VILLE / RÉGION
À quelques jours du scrutin du 5 octobre, le logement s’impose ainsi comme un enjeu qui dépasse la simple construction de nouvelles unités. À Drummondville, la Ville s’est elle-même donné comme cible d’atteindre 20 % de logements hors marché dans son parc locatif. De son côté, le FRAPRU réclame des partis des engagements chiffrés et à long terme, notamment le financement d’au moins 10 000 logements sociaux par année au Québec.
La situation présente d’ailleurs un paradoxe à Drummondville. La construction résidentielle a connu une année particulièrement importante en 2025, avec 1 139 nouveaux logements et 268 M$ d’investissements consacrés à l’habitation, selon la Ville. Le taux d’inoccupation est parallèlement passé de 1,5 % à 1,8 %, après avoir atteint seulement 0,5 % en 2023.
Malgré cette augmentation de l’offre, l’abordabilité demeure au cœur des préoccupations.
Dans l’Indicateur municipal 2025 de la Ville de Drummondville, 36 % des répondants identifiaient l’abordabilité et l’accessibilité du logement parmi les enjeux prioritaires de la ville. Cette proportion grimpait à 62 % chez les locataires et à 48 % chez les 18 à 34 ans.
Le portrait drummondvillois rejoint ainsi un phénomène observé ailleurs au pays : une augmentation du nombre de logements disponibles ne signifie pas nécessairement que ceux-ci sont financièrement accessibles. La SCHL constatait d’ailleurs en 2025 que, malgré l’augmentation du taux d’inoccupation à l’échelle canadienne, l’accessibilité financière demeurait un défi.
C’est dans ce contexte que le FRAPRU intervient dans la dernière portion de la campagne électorale.
À quelques heures du dernier débat des chefs, le regroupement de défense du droit au logement estime que trop peu de place a été accordée au logement locatif depuis le déclenchement de la campagne.
Selon les données avancées par l’organisme, environ 40 % de la population québécoise est locataire, et la moitié de ces ménages disposent d’un revenu annuel inférieur à 50 000 $.
Le FRAPRU soutient également que l’abordabilité s’est fortement détériorée depuis les élections de 2022 et avance que le loyer moyen au Québec a bondi de près de 30 % au cours de cette période.
« Les logements disponibles sont hors de prix. La majorité des locataires s’appauvrissent au détriment de leur qualité de vie, l’insécurité résidentielle chez les locataires se généralise et nombreux et nombreuses sont ceux et celles qui cherchent des solutions concrètes », affirme Véronique Laflamme, porte-parole du FRAPRU.
Le regroupement estime que les difficultés sont particulièrement ressenties chez les jeunes, les personnes aînées, les familles monoparentales, les femmes et, plus largement, les ménages à faible ou modeste revenu.
Drummondville vise elle aussi 20 % de logements hors marché
En mars dernier, la Ville a lancé son Chantier de travail sur l’habitation en se donnant comme objectif d’atteindre une proportion de 20 % de logements hors marché dans son parc locatif.
Cette catégorie comprend notamment les coopératives d’habitation, les logements administrés par des organismes sans but lucratif et ceux relevant d’offices municipaux d’habitation. Contrairement au marché locatif traditionnel, leur prix n’est pas uniquement déterminé par l’offre et la demande.
Le FRAPRU réclame essentiellement une cible comparable à l’échelle québécoise.
L’organisme demande que le logement social représente éventuellement 20 % de l’ensemble du parc locatif québécois et estime que, pour s’en approcher, le prochain gouvernement devrait financer au moins 10 000 logements sociaux chaque année, autant par la construction que par l’acquisition d’immeubles existants.
Le regroupement souhaite également des mesures plus importantes de contrôle du prix des loyers dans le marché privé.
Trois partis présentent des cibles chiffrées
Dans son bilan de la campagne, le FRAPRU indique que trois formations politiques ont jusqu’ici formulé des engagements chiffrés concernant le développement de logements sociaux, communautaires ou abordables.
Selon les réponses et annonces recensées par le regroupement, le Parti Québécois s’engage à financer 20 000 logements sociaux au cours du prochain mandat.
Québec solidaire propose pour sa part 50 000 logements sociaux et communautaires, tandis que le Parti libéral du Québec avance une cible de 40 000 logements sociaux et abordables.
Concernant la Coalition avenir Québec – Équipe Christine Fréchette, le FRAPRU indique que la formation n’avait pas encore présenté, au moment de sa sortie publique, d’annonce générale consacrée au logement. Elle avait toutefois annoncé 2 000 logements abordables destinés aux personnes aînées.
Le FRAPRU souligne toutefois que ces nombres ne permettent pas à eux seuls de déterminer le niveau d’abordabilité des unités qui seraient effectivement créées. L’organisme souhaite notamment connaître les programmes qui seraient utilisés et les critères qui détermineraient le prix des loyers.
Construire, mais à quel prix?
Après plusieurs années caractérisées par une très faible disponibilité des logements, l’offre commence à augmenter. Mais la disponibilité et l’abordabilité demeurent deux réalités différentes.
À l’échelle canadienne, la SCHL constate que la construction soutenue de logements locatifs a contribué à augmenter les taux d’inoccupation. L’organisme fédéral souligne néanmoins que les logements nouvellement construits se retrouvent souvent dans les catégories de loyers les plus élevées et que les unités les moins coûteuses demeurent particulièrement recherchées.
La Ville de Drummondville reconnaît elle-même cet enjeu en parlant désormais d’une « crise de l’inabordabilité » et en cherchant à augmenter la proportion de logements soustraits aux seules fluctuations du marché.
Pour le FRAPRU, la réponse passe notamment par des investissements publics consacrés à des logements dont les loyers sont significativement inférieurs au loyer médian du marché et réellement accessibles aux personnes à revenu faible ou modeste.
À l’approche du dernier débat des chefs et du scrutin du 5 octobre, le regroupement demande donc aux différentes formations de préciser non seulement combien de logements elles souhaitent construire ou financer, mais surtout quels logements seront réellement accessibles aux ménages qui peinent actuellement à se loger.







