Drummondville
À Drummondville, la chute des feuilles et l’arrivée des températures plus froides mettent en lumière une réalité de plus en plus préoccupante, la présence de campements de fortune dans plusieurs secteurs de la ville. De nouvelles installations sont notamment apparues dans le secteur de Saint-Charles-de-Drummond, à proximité du domaine des Pères Montfortains, ainsi que dans différents espaces boisés et isolés du territoire. Derrière ces abris improvisés, des hommes et des femmes tentent de se préparer à affronter l’hiver, alors que les besoins en hébergement et en soutien aux personnes en situation d’itinérance demeurent importants.
Itinérance à Drummondville, les campements se multiplient à l’approche de l’hiver @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.
À Drummondville, la hausse du prix des loyers accentue la pression financière sur de nombreux ménages qui peinent déjà à joindre les deux bouts. Les personnes âgées à revenu fixe, dont certaines doivent composer avec des augmentations dépassant 120 $ par mois, ainsi que les étudiants contraints de revoir leurs dépenses et leurs choix résidentiels, figurent parmi les personnes touchées.
À Drummondville, la situation demeure préoccupante, alors que les difficultés d’accès au logement et la hausse du coût de la vie continuent de fragiliser une partie de la population.
Cette réalité préoccupe également les organismes communautaires qui viennent quotidiennement en aide aux personnes en situation de pauvreté, de précarité ou d’itinérance. Au-delà de la crise du logement, ces difficultés soulèvent un enjeu social majeur : l’accès à des logements abordables et hors marché constitue un levier essentiel pour prévenir l’itinérance, freiner l’appauvrissement des ménages et limiter le recours à l’aide alimentaire.
Alors que plusieurs tentent de préparer leur abri pour affronter l’hiver, une enveloppe gouvernementale supplémentaire de près de 1,5 million de dollars vient d’être confirmée pour renforcer les mesures d’aide en itinérance en Mauricie et au Centre-du-Québec. Sur le terrain, toutefois, la précarité demeure bien présente, comme a pu le constater le Vingt55.
Des campements de plus en plus visibles à Drummondville
Avec la disparition progressive du feuillage, les tentes et les abris improvisés deviennent plus faciles à apercevoir. Au-delà de cette visibilité saisonnière, les observations réalisées par le Vingt55 témoignent d’une présence de personnes en situation d’itinérance dans plusieurs secteurs de Drummondville.
Certains campements sont installés dans des terrains boisés en direction de Saint-Nicéphore, d’autres à proximité de quartiers résidentiels, tandis que plusieurs installations sont désormais visibles du côté de Saint-Charles-de-Drummond.
Cette réalité ne se limite plus aux endroits traditionnellement associés à l’itinérance au centre-ville. Des personnes se sont installées dans des secteurs plus éloignés, parfois difficiles d’accès pour les intervenants communautaires et les services d’urgence.
Dans le secteur des rues George, Frédéric et Hériot, notamment, des personnes qui occupaient auparavant des campements près de la rivière Saint-François se sont déplacées vers des espaces boisés plus isolés.
Le Vingt55 a constaté que certains emplacements, autrefois utilisés temporairement, sont maintenant aménagés pour une occupation prolongée. Les installations sont renforcées et plusieurs occupants semblent se préparer à y passer une partie, voire la totalité, de l’hiver.
De nouveaux visages, dont de très jeunes adultes
Lors de ses récentes visites sur le terrain, le Vingt55 a également constaté l’arrivée de nouveaux occupants, notamment deux jeunes adultes à peine majeurs qui se sont joints à un campement existant. La hausse du coût des loyers et l’augmentation du coût de la vie figurent parmi les enjeux qui fragilisent davantage les jeunes adultes à Drummondville, où l’accès à un logement abordable représente un défi de plus en plus important.
Selon les observations du Vingt55 et les échanges réalisés avec plusieurs dizaines de personnes rencontrées dans différents campements, les parcours sont multiples. Certaines vivent cette réalité depuis plusieurs années, tandis que d’autres se retrouvent plus récemment sans domicile fixe.
Derrière le secteur des Pères Montfortains, un ancien campement aujourd’hui abandonné compte encore plus de quatre espaces autrefois aménagés pour accueillir des occupants.
Bien que les installations ne semblent plus habitées de manière permanente, des résidents du centre-ville rapportent toujours des allées et venues. L’état des lieux soulève également des préoccupations quant à la sécurité des personnes qui pourraient être tentées de les réutiliser.
Se chauffer pour survivre : des risques d’incendie et d’intoxication
Dans certains campements toujours occupés, les personnes rencontrées par le Vingt55 tentent déjà de trouver des moyens de se protéger du froid.
L’un des résidents d’un campement du secteur des rues George et Frédéric a notamment expliqué avoir construit son propre abri et aménagé un système de chauffage artisanal.
« Le foyer intérieur n’est pas conforme, mais il me tiendra au chaud », a-t-il confié au Vingt55.
Cette déclaration résume le dilemme auquel font face plusieurs personnes : accepter les dangers d’un chauffage improvisé ou affronter des températures qui pourraient rapidement devenir insupportables.
Les risques sont pourtant considérables. L’utilisation de flammes nues, d’appareils de chauffage inadéquats ou de combustibles dans des espaces clos peut provoquer des incendies et des intoxications au monoxyde de carbone.
La proximité des matériaux inflammables, le manque de ventilation et l’exiguïté des installations augmentent les dangers.
D’autres occupants ont choisi de déplacer leur tente vers des terrains plus élevés afin de limiter les risques associés à une éventuelle hausse du niveau de la rivière Saint-François ou à la formation de glace.
Certains ont également entrepris de solidifier leur installation. Pour plusieurs, il ne s’agit plus d’un simple campement temporaire, mais bien de leur principal lieu de résidence.
Près de 1,5 million de dollars supplémentaires pour les mesures hivernales
C’est dans ce contexte que Santé Québec Mauricie-et-Centre-du-Québec – Universitaire a confirmé, ce mardi 3 novembre, une enveloppe additionnelle de 1 486 000 $ destinée aux mesures hivernales en itinérance.
Cette somme découle de l’annonce gouvernementale du 23 octobre et s’ajoute à un financement de près de 1,3 million de dollars déjà accordé aux organismes partenaires pour la saison hivernale 2026-2027, portant le financement régional total à près de 2,8 millions de dollars.
Selon les besoins des différents milieux, ces sommes pourraient notamment permettre l’ajout de places en hébergement d’urgence et en halte-chaleur, la prolongation des heures d’ouverture de certaines ressources, la bonification des équipes d’intervention de proximité et le renforcement des interventions directement dans les rues et les campements.
La distribution de matériel de survie et d’aide d’urgence figure également parmi les mesures envisagées.
L’établissement régional précise qu’une démarche est actuellement menée avec les organismes communautaires afin de déterminer les priorités et de permettre un déploiement rapide des ressources supplémentaires.
Un gazebo réaménagé en halte-chaleur à Drummondville, mais des besoins toujours importants
À Drummondville, le gazebo situé derrière L’Ensoleilvent a été remplacé par une installation chauffée servant notamment de halte-chaleur pour les personnes en situation d’itinérance. Inauguré le 19 octobre dernier, le projet représente un investissement global d’environ 70 000 $, dont 20 000 $ provenant de la Ville de Drummondville pour l’aménagement. La Ville a également accordé 25 000 $ pour le fonctionnement du service.
Malgré cette amélioration, les besoins demeurent importants. Comme l’a constaté le Vingt55, plusieurs personnes vivent toujours dans des campements de fortune, parfois éloignés des ressources communautaires.
Par ailleurs, comme le rapportait le Vingt55 l’an dernier, un projet d’offre locative porté par L’Ensoleilvent, évalué à près de 10 millions de dollars, pourrait permettre de mieux répondre aux besoins des personnes en situation d’itinérance. Inspirée notamment de La Hutte de Saint-Jérôme, cette initiative viserait à offrir des solutions d’hébergement et d’accompagnement plus durables, au-delà des mesures d’urgence hivernales.
Une réalité humaine qui demeure préoccupante à l’approche de l’hiver à Drummondville
Au fil de ses visites dans les campements, le Vingt55 a rencontré plusieurs dizaines de personnes vivant les conséquences de l’itinérance.
Derrière chaque tente et chaque abri improvisé se trouvent des parcours différents, souvent marqués par la précarité, la perte d’un logement ou l’absence de solutions adaptées.
L’isolement de certains campements représente également un défi pour les intervenants, particulièrement lorsque les installations se trouvent dans des secteurs boisés difficiles d’accès.
Alors que les températures continuent de diminuer, les prochaines semaines seront déterminantes. L’annonce d’un financement régional supplémentaire constitue une réponse aux besoins exprimés par les organismes communautaires, mais son effet concret sur les personnes vivant toujours à l’extérieur reste à mesurer.

Itinérance à Drummondville, les campements se multiplient à l’approche de l’hiver @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.






































