fin à la plus récente législature pour permettre l’arrivée d’une nouvelle (ou le retour de l’ancienne). Les faires-parts sont expédiés.

Puis les murmures incantés par les différents partis politiques qui convoitent le pouvoir, les meilleurs sièges, le volant se transforment très vite en clameur. Le boucan est instantanément repris et amplifié par les médias, excités par la manne de contenu gratuit et addictif dont ils vont profiter pour les prochaines semaines. Les analystes politiques enfourchent leurs chevaux et se font les messagers de la bonne nouvelle : les festivités vont maintenant commencer.

L’orgie s’amorce, on nous promet le progrès, le bonheur, la richesse, la santé, l’extase. À nos oreilles, des chuchotements répondant à nos plus intimes souhaits sont déposés. L’espoir nous rend si faibles. La débauche finit toujours par s’imposer dans ces instants de communion magique.

Tout est mis en action dans le but de nous camoufler les répercussions de cet excès. Ce qui est primordial, c’est qu’on soit là pour ce moment précis. Qu’on réponde à l’appel pour leur permettre de nous éviter pendant les quatre prochaines années. Le temps d’oublier que la piñata était vide, que la fête n’a jamais été pour nous, que tout ça c’est pour eux, comme toujours, toujours aux mêmes, toujours les mêmes.

Ces propos peuvent sembler remplis de rudesse à l’égard de citoyens aussi spéciaux que les candidats et les élus. Ces individus remarquables qui sont exhibés comme sacrifiant leur vie pour la pauvre plèbe qui serait complètement démunie sans eux. Cependant, ces propos sont, substantiellement, remplis de tristesse.

Ça m’atterre d’assister à la dilapidation de tant de nos ressources, de nos efforts et de nos rêves pour perpétuer une tradition si vaine que d’ici quelques mois, nous serons déjà impatients que les prochaines élections arrivent dans l’espérance que cette fois ça sera différent. Ça me brise le cœur de vivre ce cycle vicieux qui nous plonge dans le cynisme, puisqu’élection après élection, tout ce qui importe véritablement dans nos « démocraties représentatives » c’est la partisanerie, la victoire et le pouvoir. La vocation fondamentale d’un politicien devrait être d’améliorer la vie des gens et non de remporter des voix pour être récompensé d’une chaise à l’Assemblée. C’est tellement juvénile comme façon de se comporter.

Dans ce climat, les chances de voir un parti politique réaliser une réelle réforme de notre système qui est aussi poussiéreux qu’inefficace sont bien minces. Ces derniers sont créés pour exister dans cet environnement. Ils n’ont aucun intérêt à placer le bien commun au-devant de leurs petits privilèges. Quelle belle position que celle de pouvoir voter son propre salaire, gérer ses propres règles d’embauches et ses définitions de tâches ! Dans n’importe quel autre secteur, tout ça serait jugé comme de l’abus. Cependant, en politique, l’abus, ce n’est que la normalité.

Vous avez peut-être déjà lu cette citation de Marilyn Strathern (qui résume la loi de Goodhart) : « quand une mesure devient un objectif, elle cesse d’être une bonne mesure ». Les élections devraient être une formalité pour désigner les meilleurs dirigeants possibles. Elles sont, maintenant (comme le souligne bien Alexandre Duval) l’obsession de l’écosystème partisan. Ce qui ne répond d’aucune façon à nos besoins collectifs. La politique, dans sa forme actuelle, n’est plus capable de nous desservir convenablement.

À l’orée de ce cirque futile, je suis une piñata vide et triste !!..

Jonathan Drolet
CHRONIQUEUR
PROFILE

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