Proche aidance : une responsabilité qui transforme des vies et fragilise parfois ceux qui prennent soin des autres

Proche aidance : une responsabilité qui transforme des vies et fragilise parfois ceux qui prennent soin des autres
Proche aidance, une responsabilité qui transforme des vies et fragilise @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Drummondville

Au Centre-du-Québec, comme partout dans la province, des milliers de personnes consacrent quotidiennement du temps et de l’énergie à prendre soin d’un parent vieillissant, d’un conjoint malade, d’un enfant ou d’un proche en perte d’autonomie. Un engagement qui, bien souvent, s’impose progressivement, parfois même du jour au lendemain, sans que les personnes concernées y soient véritablement préparées. Devenir proche aidant peut ainsi représenter un défi considérable et entraîner une spirale d’épuisement émotionnel, psychologique et physique. Entre les responsabilités familiales, les obligations professionnelles et les besoins grandissants de la personne aidée, plusieurs proches aidants doivent composer avec une pression constante, parfois au détriment de leur propre santé et de leur bien-être.

Proche aidance, une responsabilité qui transforme des vies et fragilise @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Derrière cet engagement souvent discret se cachent des responsabilités qui peuvent avoir des conséquences importantes sur la santé, les finances et la vie professionnelle. Une nouvelle enquête de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), publiée ce mardi 3 novembre, révèle que plus de deux millions de Québécois agissent comme personnes proches aidantes et que près de sept sur dix vivent du stress lié à leurs responsabilités.

Selon les résultats de l’Enquête québécoise sur la santé et le bien-être des personnes proches aidantes, environ 2 076 300 Québécois âgés de 15 ans et plus, soit 27 % de cette population, ont assumé un rôle de proche aidance en 2024-2025.

Réalisée auprès de 18 608 personnes entre octobre 2024 et juillet 2025, cette vaste enquête permet de mieux comprendre les responsabilités assumées par les proches aidants, mais également les difficultés auxquelles ils sont confrontés.

Qu’il s’agisse d’accompagner un parent à ses rendez-vous médicaux, de soutenir un conjoint atteint d’une maladie chronique ou de prendre soin d’un enfant ayant des besoins particuliers, la proche aidance représente pour plusieurs un engagement qui s’ajoute aux responsabilités familiales et professionnelles.

Un engagement familial qui peut durer plusieurs décennies

L’enquête révèle que 71 % des personnes proches aidantes soutiennent au moins une personne âgée de 65 ans et plus, tandis que 8 % accompagnent une personne de moins de 18 ans.

Dans 40 % des cas, la personne aidée est le père ou la mère. Les conjoints représentent 15 % des personnes soutenues, les enfants 13 %, les frères et sœurs 10 %, tandis que les amis comptent pour 15 %.

Si la majorité des personnes proches aidantes, soit 64 %, accompagnent une seule personne, 28 % en soutiennent deux et 9 % assument des responsabilités auprès de trois personnes ou plus.

Cet engagement peut également s’étendre sur plusieurs années. Environ 9 % des personnes proches aidantes soutiennent au moins une personne depuis plus de 20 ans, démontrant que ces responsabilités peuvent occuper une place importante pendant une grande partie de leur vie.

Stress, fatigue et difficultés financières : des conséquences bien réelles

L’un des constats les plus préoccupants de l’enquête concerne les répercussions de la proche aidance sur la santé physique et psychologique.

Près de sept personnes proches aidantes sur dix, soit 69 %, affirment avoir vécu du stress en lien avec leurs responsabilités au cours de l’année précédant l’enquête.

Près de la moitié, soit 49 %, considèrent certaines de leurs responsabilités comme physiquement difficiles, tandis que 17 % rapportent des problèmes de santé physique associés à leur rôle, notamment de la fatigue, un stress physique ou le sentiment d’être plus souvent malades.

Les conséquences se font également sentir sur le plan financier.

Une personne proche aidante sur quatre, soit 25 %, estime que ses responsabilités ont nui à sa capacité de respecter ses obligations financières ou de répondre à ses besoins essentiels.

Les déplacements pour les rendez-vous médicaux, les dépenses liées aux soins et les absences au travail peuvent notamment représenter des contraintes supplémentaires pour les personnes qui doivent déjà composer avec leurs propres obligations.

Concilier travail et proche aidance un défi quotidien

L’enquête démontre également que la proche aidance touche directement les personnes actives sur le marché du travail.

Au cours des 12 mois précédant l’enquête, 70 % des personnes proches aidantes ont occupé un emploi, tandis que 12 % ont poursuivi des études.

Globalement, 44 % affirment éprouver des difficultés à concilier leurs responsabilités de proche aidance avec leurs activités quotidiennes, notamment le travail, les études, les tâches domestiques, les obligations familiales et les loisirs.

Parmi les personnes proches aidantes ayant travaillé pendant cette période, 26 % ont réduit leurs heures de travail, 44 % ont dû interrompre une journée de travail et 29 % ont pris des congés sans solde en raison de leurs responsabilités.

Plus préoccupant encore, environ 8 % ont quitté leur emploi, temporairement ou définitivement, pour assumer leur rôle de proche aidance.

Ces données mettent en évidence les défis auxquels sont confrontés les travailleurs et les employeurs, notamment en matière de conciliation travail-famille, d’aménagement des horaires et de maintien en emploi.

Trouver de l’aide et naviguer dans le réseau de la santé demeure difficile

Au-delà des responsabilités quotidiennes, plusieurs personnes proches aidantes doivent également composer avec la complexité des démarches administratives et du réseau de la santé et des services sociaux.

Selon l’ISQ, 26 % ont éprouvé des difficultés à trouver de l’aide et des ressources adaptées à leurs besoins.

Une proportion identique affirme avoir rencontré des obstacles pour s’orienter dans le réseau de la santé et des services sociaux, tandis que 21 % ont eu de la difficulté à communiquer avec le personnel soignant ou les intervenants au nom de la personne aidée.

Par ailleurs, 46 % des personnes proches aidantes ont utilisé au moins un service destiné à les soutenir au cours des 12 mois précédant l’enquête.

Un peu plus de la moitié, soit 54 %, estiment que leur expérience de proche aidance est comprise, reconnue et respectée par les professionnels et intervenants du réseau de la santé et des services sociaux.

Le soutien de l’entourage demeure néanmoins essentiel : 64 % des personnes proches aidantes affirment pouvoir compter sur leur famille, leurs amis, leurs voisins ou leurs connaissances lorsqu’elles ont besoin d’aide.

Une contribution essentielle, mais des besoins toujours présents

Au Centre-du-Québec comme ailleurs dans la province, la proche aidance représente une réalité humaine et sociale qui dépasse largement les soins apportés à une personne en perte d’autonomie.

Alors que le vieillissement de la population et les besoins en soutien à domicile occupent une place grandissante dans les préoccupations du réseau de la santé, les résultats de cette enquête rappellent l’importance du rôle joué par les personnes proches aidantes.

Leur contribution se traduit quotidiennement par des heures d’accompagnement, des déplacements, des soins et du soutien moral, souvent en parallèle de leurs propres responsabilités familiales et professionnelles.

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Éric Beaupré
RéDACTEUR_EN_CHEF
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