Raconte moi l’histoire : Homme fort et élections, 2e partie ….Par André Pelchat

Raconte moi l’histoire : Homme fort et élections, 2e partie ….Par André Pelchat
Raconte moi l'histoire : Homme fort et élections, 2e partie ….Par André Pelchat

DRUMMONDVILLE

Lorsqu’arrivent les élections de 1861 destinées à former le parlement du Canada-Uni (qui siège à Ottawa depuis 4 ans) peu de chose ont changé dans le système électoral. On vote toujours à main levée et il n’y a qu’un « poll » (bureau de scrutin) par comté.  Le scrutin doit durer deux jours. Les adversaires sont le « Rouge » (libéral radical) Jean-Baptiste-Éric Dorion (dit l’Enfant terrible et fondateur du village de L’Avenir) et le député sortant, le Conservateur anglophone Christopher Dunkin.

Suite de la première partie  Raconte moi l’histoire : Homme fort et élections, 1ère partie ….Par André Pelchat – Vingt55

Le vote se divise selon des lignes ethniques, les Canadiens-français appuyant massivement Dorion, les anglophones son adversaire. Celui-ci a ses équipes de fiers-à-bras, surnommés les « Durham Boys » qui se chargent d’empêcher les libéraux d’aller voter.

Donc, dès le premier jour des élections, une « foule » anglophone se presse devant le bureau de scrutin. Plusieurs sont armés de manches de hache en guise de matraque et bloquent le passage à tout ce qui ressemble à un libéral ou à un Canadien français. Devant l’impossibilité d’exercer son droit de vote, un certain Léon Dessert, habitant de St-Guillaume, se précipite à Sainte-Hélène-de-Bagot aussi vite que son cheval le lui permet pour aller cherche l’homme fort Claude Grenache.  Celui-ci a une solide réputation de bagarreur. Selon Benjamin Sulte, un témoin affirme avoir « vu Grenache lever la jambe et casser du bout de son pied le bras d’un colosse qui s’avançait sur lui, armé d’un bâton. »

Grenache n’hésite pas, saute dans sa voiture et se dirige vers Drummondville. Voici la suite telle que racontée par le notaire St-Amant, un des premiers historiens de la région :

« Dessert arriva au grand trot de son cheval en face du bureau de votation et Grenache, sautant à bas de sa voiture, s’élança seul et sans arme sur les rangs serrés qui garnissaient les alentours du poll. Il croyait pouvoir se frayer un chemin à travers cette muraille humaine mais il ne put résister aux coups de manches de haches qui l’assaillirent.  Il tomba, il aurait été tué sans l’intervention de monsieur Valentine Cooke qui, se jetant dessus, lui fit un rempart de son corps.

Ces Durham Boys étaient de rudes gaillards, faisant armes de tout.

Grenache se releva et parvint à entrer dans la salle, où il protégea ses compatriotes. »

Toujours est-il que J.E.B. Dorion remporte bel et bien l’élection et devient député de Drummond et Arthabaska au parlement du Canada-Uni. Il est ramené chez lui en triomphe « dans un char couvert de fleurs et un cortège de cent voitures » … ce qui n’empêchera pas une autre bagarre d’éclater dans un hôtel où des « Durham Boys » fêtent aux dépens du propriétaire, un certain Jos Brisebois. Ici ce sont d’autres « boulés », les frères Demange, qui viennent au secours de l’hôtelier et font vider la place aux Anglos. Autre temps, autre mœurs… électorales.

Et Grenache ? Le héros de l’histoire connaîtra une fin aussi tragique qu’absurde : l’année suivante, en 1862, comme des milliers de Canadiens, il traverse la frontière et s’en va aux États-Unis, lesquels sont en pleine guerre de Sécession. Il s’engage dans l’armée de l’Union (Nord). Il ne verra toutefois pas le combat. La veille du départ de son régiment, le 23 octobre, des feux d’artifices sont présentés à Boston. Les soldats sont déjà sur des navires dans le port. Grenache, désireux de mieux voir, grimpe dans les mâts. Un faux mouvement, une maladresse ? Toujours est-il qu’il perd l’équilibre et tombe, s’écrasant sur le pont. Il n’est pas tué sur le coup mais ne survit pas longtemps. Il sera inhumé dans son village de Sainte-Hélène le 9 février 1863. Ses exploits doivent avoir laissé des souvenirs douloureux à certains car un tas de roches sera déposé sur sa tombe pour éviter le vandalisme.

Port de Boston @ Crédit photo André Pelchat

Saint-Amant, Joseph-Charles

Un coin des Cantons de l’Est

Drummondville, La Parole,1932,534 p.

Claude Grenache, Homme fort, superbe hercule !

Le Bagotier, Journal Sainte-Hélène-de-Bagot, février 2016, p 2

André Pelchat
André Pelchat
CHRONIQUEUR
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