Manufacturier québécois : InnovUP! met en lumière une industrie à la croisée des chemins un nouveau portrait du secteur manufacturier se dessine

Manufacturier québécois : InnovUP! met en lumière une industrie à la croisée des chemins un nouveau portrait du secteur manufacturier se dessine
InnovUP! met en lumière une industrie à la croisée des chemins @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Drummondville

Rareté de main-d’œuvre, productivité, intelligence artificielle et défis de modernisation : quatre entrevues réalisées par le Vingt55 lors du Sommet national du manufacturier intelligent, InnovUP!, à Drummondville, mettent en lumière les réalités et les défis du secteur manufacturier québécois. Un constat commun se dégage : les entreprises doivent accélérer leur transformation, mais celle-ci devra miser autant sur les compétences des travailleurs et la collaboration que sur les nouvelles technologies.

À travers quatre entrevues réalisées par le Vingt55 lors du premier Sommet national du manufacturier intelligent, InnovUP!, tenu au CNIMI à Drummondville, un nouveau portrait des réalités du secteur manufacturier québécois se dessine @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

À travers quatre entrevues réalisées par le Vingt55 avec Hussein Ibrahim, directeur du Centre national intégré du manufacturier intelligent (CNIMI), Gabrielle Soucisse, directrice générale de Premier Tech Digital, Élise Laramée, directrice adjointe à la formation continue et aux services aux entreprises du Cégep Drummond, et Véronique Proulx, présidente-directrice générale de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), un portrait des réalités manufacturières québécoises se dessine.

Un paradoxe ressort de ces échanges, les solutions technologiques se multiplient, mais les entreprises, particulièrement les PME, ne possèdent pas toujours les ressources financières, humaines ou organisationnelles pour les intégrer efficacement.

Une industrie en changement qui doit produire autrement

Le premier constat concerne les pressions grandissantes exercées sur les manufacturiers québécois. Tensions commerciales, tarifs douaniers, coûts de production et concurrence internationale obligent les entreprises à revoir leurs méthodes.

À ces difficultés s’ajoute un enjeu central : la rareté de main-d’œuvre.

Pour Véronique Proulx, présidente-directrice générale de la FCCQ, le recrutement demeure la principale préoccupation exprimée par les entreprises qu’elle rencontre. Certaines disposent de commandes pour plusieurs mois, mais craignent de manquer de travailleurs pour respecter leurs engagements.

Cette situation soulève une question fondamentale : comment maintenir, voire augmenter la production, sans pouvoir accroître proportionnellement les effectifs?

L’automatisation, la robotisation et l’amélioration des processus apparaissent comme des réponses possibles. Toutefois, elles nécessitent des investissements et une expertise que toutes les entreprises ne possèdent pas.

Le défi n’est donc plus simplement de produire davantage, mais de produire plus efficacement avec les ressources disponibles. Une réalité particulièrement importante pour le Centre-du-Québec, où le secteur manufacturier occupe une place majeure dans l’économie régionale.

L’intelligence artificielle ne constitue pas une solution miracle

Si l’intelligence artificielle occupe une place centrale dans les discussions, les entrevues invitent à nuancer les attentes envers cette technologie.

Gabrielle Soucisse, directrice générale de Premier Tech Digital, rappelle qu’avant d’intégrer l’intelligence artificielle, plusieurs entreprises doivent d’abord comprendre précisément ce qui se passe dans leur usine.

Sont-elles capables de connaître en temps réel la performance de leurs équipements, les causes des arrêts de production ou les pertes de matières premières?

Lorsque ces informations sont absentes, imprécises ou mal structurées, les possibilités offertes par l’intelligence artificielle demeurent limitées.

La dirigeante donne notamment l’exemple d’entreprises où les responsables ne définissent pas tous de la même manière un arrêt de production, compliquant ainsi l’analyse des données.

La transformation numérique ne commence donc pas nécessairement par l’achat de robots ou de systèmes d’intelligence artificielle, mais souvent par une meilleure connaissance des opérations existantes.

Des logiciels de planification et de suivi permettent déjà de réduire les pertes, d’améliorer l’utilisation des équipements et de respecter davantage les délais de livraison, parfois sans remplacer les machines en place.

L’enjeu consiste à identifier les problèmes avant de choisir les technologies susceptibles de les résoudre.

Transformer les usines sans oublier les travailleurs

Un autre constat important ressort des entrevues : moderniser les équipements ne suffit pas si les travailleurs ne possèdent pas les compétences nécessaires pour les utiliser.

Élise Laramée, du Cégep Drummond, estime que les entreprises québécoises doivent développer davantage leur culture de formation continue, parallèlement à leurs investissements technologiques.

L’arrivée de nouveaux outils transforme les méthodes de travail, les responsabilités et les compétences recherchées.

Les employés doivent apprendre à utiliser ces technologies, à interpréter des données et à résoudre de nouveaux problèmes. Les gestionnaires doivent également développer leur capacité à accompagner le changement.

Cette observation rejoint celle de Gabrielle Soucisse : les technologies ne peuvent produire les résultats attendus sans une préparation adéquate.

La formation doit ainsi devenir une composante essentielle des investissements industriels, au même titre que les équipements et les logiciels.

L’usine intelligente ne pourra fonctionner pleinement sans une main-d’œuvre capable de comprendre et de maîtriser les technologies qui la composent.

Les PME au cœur du défi manufacturier

Les entrevues révèlent également un écart entre les ambitions technologiques et les moyens des petites et moyennes entreprises.

Véronique Proulx rappelle que, selon les données qu’elle cite, 98 % des manufacturiers comptent moins de 500 employés.

Pour ces entreprises, la transformation numérique représente un défi financier et organisationnel.

Un dirigeant déjà occupé à gérer les absences, les commandes, les problèmes de production et les livraisons ne dispose pas nécessairement des ressources pour entreprendre un important projet de robotisation.

S’ajoutent les coûts d’acquisition, les besoins de formation et les délais parfois importants avant de rentabiliser les investissements.

Hussein Ibrahim, directeur du CNIMI, insiste ainsi sur l’importance d’accompagner les entreprises selon leurs besoins réels, plutôt que de leur proposer systématiquement les technologies les plus avancées.

Pour certaines, la première étape consiste simplement à revoir l’organisation du travail ou à améliorer un processus.

La transformation manufacturière ne peut donc reposer sur un modèle unique, elle doit respecter la taille, les ressources et les priorités de chaque entreprise.

La relève et les regroupements comme leviers économiques. Au-delà des technologies, Véronique Proulx soulève également la question de la taille des entreprises québécoises.

Selon elle, les fusions et acquisitions pourraient permettre à certains manufacturiers de renforcer leur productivité, leur capacité d’investissement et leur présence sur les marchés internationaux.

Le vieillissement de plusieurs propriétaires et les besoins de relève entrepreneuriale attendus d’ici 2030 pourraient également favoriser certains regroupements.

Cette perspective rappelle que l’avenir manufacturier ne dépendra pas uniquement des changements dans les usines, mais aussi des décisions concernant la croissance, la relève et la consolidation des entreprises.

Drummondville, un point d’ancrage pour les solutions manufacturières

Dans ce contexte, la tenue d’InnovUP! à Drummondville prend une signification particulière.

Pour Hussein Ibrahim, le sommet doit rapprocher les manufacturiers, les chercheurs, les établissements d’enseignement et les fournisseurs technologiques afin de favoriser des collaborations concrètes.

Le CNIMI bénéficie notamment de partenariats avec le Cégep Drummond et l’Université du Québec à Trois-Rivières, en plus de réunir des expertises en automatisation, robotisation, génie mécanique et intelligence artificielle.

Ses environnements d’expérimentation permettent aux entreprises de tester des technologies avant d’engager des investissements importants.

Cette approche répond directement à plusieurs obstacles identifiés lors des entrevues : manque d’expertise, risques financiers et besoins de formation.

La réussite durable d’InnovUP! se mesurera toutefois davantage aux projets et aux collaborations qui en découleront qu’au seul nombre de participants.

Des constats aux actions, le véritable défi du manufacturier québécois

Malgré leurs différentes expertises, les quatre intervenants convergent vers une même conclusion : les entreprises doivent agir, mais de manière progressive et structurée.

Hussein Ibrahim mise sur la collaboration et l’accompagnement. Gabrielle Soucisse privilégie la maîtrise des données avant l’intelligence artificielle. Élise Laramée rappelle l’importance de la formation, tandis que Véronique Proulx insiste sur la productivité, la main-d’œuvre et le soutien aux PME.

Le principal défi ne réside donc pas uniquement dans la disponibilité des technologies, mais dans la capacité des manufacturiers à les intégrer à leurs activités.

Pour les PME, il ne s’agit pas nécessairement de construire immédiatement une usine entièrement automatisée, mais d’identifier les améliorations réalisables dès aujourd’hui.

Pour les travailleurs, l’enjeu sera d’évoluer avec les technologies. Pour les établissements d’enseignement et les centres de recherche, il consistera à rendre leur expertise accessible aux entreprises.

En réunissant plus de 175 participants, InnovUP! aura démontré l’intérêt du milieu pour ces enjeux et contribué à positionner Drummondville comme un lieu de concertation manufacturière.

Reste maintenant à transformer les échanges en actions concrètes.

Au-delà de l’intelligence artificielle et de la robotisation, l’avenir du manufacturier québécois dépendra surtout de la capacité des entreprises à transformer leurs façons de produire, de former et d’innover.

Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Éric Beaupré
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