Drummondville
Un blâme prononcé contre L’Express Drummondville par le Conseil de presse du Québec relance les questions entourant la reprise presque intégrale de communiqués municipaux par les médias d’information. Au-delà du dossier ayant mené à cette décision, le tribunal d’honneur rappelle une responsabilité fondamentale, la rigueur, un média demeure responsable des informations qu’il publie, même lorsqu’elles proviennent d’une administration publique. Cette décision survient dans un contexte où les relations entre l’administration municipale et les médias locaux ont déjà suscité des interrogations citoyennes.
Au-delà du dossier ayant mené à cette décision, le tribunal d’honneur rappelle une responsabilité fondamentale, un média demeure responsable des informations qu’il publie, même lorsqu’elles proviennent d’une administration publique. Questionnée par le Vingt55, la Ville de Drummondville défend ses pratiques et n’entend pas les modifier. Cette décision survient alors que la place des médias régionaux, leur financement et leur indépendance journalistique font également l’objet de préoccupations citoyennes et politiques.
Le 25 septembre 2026, le Conseil de presse du Québec a retenu une plainte du citoyen drummondvillois Marco Héroux contre L’Express concernant un grief d’information incomplète dans un texte intitulé Prévention du cancer chez les pompiers, publié le 19 juin 2025.
Le média avait repris presque intégralement un communiqué de presse de la Ville de Drummondville présentant des activités de sensibilisation à la prévention des cancers chez les pompiers, sans rappeler les constats d’un rapport de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) de 2022 concernant l’exposition à des contaminants cancérogènes dans une caserne.
Deux autres griefs d’information incomplète ont toutefois été rejetés par le Conseil de presse, qui a limité son blâme à l’omission d’un élément de contexte jugé nécessaire à la compréhension du sujet.
L’élément central de cette décision concerne la responsabilité éditoriale des médias lorsqu’ils utilisent des contenus préparés par des organisations publiques.
Dans son commentaire éthique, le Conseil de presse rappelle que la reproduction intégrale ou quasi intégrale d’un communiqué ne dispense aucun média de ses responsabilités déontologiques.
Cette observation prend une importance particulière dans le contexte municipal, où les services des communications produisent régulièrement des communiqués visant à promouvoir les initiatives, les investissements et les réalisations de leur administration.
La distinction entre une communication institutionnelle et une information journalistique demeure essentielle. Un communiqué peut présenter une initiative sous un angle favorable à l’organisation qui le diffuse, tandis qu’un média d’information doit veiller à offrir au public les éléments de contexte nécessaires à sa compréhension.
Il importe toutefois de préciser que le Conseil de presse n’a examiné qu’un seul texte faisant l’objet de la plainte de Marco Héroux. Sa décision ne constitue donc pas une évaluation générale des pratiques de publication de L’Express ni de l’ensemble des communiqués municipaux repris par le média.
Sollicitée par le Vingt55 afin de commenter la décision du Conseil de presse du Québec, la direction de L’Express Drummondville n’a pas donné suite à nos demandes de précisions.
Le média a toutefois publié un compte rendu de la décision, faisant état du blâme prononcé à son endroit pour information incomplète, tout en précisant que deux des trois griefs soumis par le plaignant avaient été rejetés. Dans cette publication, L’Express rappelle également le commentaire éthique du Conseil de presse, selon lequel la reprise intégrale ou quasi intégrale d’un communiqué ne soustrait pas un média à ses responsabilités déontologiques.
La Ville reconnaît le caractère promotionnel de ses communiqués
Dans ses réponses aux questions du Vingt55, transmises le 2 novembre, la Ville confirme que le communiqué à l’origine de la décision avait été préparé par son Service des communications à l’occasion de la Semaine de la santé et de la sécurité des pompiers, sans toutefois accepter d’en identifier l’auteur.
Interrogée sur l’absence de certains renseignements dans ce communiqué, la Ville explique que celui-ci poursuivait un objectif précis de relations publiques. « Un communiqué de presse sur une initiative précise se veut davantage promotionnel », répond l’administration municipale.
La Ville ajoute que son objectif n’était pas de présenter un portrait complet du dossier, mais plutôt de mettre en valeur une initiative de formation destinée aux pompiers.
Cette réponse illustre la distinction soulevée par la décision du Conseil de presse, une administration peut choisir de mettre en valeur certaines réalisations dans ses communications, mais le média qui reprend ces informations conserve la responsabilité d’en vérifier la portée et de les replacer dans leur contexte.
Questionnée par le Vingt55, la Ville de Drummondville a confirmé qu’elle connaissait les constats de la CNESST de 2022 concernant l’exposition des pompiers à des contaminants cancérogènes au moment de la diffusion de son communiqué de juin 2025.
L’administration municipale soutient toutefois que ces informations avaient déjà été abordées dans des communications antérieures et que le communiqué visé avait principalement pour objectif de promouvoir une activité de sensibilisation.
C’est précisément l’absence de cette mise en contexte dans le texte publié par L’Express qui a conduit le Conseil de presse à retenir un grief d’information incomplète contre le média, et non contre la Ville.
La Ville ne prévoit aucun changement à ses pratiques
Le Vingt55 a également demandé à l’administration municipale si les conclusions du Conseil de presse justifiaient une réévaluation de ses propres pratiques de communication.« Non, le blâme ne concerne pas la Ville, qui utilise différents moyens de communication selon différents messages », indique l’administration.
À la question de savoir si une communication mettant principalement de l’avant les réalisations positives de la Ville, sans rappeler certains problèmes antérieurs documentés, pouvait donner aux citoyens une compréhension partielle des enjeux, la Ville répond également par la négative.
Elle soutient avoir expliqué la nature des travaux de modernisation dans des communications antérieures. Enfin, lorsqu’il lui est demandé si elle entend modifier ses pratiques afin de mieux contextualiser ses communications publiques, la réponse demeure sans équivoque « Non, car c’est déjà le cas selon les sujets et les canaux. »
La Ville précise également que le traitement journalistique accordé aux communiqués relève des médias qui choisissent de les publier. Elle affirme qu’aucun échange n’a eu lieu entre ses représentants et ceux de L’Express concernant la préparation ou la publication du texte visé par la décision.
Des préoccupations citoyennes déjà soulevées sur les relations entre la Ville et les médias
Cette décision survient dans un contexte où les relations entre l’administration municipale et les médias locaux ont déjà suscité des interrogations citoyennes, nEn septembre dernier, le citoyen Jean-Pierre Picard avait interpellé publiquement le maire Jean-François Houle et le directeur du Service des communications, Dominic Villeneuve, concernant des questions d’indépendance journalistique que peuvent soulever les relations financières entre les administrations publiques et les médias locaux.
M. Picard avait notamment soulevé des interrogations sur ces écarts et sur l’importance de préserver l’indépendance des journalistes et des salles de nouvelles, indépendamment des sommes investies par la Ville dans les différents médias. Le maire et le directeur des communications avaient pour leur part défendu les choix municipaux en invoquant notamment la portée des plateformes et leur capacité à rejoindre les citoyens.
La survie et l’indépendance des médias régionaux interpellent aussi Québec
Parallèlement, la place accordée aux médias régionaux dans les investissements publicitaires publics fait également l’objet d’interventions sur la scène politique québécoise.
Dans une déclaration diffusée le 3 novembre, le porte-parole de l’opposition officielle en matière de culture et de communications, Benoit Clermont, interpelle le nouveau ministre de la Culture, du Patrimoine, des Communications et de la Langue française, Pascal Bérubé, afin qu’il intervienne pour soutenir les médias locaux et régionaux.
Cette sortie survient notamment à la suite de la fermeture de trois journaux en Gaspésie, soit Le Pharillon de Gaspé, La Voix gaspésienne de Matane et L’Avant-Poste d’Amqui.
Le député libéral demande au gouvernement de privilégier davantage les médias régionaux dans ses placements publicitaires, de réduire les sommes investies auprès des grandes plateformes numériques américaines et de maintenir des mesures de soutien qui préservent l’indépendance journalistique.
Il réclame également le maintien du crédit d’impôt destiné aux médias d’information québécois, récemment élargi aux médias audiovisuels. « Je sais le ministre Bérubé extrêmement sensible à la question de la vitalité de nos régions et à la sauvegarde des médias locaux », souligne Benoit Clermont, qui estime que le nouveau ministre dispose maintenant de l’occasion d’agir concrètement.
Cette intervention rejoint certaines préoccupations soulevées à Drummondville par le citoyen Jean-Pierre Picard concernant la répartition des dépenses publicitaires municipales et la nécessité de maintenir une diversité de sources d’information locales.
Si les enjeux de financement et de déontologie journalistique demeurent distincts, ils rappellent tous deux l’importance de préserver des médias régionaux capables d’informer les citoyens de manière indépendante, au-delà des communications institutionnelles et des intérêts des administrations publiques.
La décision du Conseil de presse rappelle finalement que la diffusion d’une information provenant d’une source officielle ne garantit pas, à elle seule, son caractère complet.
Qu’il s’agisse d’un communiqué municipal, d’une annonce gouvernementale ou d’une communication provenant d’un organisme public, le travail journalistique implique une démarche indépendante de vérification, de contextualisation et, lorsque nécessaire, de confrontation des informations.
Dans le dossier examiné, le Conseil n’a pas blâmé la Ville de Drummondville pour la rédaction de son communiqué. Il a plutôt retenu la responsabilité du média qui l’avait repris sans y ajouter un élément de contexte jugé nécessaire.
Les préoccupations exprimées par des citoyens de Drummondville, tout comme les appels lancés au gouvernement du Québec pour soutenir les médias régionaux, mettent également en lumière l’importance de préserver une diversité de voix journalistiques et une information locale accessible.
Le blâme du Conseil de presse rappelle ainsi qu’un communiqué municipal, même issu d’une source officielle, ne constitue pas nécessairement une information journalistique complète. Entre la promotion des réalisations d’une administration, les enjeux de financement des médias et le devoir d’informer les citoyens, l’indépendance et la responsabilité journalistiques demeurent essentielles en région.






