DRUMMONDVILLE
Groupe TVA annonce que son secteur Télédiffusion a dû procéder à regret aujourd’hui à l’abolition de postes, majoritairement syndiqués, permanents et temporaires ainsi que de quarts de travail touchant 87 personnes. Situées à Montréal et dans les pôles régionaux de Trois-Rivières, Sherbrooke, Saguenay et Rimouski, ces compressions touchent des postes liés aux opérations de son secteur Télédiffusion.
Cette décision survient alors que Groupe TVA continue de voir sa situation financière se détériorer, enregistrant des pertes nettes cumulées de plus de 93 M$ depuis janvier 20221. Les plans de restructuration et de rationalisation des effectifs déployés par l’entreprise ont permis de contrebalancer en partie la baisse des revenus publicitaires, mais cette tendance lourde vécue par l’ensemble de l’industrie continue de s’accélérer.
De plus, les appels multipliés aux instances gouvernementales pour soutenir l’industrie de la télé privée, dans un contexte où elle est hautement concurrencée par les géants du web et par CBC/Radio-Canada, demeurent toujours ignorés, tel qu’encore démontré, entre autres, dans le récent dépôt du budget fédéral.
« Notre télé, nos productions originales et notre information sont des maillons essentiels à la vitalité de notre culture, de notre démocratie et de notre langue. Ils font partie d’un secteur économique majeur qui génère des milliards de dollars en retombées économiques et crée des milliers d’emplois.
L’aveuglement du gouvernement fédéral à l’égard de cette problématique socio-économique est d’autant plus troublant que pas moins de trois ministres, à la tête de ministères importants, représentent des circonscriptions du Québec. Alors que nous nous attendrions à un plus grand engagement de leur part face aux enjeux que nous vivons, il y a lieu de nous interroger à nouveau : Pendant combien de temps encore les instances gouvernementales laisseront-elles une industrie aussi importante se détériorer?
Pendant combien de temps encore la Société CBC/Radio-Canada bénéficiera-t-elle de soutiens financiers démesurés et constamment bonifiés du gouvernement fédéral, et ce sans conditions, tout en menant une concurrence directe aux diffuseurs privés? Pendant combien de temps encore les gouvernements maintiendront-ils deux classes de journalistes qui font essentiellement le même travail pour la démocratie, en choisissant de ne pas appliquer le crédit d’impôt pour la main-d’œuvre journalistique au secteur de la télévision? », a déclaré Pierre Karl Péladeau, président et chef de la direction par intérim de Groupe TVA.
« Les solutions ont été maintes fois présentées, mais pour permettre à Groupe TVA de continuer à investir dans les contenus et l’information d’ici et d’assurer sa pérennité, les gouvernements et le CRTC doivent agir et mettre en place des mesures pour changer les paramètres mêmes de l’écosystème », a ajouté Monsieur Péladeau.
« C’est avec grand regret que nous devons voir quitter de précieux collaborateurs et collaboratrices. TVA et nos équipes effectuent un travail essentiel pour informer et divertir chaque jour les Québécoises et les Québécois. Malheureusement, le contexte précaire de l’industrie qui affecte lourdement la situation financière de notre entreprise exige de faire des choix difficiles, mais devenus inévitables », a ajouté Louis-Philippe Neveu, vice-président, Opérations, Information et Sports de Groupe TVA. « Je remercie sincèrement nos collègues pour leur contribution et leur engagement », a-t-il ajouté.
En raison des nombreuses années de service de certains collaborateurs et collaboratrices permanents affectés par cette annonce et ayant participé étroitement au succès de Groupe TVA au fil des ans, l’entreprise a décidé de bonifier la prime de départ de ces derniers au-delàs des dispositions prévues dans les conventions collectives, leur permettant d’obtenir une compensation allant jusqu’à 52 semaines de travail.
Les compressions annoncées par Groupe TVA aggravent un vide médiatique déjà préoccupant au Centre-du-Québec.
Autrefois présente à Drummondville, Victoriaville, Trois-Rivières et Sherbrooke, TVA assurait une couverture régulière des nouvelles régionales et des faits divers. Son retrait, ajouté à la disparition progressive des bulletins régionaux à la radio et à la télévision, laisse aujourd’hui la région largement privée d’information de proximité.
Alors que les grands réseaux ont centralisé leurs opérations dans les grands centres, seuls quelques médias locaux tiennent encore le fort : L’Express, Le Vingt55 et La Nouvelle Union demeurent les principaux relais d’information régionale. Leur présence sur le terrain maintient un lien essentiel entre les citoyens et la vie publique.
La Tribune de Sherbrooke couvre à distance une partie du territoire, mais cette couverture reste limitée. Dans un contexte de recul généralisé de la presse régionale, ces rares médias locaux demeurent les derniers bastions d’une information de proximité indépendante et nécessaire à la vitalité démocratique.
Groupe TVA : des pertes importantes et un manque de soutien gouvernemental
Les chaînes de Groupe TVA demeurent les plus populaires au Québec, enregistrant une part de marché de 42,4 % au cours des neuf premiers mois de 2025, soit une hausse de 1,7 point comparativement à la même période en 2024. Malgré cette performance sur le plan de l’audience, la situation financière du groupe demeure préoccupante. Depuis janvier 2022, les pertes nettes cumulées atteignent 93 millions de dollars, dont 17 millions pour les neuf premiers mois de l’année 2025. Cette situation s’explique notamment par la chute continue des revenus publicitaires et les transformations profondes que connaît l’industrie de la télédiffusion.
Depuis 2023, près de 800 postes ont été abolis dans le cadre de différents plans de restructuration touchant le secteur Télédiffusion et les équipes qui y sont rattachées. Ces coupes successives témoignent d’une réorganisation majeure de l’entreprise, confrontée à une concurrence grandissante et à un contexte économique difficile.
Du côté politique, Groupe TVA déplore l’absence de mesures concrètes de soutien à la télévision privée dans le budget fédéral 2025. Aucune disposition n’a été prévue pour étendre le crédit d’impôt à la main-d’œuvre journalistique du secteur télévisuel, ni pour revoir le mandat de CBC/Radio-Canada, dont la concurrence demeure vive. Le gouvernement n’a pas non plus pris d’engagement concernant le retrait de la publicité sur les plateformes du diffuseur public, alors même que celui-ci a obtenu une enveloppe additionnelle de 150 millions de dollars.
Le groupe souligne également l’absence d’incitatifs fiscaux favorisant l’achat de publicité dans les médias québécois et canadiens, ainsi qu’un manque de clarté quant à la date de remboursement de la Taxe sur les services numériques déjà versée par les télédiffuseurs privés.
À Québec, Groupe TVA presse le gouvernement de mettre en œuvre rapidement les recommandations déposées en octobre 2025 par le Groupe de travail sur l’avenir de l’audiovisuel. Ce rapport proposait notamment d’élargir le crédit d’impôt pour la main-d’œuvre journalistique au secteur du journalisme télévisé, une mesure jugée essentielle pour assurer la survie et la compétitivité de la production télévisuelle québécoise.





