DRUMMONDVILLE
La Tablée populaire traverse une importante tempête, selon les informations obtenues par le Vingt55 auprès de différentes sources au cours des dernières semaines, l’organisme ferait face à un déficit de plus de 350 000 $, une situation financière préoccupante qui force maintenant ses dirigeants et plusieurs partenaires du milieu à préparer la suite.
C’est dans ce contexte que la directrice générale de La Tablée populaire, Rachel Bissonnette, a annoncé sur les réseaux sociaux son départ de l’organisme après près de neuf années à sa tête.
Un départ qui survient donc en pleine « tempête », alors que la situation financière de l’organisme nécessiterait maintenant la mobilisation de plusieurs partenaires du milieu. Comme le rapportait le Vingt55 le 24 août dernier, l’organisme se retrouve dans une situation précaire, devant procéder à des coupes de services aux usagers et à une réduction des heures de travail des employés qui soutiennent la mission de l’organisme.
Dans son message annonçant son départ, la directrice générale a elle-même utilisé l’image d’un bateau pour décrire ses années à la tête de La Tablée populaire, évoquant les eaux calmes, les réussites, mais également les « tempêtes » traversées par l’organisme, qui n’aurait eu d’autre choix que de proposer une nouvelle restructuration de la direction et du conseil d’administration. Le départ de la directrice générale survient alors qu’une cellule de crise doit être mise en place autour de l’organisme. La situation relance aussi le débat sur la gestion, le financement de l’organisme et le regroupement de certains services communautaires et organismes à Drummondville.
Une cellule de crise pour assurer la suite
Selon les informations obtenues par le Vingt55, une cellule de crise doit être mise en place autour de La Tablée populaire avec différents partenaires du milieu afin d’accompagner l’organisme, de stabiliser sa situation et d’assurer la continuité des services.
Des démarches auraient été entreprises au cours des dernières semaines afin d’obtenir du soutien financier supplémentaire. Toutefois, devant les incertitudes entourant la situation financière et administrative de l’organisme, certains partenaires auraient préféré attendre de connaître les mesures de redressement qui seront mises en place avant d’engager de nouvelles sommes.
Des partenaires du réseau de la santé, dont Santé Québec, Mauricie-et-Centre-du-Québec, ainsi que la Ville de Drummondville et la Corporation de développement communautaire (CDC) devraient également participer aux discussions entourant cette cellule de crise.
Selon les informations obtenues par le Vingt55, et qui reste a être confirmé du financement déjà prévu pourrait notamment être versé de façon anticipée afin de donner une certaine marge de manœuvre à l’organisme. Il ne serait toutefois pas question, pour le moment, de nouvelles sommes additionnelles, du côté de Santé Québec, Mauricie-et-Centre-du-Québec, mais plutôt d’une avance sur du financement déjà prévu.
À cela s’ajoute l’augmentation visible de et l’étalement urbains de l’itinérance à Drummondville.
Comme le rapportait récemment le Vingt55, les campements ne sont désormais plus uniquement observés au centre-ville. Des installations de fortune ont été aperçues dans différents secteurs de la ville, démontrant que le phénomène dépasse maintenant le cœur du centre-ville.
Des solutions d’hébergement mieux adaptées aux personnes en situation d’itinérance sont également envisagées par différents partenaires, dont la Ville de Drummondville. Encore une fois, la question du financement et de la capacité du milieu à soutenir durablement ces ressources demeure entière.
Selon les informations obtenues par le Vingt55, une contribution annuelle de 50 000 $ est accordée notamment à l’organisme la Tablée populaire par la Ville de Drummondville.
Le Vingt55 a informé la Ville de Drummondville de la situation portée à son attention et lui a transmis des questions afin de connaître sa position et les interventions qu’elle pourrait envisager. Au moment de publier, certaines questions du Vingt55 demeuraient sans réponse.
Une situation préoccupante, mais relativisée par le maire
Cependant, en entrevue à Radio-Canada, au micro de Cassandre Forcier-Martin à l’animation de Toujours le matin, à la suite d’une publication du Vingt55 faisant état des enjeux d’itinérance, de pauvreté et de cohabitation sociale au centre-ville, le maire de Drummondville, Jean-François Houle, a reconnu sur les ondes de Radio-Canada que ces problématiques sont devenues plus visibles au cours des dernières années, tout en relativisant l’ampleur de la situation par rapport à celle vécue dans d’autres villes.
« On vit des problématiques qui sont urbaines et c’est un peu nouveau pour nous », a affirmé le maire, ajoutant que, lorsqu’on compare Drummondville à d’autres municipalités, « c’est pas pire Drummondville », a réaffirmé le maire face à la situation qui prévaut actuellement au centre-ville.
Un filet social lui-même devenu vulnérable à Drummondville
Le départ de Rachel Bissonnette survient donc en pleine « tempête », pour reprendre l’image employée par la directrice générale dans la publication annonçant son départ de La Tablée populaire après près de neuf années à la tête de l’organisme. Ce départ ne permet toutefois pas, à lui seul, de tirer de conclusion quant aux causes des difficultés financières auxquelles fait face La Tablée populaire. Les raisons précises du manque à gagner n’ont pas été rendues publiques, pas plus que les états financiers détaillés permettant d’expliquer l’origine et l’ampleur de la situation financière actuelle.
Québec a augmenté son financement, rappelle le député
La situation remet également à l’avant-plan les propos tenus récemment au Vingt55 par le député sortant de Drummond–Bois-Francs, Sébastien Schneeberger, concernant le financement du milieu communautaire.
En entrevue il y a environ deux semaines, au moment où le Vingt55 rapportait déjà les difficultés vécues par la Tablée populaire, le député rappelait que son gouvernement avait considérablement augmenté les sommes consacrées aux organismes communautaires au cours des dernières années, allant jusqu’à doubler certains montants.
Malgré ces investissements, plusieurs organismes rencontrés par le Vingt55 dressent un constat similaire, le financement disponible ne suffit plus à suivre l’augmentation des coûts et surtout celle des besoins. L’inflation, les coûts d’exploitation, les salaires, l’entretien des bâtiments, le prix des denrées alimentaires et l’augmentation de la clientèle absorbent rapidement les sommes supplémentaires.
Les donateurs privés ne peuvent pas tout absorber
Les entreprises, fondations et citoyens contribuent depuis longtemps au fonctionnement du réseau communautaire drummondvillois. Mais les campagnes de financement et la générosité des donateurs privés ne peuvent continuellement servir à combler des problèmes structurels de financement.
Pour plusieurs intervenants rencontrés par le Vingt55, la réponse passe nécessairement par une implication concertée des différents paliers de gouvernement, de la Ville, du réseau de la santé et des partenaires communautaires.
Des partenaires et donateurs ont également souligné l’importance de continuer à soutenir financièrement les organismes communautaires. Selon eux, l’octroi de sommes doit toutefois s’accompagner d’un encadrement permettant d’assurer la pertinence et la complémentarité des services offerts, mais également une saine gestion et un suivi des sommes versées aux organismes.
Même si le gouvernement provincial a augmenté son soutien au communautaire au cours des dernières années, plusieurs organismes soutiennent que les sommes disponibles demeurent insuffisantes devant l’explosion des besoins et l’augmentation de leurs dépenses comme le réclame le regroupement le commentaire est à boutte’’
Du côté fédéral, des intervenants du milieu estiment également que les programmes et les sommes disponibles ne permettent pas de combler l’ensemble des besoins des ressources locales.
La crise actuelle pose donc une question qui dépasse largement le sort de l’organisme, comment financer durablement le filet social et comment utiliser les sommes disponibles de manière à maximiser les services offerts directement aux personnes vulnérables?
Le Comptoir alimentaire confronté à un autre défi majeur
La Tablée populaire n’est pas la seule ressource communautaire à se retrouver devant d’importants défis. Comme le rapportait le Vingt55, le Comptoir alimentaire Drummond doit lui aussi composer avec un important enjeu immobilier et une demande grandissante pour ses services.
La Tablée populaire doit également composer avec un changement concernant ses propres installations et un éventuel déménagement de ses activités dans les locaux de Setlwake au centre-ville. Ces besoins simultanés ramènent ainsi à l’avant-plan une réflexion déjà évoquée par plusieurs intervenants recontrés par le Vignt55 au fil des mois sur le terrain, faut-il continuer à développer séparément des infrastructures coûteuses ou profiter de la situation pour revoir l’organisation de certains services?
Regrouper les organismes sous un même toit?
Une avenue pourrait ainsi revenir au centre des discussions, regrouper sous un même toit plusieurs organismes qui interviennent directement en matière d’aide alimentaire, de pauvreté et de vulnérabilité à Drummondville.
En effet, selon des intervenants rencontrés par le Vingt55, des ressources comme La Tablée populaire, le Comptoir alimentaire Drummond et le Centre d’action bénévole Drummond pourraient éventuellement regrouper certains services et infrastructures.
L’objectif serait notamment de partager des espaces d’entreposage, des cuisines, des chambres froides, des réfrigérateurs et congélateurs, des quais de réception, des véhicules de livraison ou encore certains espaces administratifs.
Cette avenue rejoint une réflexion évoquée récemment par le député Sébastien Schneeberger, qui soulignait l’importance d’investir davantage dans les services plutôt que de voir une part importante des sommes disponibles absorbée par les coûts immobiliers et d’exploitation.
En entrevue au Vingt55, la directrice générale du Comptoir alimentaire Drummond, Véronique Sawyer appuyait également le principe d’un regroupement permettant d’offrir davantage de services à la clientèle, tout en rappelant que l’aide financière actuellement disponible demeure insuffisante devant l’ampleur des besoins.
Une infrastructure commune pourrait ainsi permettre au Comptoir alimentaire de poursuivre la distribution de paniers alimentaires, à La Tablée populaire de maintenir sa mission de préparation et de service de repas et à d’autres organismes de continuer leurs activités d’accompagnement, tout en partageant certains équipements coûteux.
Une telle solution devra évidemment être discutée avec les organismes concernés. Des enjeux de gouvernance, de financement, d’autonomie et de maintien des missions respectives devront également être considérés.
La pauvreté, l’insécurité alimentaire et l’itinérance progressent alors que plusieurs organismes chargés d’en atténuer les conséquences se retrouvent eux-mêmes confrontés à la précarité financière, au manque d’espace ou à des infrastructures devenues inadéquates. Le défi n’est donc plus uniquement de trouver les sommes nécessaires pour traverser une nouvelle crise, mais de déterminer comment assurer à long terme la solidité du filet social à Drummondville.






