VILLE / RÉGION
Les plus récentes données de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) montrent qu’au Canada, plus d’un ménage sur dix demeure aux prises avec des besoins impérieux en matière de logement. À Drummondville et dans le Centre-du-Québec, les données disponibles dressent également le portrait d’un marché où l’offre s’améliore, mais où l’abordabilité demeure un enjeu important.
Les dernières données de la SCHL montrent que l’abordabilité demeure un enjeu important malgré une hausse des chantiers à Drummondville @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.
La Société canadienne d’hypothèques et de logement vient de publier les résultats de son Enquête canadienne sur le logement de 2024, réalisée tous les deux ans avec Statistique Canada.
Selon les conclusions obtenues et consultées par le Vingt55, derrière les chiffres se cache une réalité qui dépasse la simple disponibilité des logements dans la région, et notamment à Drummondville. Selon la SCHL, 11,6 % des ménages canadiens se trouvaient toujours en situation de besoins impérieux en matière de logement en 2024, une proportion identique à celle observée en 2022.
Un ménage est considéré comme ayant des besoins impérieux lorsqu’il habite un logement qui n’est pas adéquat, abordable ou de taille convenable et que son revenu ne lui permet pas d’accéder à un autre logement répondant à ces critères.
Toujours selon la SCHL l’abordabilité représente d’ailleurs le principal problème : 71 % des situations de besoins impérieux en matière de logement au Canada sont liées à l’abordabilité, selon les nouvelles données de la SCHL.
À Drummondville, les grues, les nouveaux immeubles et les projets domiciliaires se multiplient depuis quelques années.
La Ville a connu deux années particulièrement importantes en matière de développement résidentiel. Les permis délivrés ont permis l’ajout de 1 211 logements en 2024, puis de 1 139 autres en 2025. Cette croissance de l’offre a contribué à faire remonter le taux d’inoccupation, qui était tombé à seulement 0,5 % en 2023, avant de passer à 1,5 % en 2024 et à 1,8 % en 2025.
Sur le terrain, toutefois, la question demeure, combien de ces nouveaux logements sont réellement accessibles aux ménages qui en ont le plus besoin?
C’est précisément ce que dénoncent notamment Mme Dionne et Mme Moreau, deux citoyennes de Drummondville qui suivent de près les projets domiciliaires, notamment dans les secteurs Saint-Charles et de la Commune, et qui remettent en question l’utilisation du terme « abordable » lorsque les loyers proposés demeurent hors de portée d’une partie de la population.
À leurs yeux, parler d’abordabilité lorsque des logements atteignent 1 000 $, 1 400 $ ou même près de 2 000 $ par mois ne correspond tout simplement pas à la réalité financière d’une personne seule à faible revenu, d’un étudiant, d’un ménage vulnérable ou de plusieurs jeunes familles.
Cette inquiétude refait notamment surface autour des projets résidentiels dans le secteur Saint-Charles, où le développement domiciliaire continue de susciter des préoccupations chez certains citoyens. Pour Mme Dionne, comme pour Mme Moreau, la question ne consiste pas uniquement à savoir combien de portes seront ajoutées au parc immobilier de Drummondville. Elles demandent plutôt à qui ces logements seront réellement accessibles une fois construits.
Le développement de centaines de nouvelles unités peut contribuer à augmenter l’offre générale, mais cette augmentation ne signifie pas automatiquement que les ménages disposant des revenus les plus modestes pourront en profiter.
Les locataires frappés beaucoup plus durement, les nouvelles données de la SCHL donnent du poids à cette préoccupation.
En 2024, 22,1 % des ménages locataires canadiens étaient en situation de besoins impérieux en matière de logement, comparativement à seulement 5,7 % des propriétaires.
La situation est encore plus préoccupante chez les locataires vivant déjà dans un logement social ou abordable : 33,4 % d’entre eux étaient considérés comme ayant des besoins impérieux, une proportion qui atteignait 30,8 % en 2022. Le constat est donc loin de se limiter à une pénurie de logements, le prix à payer pour se loger est devenu une préoccupation centrale pour les familles de Drummondville, comme dans plusieurs régions de la province.
À l’échelle régionale, les données les plus détaillées disponibles permettent également de mesurer l’ampleur du phénomène.
En effet, selon les données du Recensement de 2021 compilées pour la Société d’habitation du Québec et consultées par le Vingt55, plus de 2 720 ménages du Centre-du-Québec étaient alors considérés comme ayant des besoins impérieux en matière de logement. Parmi eux, 2 050 étaient locataires et 670 propriétaires.
À Drummondville, 3,6 % de l’ensemble des ménages se trouvaient en situation de besoins impérieux en matière de logement en 2021. Chez les locataires, cette proportion atteignait 7,1 %.
Ces chiffres doivent toutefois être interprétés en tenant compte de plusieurs facteurs. Comme le mentionne la SCHL, les taux observés en 2021 avaient été exceptionnellement faibles au Canada, notamment en raison des mesures temporaires de soutien financier offertes durant la pandémie. Depuis, à l’échelle canadienne, le taux de besoins impérieux est remonté de 9,8 % en 2021 à 11,6 % en 2022, avant de demeurer à 11,6 % en 2024.
Les personnes seules particulièrement vulnérables
La nouvelle enquête permet surtout de voir qui absorbe le plus difficilement la hausse du coût du logement. En 2024, 20,4 % des ménages canadiens composés d’une seule personne se trouvaient en situation de besoins impérieux en matière de logement.
Chez les familles monoparentales, la proportion atteignait 19,1 %, comparativement à 6,7 % chez les couples avec enfants et 5,1 % chez les couples sans enfants. Ces données permettent de mieux comprendre pourquoi un loyer qui peut sembler acceptable pour un ménage disposant de deux revenus devient rapidement inaccessible pour une personne seule ou une famille ne disposant que d’un revenu.
Un logement à 1 400 $ par mois représente 16 800 $ par année, uniquement pour le loyer.
À 2 000 $ par mois, la facture atteint 24 000 $ par année, avant même de payer l’électricité, l’alimentation, le transport, les assurances ou les autres dépenses courantes.
C’est cette réalité financière que Mme Dionne et Mme Moreau, comme de nombreux citoyens et familles de Drummondville, souhaitent voir davantage prise en considération lorsque le mot « abordable » est associé aux nouveaux développements résidentiels.
Les locataires souhaitent aussi davantage d’espace, la situation ne concerne pas uniquement le prix.
Toujours selon les données de la SCHL, les propriétaires canadiens disposent en moyenne de 3,2 chambres et souhaitent généralement conserver cette même superficie. Les locataires disposent pour leur part d’une moyenne de 1,9 chambre, alors qu’ils souhaiteraient en avoir 2,6. Chez les locataires vivant dans un logement considéré comme étant de taille non convenable, l’écart est encore plus important : ils disposent en moyenne de 1,8 chambre, mais souhaiteraient en avoir 3,3.
Et malgré l’augmentation du prix des propriétés et les difficultés d’accès au marché, environ 60 % des locataires considèrent toujours l’accès à la propriété comme un objectif important ou assez important à long terme.
Insécurité alimentaire, pauvreté, endettement, instabilité résidentielle et itinérance sont ainsi étroitement liés à la question du logement et à la part du revenu qu’il faut consacrer pour conserver un toit.
Plus cette part augmente, moins les ménages vulnérables disposent d’une marge de manœuvre pour absorber les imprévus.
La pression se déplace également vers les ressources du milieu. Les banques alimentaires, les organismes d’aide, les ressources en itinérance et les services communautaires se retrouvent en première ligne lorsque des ménages n’arrivent plus à joindre les deux bouts.
À Drummondville, cette réalité est déjà bien visible, comme le rapporte le Vingt55. Les organismes peinent toujours à répondre aux besoins grandissants, alors que certains se retrouvent eux-mêmes en situation de crise et de précarité financière, comme La Tablée populaire qui fait face maintenant a un important manque a gagné. Parallèlement, l’itinérance occupe une place grandissante dans l’espace public, les campements demeurent présents et plusieurs organismes communautaires doivent composer avec une demande soutenue pour leurs services.
Dans ce contexte, la crise du logement et les enjeux sociaux ne peuvent être traités comme deux phénomènes distincts. L’accès à un logement dont le coût correspond réellement à la capacité financière d’un ménage constitue l’un des éléments qui peuvent faire la différence entre une situation stable et une précarité qui s’installe.
Pour Mme Dionne et Mme Moreau et de nombreux citoyens, le nombre de nouvelles portes construites ne peut donc constituer le seul indicateur permettant de mesurer les progrès réalisés en habitation. Elles souhaitent que les projets soient également évalués en fonction des loyers réellement demandés et de la capacité des ménages à les payer. Les plus récentes données de la SCHL viennent justement remettre cette question au premier plan, l’abordabilité demeure le principal facteur associé aux besoins impérieux en matière de logement au Canada.
À Drummondville, alors que de nouveaux projets résidentiels continuent de sortir de terre, l’évolution des loyers et leur poids dans le budget des ménages demeureront donc à surveiller, tout comme leurs répercussions sur la pauvreté, l’insécurité alimentaire, la précarité résidentielle et l’itinérance.

Les dernières données de la SCHL montrent que l’abordabilité demeure un enjeu important malgré une hausse des chantiers à Drummondville @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.



















