« NOSTALGIE FACTICE », et si le passé n’était pas aussi glorieux qu’imaginé !

« NOSTALGIE FACTICE », et si le passé n’était pas aussi glorieux qu’imaginé !

Centre-du-Québec

Depuis la fin de la Covid-19, un regain de conservatisme embaume l’air ambiant. Rechute vers les rôles traditionnels imposés aux hommes et aux femmes, rejet des diversités et des minorités, fascination pour l’économie privée aux dépens de sa facette collective, résurrection de la culture country et nostalgie d’une époque dorée dont on efface tous les défauts pour en faire une commodité idéologique.

Plus l’avenir est incertain et plus nous avons besoin de nous accrocher à un récit rassurant. La religion a longtemps été ce phare dans la nuit. Sa lente extinction dans les pays développés n’a pas aboli notre incapacité à accepter l’absurdité de notre existence pour autant. Elle a, tout simplement, laissé place à d’autres idéologies, à d’autres histoires qui permettent de donner un peu de sens à nos vies et d’échapper ainsi à la douloureuse complexité de la réalité.

En cette période trouble où le néolibéralisme nous a entraînés, incapable de tenir sa promesse d’un développement infini et exponentiel pour tous, nous devons nous réinventer. À ce carrefour, le danger est de sombrer dans une nostalgie factice du passé, de replonger dans nos anciens vices, de tomber dans le panneau et de rappeler notre ex.

Je suis un enfant des années 80. J’ai grandi en périphérie des grands centres à Forestville sur la Côte-Nord. À l’époque de mon enfance, les gens achetaient une maison à un jeune âge. La propriété était accessible, il n’était pas nécessaire de compléter une longue et coûteuse scolarité afin de subvenir à ses besoins convenablement, les rôles sociaux étaient clairement établis et la vie s’écoulait à un rythme plus naturel à l’abri de l’instantanéité colporté par internet.

Ça fait envie quand on y pense. C’est alléchant, cette expérience de vie teintée de simplicité et de facilité. Ça contraste avec le chaos et la rudesse de l’existence actuelle. Du moins, dans sa perspective idyllique.

Malheureusement, la réalité est plus compliquée que ce qu’on tente de nous vendre. Je ne sombrerai pas dans une liste exhaustive de ce qui nous est dissimulé, mais j’emprunterai deux constats pour briser un peu l’enchantement.

Oui, beaucoup de ménages possédaient une maison. Cependant, il n’y avait qu’une voiture par famille, aucunes vacances dans le Sud et pas d’expériences gastronomiques aux grandes tables. On se contentait d’écouter ce qui passait sur le câble ou ce qui était disponible au club vidéo. Plusieurs enfants partageaient la même chambre, les sous-sols n’étaient jamais finis, les gens achetaient peu de chose et réparaient ce qu’ils avaient (souvent eux-mêmes). De plus, les activités auxquelles on participait étaient organisées bénévolement par les membres de la communauté, donc le rythme de la consommation n’avait absolument rien avoir avec ce qui se trame dans le présent.

La quantité de ressources consacrées aux enfants étaient aussi très différentes. À l’époque, les gamins apprenaient à vivre dans un monde d’adultes et non l’inverse. On se divertissait avec les amis du quartier dès qu’on pouvait sortir de la maison et les parents remplissaient leurs voitures d’enfants à tour de rôle lors des compétitions sportives. Les jours de congé étaient quant à eux consacrés à l’accomplissement des tâches domestiques, et surtout pas question de payer pour le ménage, l’entretien de la maison ou du terrain, puisque ça, c’était pour les riches ça. Les responsabilités de nos géniteurs, c’étaient de nous loger, de nous nourrir, de nous éduquer et de nous aimer. Pour le reste, tu t’arrangeais.

En invoquant seulement les habitudes de consommation et les limitations du rôle parental de l’époque, on arrive déjà à trouver des raisons économiques qui expliquent, en partie, pourquoi nous avons tant de difficulté à acheter une maison. Si l’on coupait aussi drastiquement dans nos dépenses en achats futiles et dans le maternage intensif des nouvelles générations, il est raisonnable de penser que la situation serait tout autre. Cependant, qui désire réduire son train de vie et restreindre sa relation avec ses rejetons ?

Ici, je tiens à souligner que je n’ai même pas abordé le calvaire qu’une certaine partie de la population a subi afin que d’autres puissent bénéficier d’une destinée libérée du fardeau de raisonner.

La vérité, c’est que nous faisons des choix qui sont différents aujourd’hui. Et ces décisions ont des impacts sur notre environnement pour le meilleur et pour le pire. La vérité, c’est que le Jardin d’Eden est un mythe enfantin. Et, le problème avec la vérité, c’est qu’elle est souvent beaucoup plus difficile à accepter qu’à identifier. Le processus de recherche n’est donc pas une entreprise qui repose uniquement sur la raison, il demande aussi un cheminement personnel important pour être en mesure de nous adapter aux changements de paradigmes causés par nos propres réflexions. Mais ça, ce n’est aucunement dans l’intérêt des idéologues de droite ou de gauche vous le comprenez !

Bonne semaine !

Crédit photo Envato / Tous droits réservés.

Jonathan Drolet
CHRONIQUEUR
PROFILE

Suivez-nous sur les réseaux sociaux:

Les derniers articles

Faits divers

Suivez-nous sur les réseaux sociaux:

facebookyoutube-icon