DRUMMONDVILLE
Intitulée « Dans l’œil de la précarité », la campagne lancée cette semaine par les deux organisations étudiantes cible cinq enjeux qu’elles considèrent comme déterminants pour l’accessibilité aux études supérieures : le logement, l’insécurité alimentaire, la rémunération des stages, l’insuffisance des prêts et bourses et, plus largement, l’augmentation de la facture étudiante.
Pour les deux regroupements, la détérioration du contexte économique des dernières années a progressivement augmenté les dépenses auxquelles doivent faire face les étudiants.
Le logement, un enjeu qui frappe aussi la région
Le premier axe concerne l’accès à un logement abordable. Selon la FECQ et l’UEQ, la hausse des loyers est particulièrement importante dans les secteurs fréquentés par les étudiants et contribue directement à leur précarité.
Au Centre-du-Québec, cette pression sur le logement dépasse largement la seule population étudiante.
À Drummondville, le loyer moyen d’un appartement de deux chambres atteignait 1 045 $ en 2025, une augmentation de 17,7 % en seulement un an, selon les données de la SCHL reprises récemment par le Vingt55.
Le Vingt55 documente depuis plusieurs années les conséquences de cette augmentation du coût de l’habitation sur les ménages de la région.
Encore récemment, un couple rencontré à Drummondville expliquait s’être installé temporairement dans un boisé faute d’avoir réussi à trouver un logement correspondant à ses moyens.
La réalité étudiante comporte évidemment ses particularités, mais elle évolue dans ce même marché locatif.
À Victoriaville, où se trouve également une importante population collégiale, le Cégep offre des résidences étudiantes et met à la disposition des élèves des ressources pour trouver des logements hors campus.
L’épicerie pèse également dans le budget étudiant
L’insécurité alimentaire constitue le deuxième grand axe de la campagne. La FECQ et l’UEQ avancent qu’environ 40 % des personnes étudiantes vivent une situation d’insécurité alimentaire en raison d’un manque d’argent. Les organisations pointent notamment l’augmentation du prix du panier d’épicerie depuis 2020 et les ressources limitées du milieu communautaire.
Cette pression sur l’aide alimentaire est également perceptible à Drummondville. Comme le rapporte régulièrement le Vingt55, les organismes communautaires doivent composer avec une augmentation des demandes alors que leurs ressources financières et matérielles demeurent limitées. Une récente étude de Centraide et Léger faisait également ressortir une progression de l’anxiété financière, une réalité qui se traduit localement par une pression accrue sur les banques alimentaires et les ressources communautaires.
À l’échelle québécoise, le réseau des Banques alimentaires du Québec répond maintenant à plus de trois millions de demandes d’aide alimentaire par mois, tous types de clientèles confondus.
Troisième enjeu, la rémunération des stages.
Selon les données avancées dans la campagne et obtenu par le Vingt55, 84 % des stages, principalement dans des domaines à prédominance féminine, seraient non rémunérés. Pour les associations étudiantes, cette situation oblige certains stagiaires à conserver un deuxième emploi afin de payer leurs dépenses courantes, avec des conséquences possibles sur leur santé physique et mentale.
La question touche directement l’accessibilité aux études : un stage exige du temps consacré à la formation professionnelle, mais ce temps peut réduire les heures disponibles pour occuper un emploi rémunéré.
Des prêts et bourses qui ne suivraient plus le coût de la vie
Les associations étudiantes réclament également une révision de l’aide financière aux études.
Elles soutiennent que les principales dépenses des étudiants. logement, alimentation et transport, ont augmenté plus rapidement que l’inflation au cours des cinq dernières années, tandis que les montants accordés par le régime de prêts et bourses ne correspondraient plus au coût réel de la vie.
Pour Abdelmajid El-Mouhib, président de la FECQ, les associations membres constatent directement les conséquences de cette situation :
« Actuellement, ce que nous rapportent nos associations étudiantes, c’est que de plus en plus de leurs étudiants partout dans la province sont en situation de précarité, devant faire recours à leurs services qui sont limités et ne peuvent plus répondre à la demande. Les étudiants ne devraient pas avoir à choisir entre poursuivre leurs études ou survivre. »
« Étudier, se loger ou se nourrir »
Pour l’UEQ, ces différents problèmes doivent être considérés ensemble plutôt qu’isolément.
« Les personnes étudiantes ont de la difficulté à se nourrir et à se loger convenablement, leur travail en tant que stagiaire n’est pas payé et l’aide octroyée par le programme d’aide financière aux études ne reflète pas le coût réel de la vie. Le prochain gouvernement devra agir rapidement pour régler cette crise et permettre à chaque personne étudiante de se consacrer pleinement à ses études », affirme Loïc Goyette, président de l’UEQ.
Les deux organisations résument d’ailleurs leur cinquième axe par « la facture élevée » : une accumulation des coûts liés au logement, à l’alimentation, au transport et aux études qui, selon elles, finit par remettre en question l’accessibilité même à l’enseignement supérieur.
Une campagne qui trouve écho au Centre-du-Québec
À Drummondville comme à Victoriaville, les revendications nationales arrivent donc dans un contexte où plusieurs des facteurs identifiés par les associations étudiantes sont déjà observables à l’échelle régionale, particulièrement en matière de logement, de coût de la vie et de pression sur les ressources communautaires.
La campagne 2026-2027 de la FECQ et de l’UEQ vise maintenant à placer ces cinq enjeux dans le débat public et politique. Les deux organisations disent vouloir travailler conjointement avec leurs associations étudiantes afin de proposer des solutions à court et à long terme pour réduire la précarité et préserver l’accessibilité aux études supérieures.






