Éoliennes dans la MRC de Drummond : des citoyens contestent la démarche, la MRC défend ses orientations

Éoliennes dans la MRC de Drummond : des citoyens contestent la démarche, la MRC défend ses orientations
Éoliennes dans la MRC de Drummond, des citoyens contestent la démarche de la MRC @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Drummondville / Centre-du-Québec

Acceptabilité sociale, consultations citoyennes, pouvoirs municipaux, responsabilités financières et protection du territoire, le développement éventuel de projets éoliens dans la MRC de Drummond soulève de nombreuses interrogations. Alors que des citoyens dénoncent une démarche qu’ils jugent centralisatrice et insuffisamment démocratique, la MRC défend ses orientations et affirme vouloir encadrer le développement éolien avant l’arrivée de projets concrets.

La MRC défend ses orientations et affirme vouloir encadrer le développement éolien @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Dans un document transmis aux médias, Jean Falaise et Richard E. Langelier dénoncent une démarche qu’ils jugent centralisatrice et insuffisamment démocratique. De son côté, le Vingt55 a interpellé la MRC de Drummond sur les enjeux et les affirmations soulevés afin d’obtenir des précisions et de présenter les différentes positions.

Interpellée par le Vingt55 sur les critiques et les enjeux soulevés, l’organisation régionale apporte plusieurs précisions, mais certaines questions demeurent, notamment sur les pouvoirs des municipalités, les risques financiers et la place accordée aux citoyens dans les décisions à venir.

Au cœur du désaccord, deux approches se distinguent. Jean Falaise, citoyen de Durham-Sud, et Richard E. Langelier, docteur en droit et sociologue, réclament une participation citoyenne plus importante avant l’adoption de règles susceptibles d’encadrer durablement le développement éolien. Ils contestent notamment le transfert envisagé de compétences municipales et les incertitudes entourant les responsabilités financières.

La MRC soutient, pour sa part, que sa démarche vise d’abord à protéger le territoire en établissant des règles communes avant qu’un éventuel projet soit présenté. Elle rappelle que les travaux ont commencé en 2024 et rejette les accusations de précipitation.

Consultations citoyennes, une représentativité anémique et contestée

MM Falaise et Langelier affirment que moins de 1 % de la population aurait participé aux consultations et considèrent que les résultats témoignent d’une opposition importante à la démarche actuelle.

Questionnée par le Vingt55, la MRC confirme avoir analysé 298 contributions 181 questionnaires, 113 présences à l’activité portes ouvertes et quatre mémoires d’organisations.

Elle reconnaît que ces résultats ne sont pas statistiquement représentatifs de la population. Elle conteste toutefois la conclusion d’un rejet majoritaire, puisque les participants n’étaient pas invités à se prononcer pour ou contre l’éolien, mais plutôt sur les règles proposées.

La MRC reconnaît néanmoins des préoccupations importantes concernant les habitations, les terres agricoles, l’eau et les milieux naturels. Pour elle, l’acceptabilité sociale repose sur la prise en compte de ces préoccupations plutôt que sur un vote.

Le désaccord porte donc autant sur la portée des consultations que sur la manière de mesurer l’adhésion de la population.

Distance de 600 mètres, une affirmation contestée

Jean Falaise et Richard E. Langelier remettent en question une déclaration attribuée à la préfète Line Fréchette, selon laquelle la loi imposerait une distance minimale de 600 mètres entre une éolienne et une résidence.

Interpellée par le Vingt55, la MRC ne cite aucune disposition provinciale imposant précisément cette distance. Elle explique que la norme proposée repose sur une comparaison avec d’autres règlements régionaux et une étude ontarienne évoquant une distance de 550 mètres pour limiter le bruit à 45 décibels.

La MRC reconnaît également que la distance de 600 mètres constitue la mesure la plus souvent jugée insuffisante lors des consultations.

Pouvoirs municipaux : une centralisation dénoncée, une alliance défendue

Les opposants reprochent à la MRC de vouloir regrouper des compétences normalement exercées par les municipalités locales, sans mandat explicite de leurs citoyens.

La MRC reconnaît que la production d’énergie relève des compétences municipales, mais défend la création d’une Alliance intermunicipale destinée à coordonner les décisions et à accroître les moyens financiers des municipalités participantes. Elle précise que chaque municipalité souhaitant adhérer à cette structure devra déléguer sa compétence par résolution de son conseil.

Les opposants y voient une perte potentielle d’autonomie locale, tandis que la MRC présente cette délégation comme une mise en commun volontaire des moyens et des responsabilités.

Responsabilités financières, des questions encore sans réponse définitive

Les auteurs du document questionnent également le rôle de la firme Osler, Hoskin & Harcourt LLP dans l’élaboration des critères de partage des responsabilités financières.

La MRC affirme que les modalités financières ont été négociées entre les élus, avec l’accompagnement de la firme québécoise E3Novo. Elle précise qu’Osler est chargée de finaliser l’entente, de préparer les délégations de compétence et de constituer la future société en commandite.

Les documents et analyses éventuellement produits par Osler sur la répartition financière ne sont toutefois pas détaillés dans la réponse.

Concernant les risques pour les contribuables, la MRC indique qu’aucun engagement financier n’est actuellement déterminé, puisqu’aucun projet n’a été déposé. Elle précise que les investissements, les emprunts et le partage des risques devront être évalués et approuvés si un projet se concrétise.

La MRC défend ainsi un modèle de participation collective, tandis que les opposants réclament davantage de précisions sur les obligations financières avant que les municipalités ne s’engagent.

Dans le cadre d’un éventuel projet de parc éolien dans la MRC de Drummond, la question est de savoir qui aura l’initiative du projet et qui détiendra le véritable pouvoir de décision : Hydro-Québec, la MRC, Drummond ÉNR, les municipalités ou un promoteur privé.

Il faut distinguer l’initiative de développer le projet, sa gestion et le pouvoir d’autoriser son implantation.

Selon les informations publiées par la MRC, l’initiative de développer un parc éolien reviendrait à un promoteur privé. Celui-ci devrait ensuite obtenir l’appui de la municipalité concernée et de la MRC avant de soumettre son projet à Hydro-Québec

Sur le plan financier, le Vingt55 a déjà fait état d’une quote-part envisagée de 26,80 % pour Drummondville dans la structure intermunicipale. Cette proportion ne constitue toutefois ni une part garantie des profits ni un engagement d’investissement déjà approuvé.

Il reste donc à déterminer qui prendra les décisions financières au sein de Drummond ÉNR et quel pouvoir réel conservera Drummondville.

Un échéancier qui divise, malgré l’absence de projet officiel

Le regroupement citoyen dénonce la rapidité du processus et évoque une adoption possible du règlement de contrôle intérimaire le 9 décembre.

La MRC souhaite effectivement adopter son règlement avant la fin de 2026, mais justifie cet échéancier par l’appel d’offres d’Hydro-Québec, dont la date limite est fixée au 26 février 2027, précise l’organisation régionale, questionnée sur cet enjeu.

Elle réitère qu’aucun projet éolien n’a été officiellement déposé, tout en reconnaissant que certains développeurs ont manifesté leur intérêt pour le territoire.

Pour les opposants, cette situation justifie de poursuivre le débat public avant l’adoption des règles. Pour la MRC, elle démontre plutôt la nécessité d’établir rapidement des protections réglementaires.

La MRC affirme que plusieurs commentaires citoyens ont entraîné des ajustements au règlement, sans préciser pour l’instant les modifications retenues. Elle prévoit les présenter une fois le document finalisé.

Le maire de Drummondville choisit Facebook pour préciser sa position et discuter des enjeux

De son côté, c’est sur Facebook, que le maire de Drummondville, Jean-François Houle, a choisi de prendre publiquement position et de préciser la portée de l’entente de principe approuvée par son conseil municipal concernant la création d’une alliance régionale sur les énergies renouvelables.

Dans cette publication diffusée sur la plateforme de Meta, le maire tient à préciser que cette entente ne donne pas le feu vert à un projet éolien.

Selon Jean-François Houle, l’entente permettra aux municipalités d’analyser collectivement les projets éventuels et de décider de les appuyer ou non, en tenant compte notamment de leur intégration au territoire, de leurs retombées et de leur acceptabilité sociale.

Le maire assure vouloir agir avec prudence et transparence, tout en invitant la population à demeurer ouverte au potentiel des énergies renouvelables. Une volonté de transparence exprimée, pour l’occasion, directement sur les réseaux sociaux.

Sur le fond, cette position rejoint celle de la MRC quant à l’absence d’autorisation d’un projet éolien. Elle laisse toutefois à préciser les pouvoirs que conserveront réellement les municipalités après une éventuelle délégation de compétence à l’Alliance.

Les opposants réclament davantage de garanties démocratiques, réglementaires et financières avant l’adoption du cadre proposé. La MRC estime plutôt qu’il faut établir ce cadre dès maintenant pour protéger le territoire et encadrer les projets futurs.

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Éric Beaupré
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