DRUMMONDVILLE
Le Cinéma Capitol, Annie Hamel et la famille Venne ont marqué l’histoire par leur originalité et leur créativité à faire vivre et revivre le cinéma à Drummondville @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.
« Oui, nous sommes devenus locataires du Cinéma Capitol », confirme Guillaume Venne, vice-président de RGFM, en entrevue exclusive au Vingt55. « C’est une pratique assez courante dans le monde des affaires, ce qu’on appelle un sale and lease back. Nous avons vendu l’immeuble, mais nous continuons à l’exploiter normalement. »
Selon les informations obtenues par le Vingt55, c’est le groupe Diversimmo qui aurait acquis l’immeuble. Un projet de redéploiement est évoqué, notamment celui d’y accueillir le Musée populaire de la photographie, bien que ni RGFM ni la Ville n’aient confirmé officiellement cette destination.
« Nous continuons d’opérer normalement pour le moment et mois à venir»
Le passage à un statut de locataire ne change rien pour les cinéphiles. « Les projections se poursuivent comme à l’habitude. Aucune date de fin n’est prévue. On continue les opérations, les projets sont toujours sur la table, et les activités comme les courts-métrages et les festivals demeurent des possibilités bien réelles », assure Guillaume Venne.
« Annie Hamel a tenu le fort avec détermination, et toute l’équipe du Cinéma Capitol, aujourd’hui au Cinéma Beloeil, a accompli un travail important pour assurer l’avenir du cinéma. Maxime a pris le relais, et tous ont déployé énormément d’énergie pour ramener des événements, des spectacles, des festivals, comme les Rendez-vous Québec Cinéma. »
Un legs patrimonial incontournable
Érigé en 1937, le Capitol. alors Théâtre Capitol, est représentatif du style Art déco. Conçu par la firme montréalaise Perry, Luke & Little, il pouvait accueillir 900 spectateurs à son ouverture. On y projetait des films, mais aussi des spectacles de vaudeville, de magie ou de cirque.
Le bâtiment a été agrandi à plusieurs reprises dans les années 1990. En janvier 2002, la Ville de Drummondville l’a désigné immeuble patrimonial. Il figure également au Répertoire du patrimoine culturel du Québec.
Rénovations marquantes et marquise lumineuse
En 2018, de vastes rénovations ont été réalisées. « De la toiture jusqu’au cœur de nos salles de cinéma, des changements importants ont été faits », expliquait Annie Hamel au Vingt55. La façade a été restaurée dans le respect de son architecture, et la célèbre enseigne lumineuse CINÉMA CAPITOL a été modernisée, notamment par l’ajout de lettres DEL.
« Les habitués ont remarqué que le mot Théâtre, en haut de la marquise, s’est rallumé après des années d’extinction. Cette restauration visait à redonner tout le lustre à cette signature historique du centre-ville », ajoutait Mme Hamel.
Oui, le cinéma a changé, bien sûr, au fil du temps, tout comme la durée de vie des projections, la production de films et les habitudes des cinéphiles.
La famille Venne confirme avoir su s’adapter et prendre des décisions stratégiques pour préserver le 7e art et rendre possible l’expérience du cinéma en salle, encore bien vivante aujourd’hui.
Le cinéma demeure ainsi un lieu de rencontre pour les familles, les cinéphiles et les curieux, un endroit pour découvrir les plus grandes et les plus récentes productions, allant des films à grand déploiement (blockbusters) aux œuvres d’auteur, sans oublier la production québécoise, qui occupe désormais une place importante dans les salles du réseau RGFM.
Hommage à Jean-Luc “Papi” Taillon
Le 13 novembre 2017, la salle 1 du cinéma a été inaugurée au nom de Jean-Luc Taillon, passionné de cinéma ayant assisté à toutes les projections depuis l’avant-guerre. « Il a vu tous les films, sauf pendant la pandémie », racontait Annie Hamel.
Jean-Luc “Papi” Taillon est décédé en mars 2023, à l’âge de 94 ans. Son nom restera à jamais associé au cinéma qu’il a tant aimé.
Des souvenirs, des légendes… et un fantôme ?
L’histoire du Capitol ne manque pas de rebondissements. En février 1945, une émeute éclate à la sortie d’une projection, impliquant plus de 1 200 personnes. Des affrontements avec des prévôts militaires provoquent des dégâts et font les manchettes jusqu’en Europe.
Et selon certaines légendes urbaines, un “fantôme” hanterait encore les lieux. Un clin d’œil que n’a jamais nié Annie Hamel, qui en parlait avec humour dans les capsules vidéo produites avec le Vingt55 en 2020.
Festivals, tapis rouges et grands noms
Les Rendez-vous Québec Cinéma ont été lancés à Drummondville en 2017 sous l’impulsion d’Annie Hamel. La première édition a projeté des œuvres comme Antigone de Sophie Deraspe, Recrue de Pierre-Philippe Chevigny avec Édouard Biron-Larocque, et Matthias et Maxime de Xavier Dolan.
Sur le tapis rouge de la projection au RGFM, le « fils Suspect numéro un » a fait sensation avec le film inspiré de la vie du Drummondvillois Alain Olivier.
En entrevue accordée au Vingt55, ce dernier a raconté son long parcours, marqué par des années passées en prison à la suite d’un coup monté par la GRC. Le personnage principal du film, librement inspiré de son histoire, a été présenté devant une salle comble, en présence d’Alain Olivier lui-même. Le long métrage, salué comme le film de l’été, bénéficie de la collaboration directe de l’homme au cœur de l’affaire et d’un réalisateur déterminé à dénoncer les méthodes controversées employées lors de cette opération policière dans les années 1980.
En 2020, le film Noémie dit oui a ouvert les festivités. D’autres invités de renom comme Renée Martel, Alain Olivier (inspirant Suspect numéro un), ou encore Inès Feghouli ont foulé le tapis rouge du Capitol.
Le Cinéma Capitol, Annie Hamel et la famille Venne ont marqué l’histoire par leur originalité et leur créativité à faire vivre et revivre le cinéma à Drummondville @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.
Guillaume Venne, copropriétaire des cinémas RGFM, a présenté à Drummondville en avril 2022 son tout premier long-métrage, Rêver ma vie, dans le cadre des Rendez-vous Québec cinéma. En entrevue au Vingt55, le cinéaste autodidacte, également diplômé en scénarisation, revient sur le cheminement amorcé en 2018 pour concrétiser ce projet. Son film met en scène Philippe, un jeune père frappé par un AVC qui le laisse paralysé du côté droit et atteint dans sa capacité à s’exprimer. Plongé dans une réalité bouleversée, Philippe se réfugie dans la musique et son imaginaire, avant d’entamer un difficile processus d’acceptation. Il devra apprendre à faire le deuil de l’homme qu’il était pour retrouver sa place comme père et conjoint.
En mars 2025, Annie Hamel a passé le relais à Maxime qui dirige maintenant l’équipe avec Anna, Benjamin, Maïka, Kate, Nicolas, Jordan, Emy, Laurelly et Lily-Rose. « Annie a mis en place une équipe exceptionnelle. Nous avons toute confiance en Maxime et les employés pour poursuivre son travail », précise Guillaume Venne. Annie Hamel reste impliquée lors des grands événements, fidèle à ce lieu qu’elle considère comme une seconde maison.
Un avenir culturel, un changement de vocation et des projets prévu pour l’immeuble
Si le bâtiment historique, classé au patrimoine, est appelé à changer de vocation, le Cinéma Capitol, en tant que salle et expérience, est toujours bien actif, confirme M. Venne.
Parallèlement, un projet immobilier a été annoncé par la Ville de Drummondville lors du souper de la mairesse. Ce projet prévoit, selon Mme la mairesse, la construction d’un immeuble résidentiel avec stationnement étagé, une initiative qui suscite diverses réactions tant au sein du conseil municipal que chez les citoyens.
Selon certaines informations obtenues par le Vingt55, le Musée national de la photographie Desjardins pourrait devenir locataire de l’immeuble, une information qui reste cependant à être confirmée.
« C’est un coup dur pour le centre-ville, c’est clair », confient plusieurs citoyens rencontrés au Centre-ville. Mais la marque du Cinéma Capitol demeure, autant dans l’imaginaire que dans les faits historiques du centre-ville de Drummondville, selon l’entrevue et les informations confirmées par Guillaume Venne.
Ce dernier demeure optimiste : l’immeuble historique du centre-ville de Drummondville pourrait accueillir un nouveau locataire un jour, mais pour l’instant, le cinéma continue de servir sa clientèle et les cinéphiles qui ont vu cet édifice devenir un bâtiment patrimonial et porteur d’histoire.
Une image forte, un immeuble emblématique qui reste assurément dans le cœur des Drummondvillois, et de plusieurs générations ayant vu la célèbre marquise surplomber le cœur du centre-ville de Drummondville.
Plusieurs fermetures, une vitalité commerciale qui inquiète commerçants et citoyens au centre-ville de Drummondville @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.
Plusieurs fermetures, une vitalité commerciale qui inquiète commerçants et citoyens au centre-ville de Drummondville
Après la fermeture récente de SoloMode, qui a marqué la fin de plus de 38 ans de présence au centre-ville, d’autres commerces emblématiques ont également baissé le rideau, soulevant des inquiétudes sur la vitalité du Centre-Ville de Drummondville.
Un centre-ville qui s’est transformé
Mais les temps ont changé. Le centre-ville, autrefois bouillonnant de commerces indépendants, s’est peu à peu transformé.
« On a vu les boutiques fermer, les stationnements disparaître, les loyers augmenter. Les bureaux ont remplacé les vitrines. Et les habitudes de consommation ont aussi changé », ont commenté les deux copropriétaires en entrevue au Vingt55, quelques heures avant la fermeture de la boutique.
Le restaurant bar Lowring a fermé ses portes le mois dernier, tout comme la fermeture de la boutique Chez Flo&Lili, Friperie et Art de vivre qui était situé coin Lindsay et Marchand, qui a cessé elle aussi ses activités et fermer boutique le 1er juillet dernier, après plus de trois ans d’existence.
« Le centre-ville a longtemps été porteur d’espoir, mais les dernières années ont été difficiles », a confié aussi avec tristesse en entrevue au Vingt55 la propriétaire de Chez Flo&Lili, quelques jours avant la fermeture de son commerce. « J’y ai mis beaucoup de cœur, de volonté et d’amour », a-t-elle exprimé en entrevue au Vingt55, visiblement émue. « Le manque d’achalandage, les rares occasions d’attirer une clientèle régulière et les nombreuses réglementations ont rendu la gestion extrêmement difficile. Pour une PME et commerçante comme moi, c’est devenu pratiquement impossible de répondre à toutes les exigences de la Ville et de tenir boutique aussi », a-t-elle ajouté.
Ces fermetures successives traduisent une tendance préoccupante aupres des citoyens et soulèvent des questions sur l’avenir commercial du centre-ville de Drummondville.




































