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Mort subite d’une jeune femme de 22 ans : Le coroner Sanfaçon émet deux recommandations après un suivi jugé « questionnable »

Mort subite d’une jeune femme de 22 ans : Le coroner Sanfaçon émet deux recommandations après un suivi jugé « questionnable »

DRUMMONDVILLE

Le décès subit d’une jeune femme de 22 ans survenu en mars dernier amène le coroner Martin Sanfaçon à soulever des questions concernant le suivi d’une anomalie électrique du cœur qui avait été détectée quelques mois auparavant. Dans son rapport d’investigation, le coroner conclut à un décès de cause naturelle et formule une recommandation visant notamment l’Hôpital Sainte-Croix de Drummondville.

Dans son rapport obtenu par le Vingt55, le coroner établit les circonstances entourant le décès de la jeune femme, qui résidait à Saint-Majorique-de-Grantham. Elle a été retrouvée sans vie dans son lit le 24 mars 2026, vers 11 h 15, par un membre de sa famille. Le décès a toutefois été établi au 23 mars. Le coroner précise également que le délai entre le décès et la découverte du corps avait entraîné des changements post-mortem rendant les manœuvres de réanimation impossibles.

L’autopsie réalisée le 25 mars n’a révélé aucune lésion traumatique. Elle a notamment permis d’observer une athéromatose coronarienne entraînant une sténose de 75 % d’une artère, mais aucun signe d’infarctus n’a été constaté. Les analyses toxicologiques ont détecté plusieurs médicaments à des concentrations considérées comme thérapeutiques ainsi que du THC. Aucun éthanol n’a été détecté.

L’investigation du coroner s’attarde principalement à l’allongement de l’intervalle QT, une anomalie de l’activité électrique du cœur susceptible d’augmenter le risque d’arythmies graves et de mort subite. Selon le rapport, une valeur supérieure à 480 millisecondes chez une femme adulte est considérée comme franchement anormale. Chez la jeune femme, le QTc avait atteint 531 millisecondes le 20 mars 2026.

Cette anomalie n’était pas nouvelle. Elle avait déjà suscité des préoccupations de la part de sa psychiatre à Gatineau en juillet 2025 précise le coroner Sanfacon.

En décembre 2025, lors d’une consultation à l’urgence de l’Hôpital Sainte-Croix de Drummondville, deux électrocardiogrammes avaient également révélé des QTc de 509 et 519 millisecondes. Un pharmacien avait alors recommandé une diminution des doses d’amitriptyline, recommandation qui avait été appliquée au moment du congé. Le coroner relève toutefois qu’aucun document au dossier n’indiquait qu’une prise en charge médicale formelle de cette anomalie avait été planifiée.

Des vomissements importants dans les jours précédant le décès

La jeune femme souffrait également d’un syndrome cannabinoïde, qui provoquait chez elle des épisodes cycliques de vomissements importants. Selon le rapport, elle traversait un nouvel épisode dans les jours précédant son décès.

Le coroner précise que cette condition n’est pas mortelle en elle-même, mais que des vomissements sévères et répétés peuvent entraîner une déshydratation et d’importants désordres métaboliques. Le rapport indique également que l’arrêt du cannabis constitue le traitement permettant d’éviter la répétition des crises.

À compter du 18 mars, la jeune femme présentait des vomissements à répétition. Elle s’est rendue à l’urgence de l’Hôpital Sainte-Croix, où elle a signalé au triage des nausées, des vomissements et des étourdissements. Un médicament contre les nausées lui a été administré, mais aucun ECG n’a été réalisé. Informée qu’elle pourrait devoir attendre jusqu’à 14 heures avant de rencontrer un médecin, elle a quitté l’établissement.

Une perte de conscience avant une consultation à Lachute Son état ne s’améliorant pas, elle s’est présentée le lendemain, 19 mars, à l’urgence de Lachute. Durant le trajet, son amie a rapporté qu’elle aurait perdu conscience pendant quelques minutes.

Des examens complémentaires ont alors été effectués. Un ECG a révélé un QTc de 531 millisecondes. Le médecin lui a proposé de demeurer sous observation avec une télémétrie continue et a demandé une consultation en médecine interne. Le lendemain matin, la jeune femme a toutefois demandé l’arrêt de son soluté, retiré sa télémétrie et son cathéter intraveineux et demandé à quitter l’hôpital.

Selon le rapport du coroner, le médecin lui avait expliqué les risques associés à son état, notamment la possibilité d’une arythmie mortelle. Elle a quitté l’établissement à 7 h 52. Elle est revenue à Drummondville le 22 mars. Elle présentait toujours des vomissements occasionnels et éprouvait des difficultés à s’alimenter. Elle sera retrouvée sans vie deux jours plus tard.

Le suivi à Drummondville questionné par le coroner

Dans son analyse, le Dr Martin Sanfaçon estime que l’ensemble des éléments recueillis permet de conclure que la jeune femme a vraisemblablement subi une mort subite secondaire à un syndrome de QT allongé. L’investigation n’a toutefois pas permis de déterminer si ce syndrome était d’origine congénitale ou acquise.

Le coroner porte une attention particulière au suivi de l’anomalie détectée lors de la consultation de décembre 2025 à Drummondville. Il écrit que « l’absence de suivi de cette condition cardiaque suite à sa visite à l’urgence en décembre 2025 est assurément questionnable ». Selon son analyse, un suivi précoce, accompagné d’une réévaluation et d’ajustements appropriés de la médication, aurait peut-être permis de réduire l’intervalle QT et, par conséquent, le risque d’arythmie maligne et de mort subite.

Deux recommandations pour améliorer le suivi, au terme de son investigation, le coroner conclut que la jeune femme est décédée d’une mort subite secondaire à un allongement du QT. Le décès est classé comme naturel. Le Dr Sanfaçon formule néanmoins deux recommandations similaires à l’intention des organisations de santé concernées.

Il recommande à Santé Québec, Laurentides de sensibiliser l’ensemble de son personnel médical à l’importance de s’assurer qu’un suivi médical approprié soit planifié lorsqu’un patient présentant un allongement de l’intervalle QT quitte son département.

La même recommandation est adressée à Santé Québec Mauricie-et-Centre-du-Québec  Universitaire, dont relève l’Hôpital Sainte-Croix de Drummondville.

Le rapport ne remet donc pas en question la classification naturelle du décès. Les recommandations du coroner portent plutôt sur la prévention et la continuité des soins, lorsqu’un allongement du QT est détecté, un suivi médical approprié devrait être planifié afin de réduire les risques associés à cette anomalie cardiaque.

Éric Beaupré
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