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Outrage au tribunal : Mylène Hébert condamnée pour avoir défié deux injonctions visant l’homme d’affaires Alain Carrier

Outrage au tribunal : Mylène Hébert condamnée pour avoir défié deux injonctions visant l’homme d’affaires Alain Carrier
Mylène Hébert au palais de justice de Drummondville, entourée de son groupe de supporteurs @ Crédit photo archive Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

DRUMMONDVILLE

Dans un jugement rendu le 15 septembre 2025, l’honorable Martin F. Sheehan, juge de la Cour supérieure du Québec, a déclaré Mylène Hébert coupable d’outrage au tribunal pour avoir refusé à deux reprises de se conformer aux ordonnances rendues en mai dernier. Ces ordonnances lui interdisaient de publier ou de partager sur les réseaux sociaux des propos visant l’homme d’affaires Alain Carrier.
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Depuis mai 2025, Mme Hébert diffuse sur Facebook et lors de manifestations publiques des accusations graves visant M. Carrier, le chanteur Éric Lapointe et d’autres personnalités, qu’elle relie à des agressions sexuelles et à un présumé réseau de trafic sexuel de mineurs.

Alain Carrier nie fermement ces allégations, affirmant n’avoir rencontré Mme Hébert qu’à l’âge adulte, et a déposé une requête en injonction pour faire cesser ce qu’il considère comme des propos diffamatoires portant atteinte à sa réputation.

Le 9 mai 2025, une première ordonnance a été prononcée, obligeant Mme Hébert à retirer immédiatement toutes ses publications mentionnant M. Carrier et son entreprise, et à s’abstenir de tout nouveau message. Le 21 mai, une seconde ordonnance de sauvegarde est venue reconduire et préciser cette interdiction

Le non-respect répété des ordonnances

Malgré ces décisions, signifiées en mains propres, Mme Hébert a maintenu ses publications et en a même diffusé de nouvelles. Certaines ciblaient directement le juge, la qualifiant de « juge pourrie », tandis que d’autres faisaient référence au tribunal de Drummondville comme à « pedoland » ou au « palais de l’injustice ».

Elle a également créé un canal Facebook regroupant toutes ses publications contestées et multiplié les appels à la désobéissance civile. Ses messages ont été partagés massivement dans divers groupes comptant des milliers d’abonnés, provoquant une multiplication des contenus visés par les ordonnances

Le juge Sheehan a conclu, que Mme Hébert connaissait parfaitement la portée des ordonnances, qu’elle avait délibérément refusé de s’y conformer et qu’elle avait agi de manière intentionnelle.

Mylène Hébert, qui a fait les manchettes de plusieurs médias régionaux et nationaux, notamment à QUB Radio où elle a accordé une entrevue à Richard Martineau, affirme et dénonce être victime d’un réseau pédocriminel. Elle met publiquement en cause plusieurs personnalités, le système judiciaire ainsi que des autorités qu’elle qualifie de corrompues, et soutient que ce réseau serait structuré et organisé, dont elle affirme avoir elle-même été victime.

L’analyse du tribunal : la primauté du droit en jeu

Dans son jugement, le tribunal rappelle que l’outrage au tribunal constitue un outil essentiel au maintien de l’autorité judiciaire et de l’État de droit. Permettre à une partie d’ignorer une décision de justice affaiblirait, selon le juge, « la confiance du public dans l’administration de la justice » et mettrait en péril les libertés fondamentales.

Le juge a aussi souligné que les violations répétées de Mme Hébert ont eu des conséquences directes et sérieuses sur M. Carrier et sa famille, en plus de miner l’ordre public par leurs propos diffamatoires et violents diffusés à grande échelle

Un laxisme constaté lors des procédures judiciaires alors que, malgré les ordonnances prononcées, aucune action n’a été prise pour en assurer le respect.

Mme Hébert a ainsi pu poursuivre différentes publications visant tant M. Carrier que les avocats qui le représentaient, de même que des représentants des médias et journalistes. Des personnes, témoins et dénonciations venant alimenter ces propos, ont également nourri les échanges dans les différents dossiers déposés devant les tribunaux. Photos, commentaires et affirmations selon lesquelles les avocats « déshonoreraient la profession et l’institution judiciaire », allant jusqu’à les qualifier de « deux petits pas d’honneur », ont circulé. Ces propos, qui n’ont suscité aucune dénonciation judiciaire, ont été relevés par des citoyens présents aux différentes comparutions et audiences.

Le tribunal a par ailleurs toléré des débordements importants durant les représentations des parties, allant même jusqu’à offrir certaines mesures de concession à Mme Hébert. Cette situation a donné lieu à des mesures exceptionnelles, dont la présence de nombreux constables spéciaux qui ont même dû escorter le demandeur et ses avocats lors de leur dernière comparution.

La sanction : une amende de 2 000 $

Dans ce dossier, le juge a estimé que, les violations étaient répétées et aggravées par la diffusion massive et volontaire, que la défenderesse a clairement affiché sa volonté de ne pas se conformer et que le mépris exprimé publiquement à l’endroit de la justice constitue un facteur aggravant.

Cependant, il a pris en considération le fait qu’il s’agissait d’une première condamnation et que Mme Hébert se présentait comme une victime d’abus. En conséquence, il a jugé disproportionné d’imposer une peine d’emprisonnement à ce stade.

En matière d’outrage civil, le Code de procédure civile prévoit des amendes pouvant atteindre 10 000 $, des travaux d’utilité sociale ou, en cas de refus persistant, l’emprisonnement.

La défenderesse, qui se représentait elle-même, a été condamnée à payer une amende de 2 000 $ dans un délai de 45 jours. Le juge a toutefois écarté, pour l’instant, la possibilité d’une peine d’emprisonnement, tout en avertissant qu’une telle sanction pourrait devenir inévitable en cas de récidive

La décision rendue par la Cour supérieure ne porte pas sur le bien-fondé des accusations et allégation formulées par Mme Hébert. Le jugement se limite strictement à constater son refus de respecter les ordonnances émises par le tribunal, et non à trancher les allégations qu’elle a diffusées publiquement.

Le juge Sheehan cherche visiblement à dissuader toute récidive et à protéger l’intégrité du système judiciaire. La suite dépendra désormais du respect que la défenderesse choisira, ou non, d’accorder aux décisions de justice rendues à son endroit.

Ce jugement illustre la volonté de la Cour supérieure de rappeler que nul n’est au-dessus des lois et que la liberté d’expression, si précieuse soit-elle, ne permet pas d’ignorer délibérément des ordonnances judiciaires.

Rencontrée au palais de justice par le Vingt55, la défenderesse, Mme Hébert n’a toutefois pas voulu commenter la décision, affirmant recevoir un traitement inéquitable de la part des journalistes.

Le tribunal a condamné Mme Hébert au paiement d’une amende globale de 2 000 $, assortie de frais de justice, en espérant que cette sanction lui fera prendre conscience de la gravité de son comportement. Le juge a toutefois prévenu : si Mme Hébert poursuit ses actions, l’emprisonnement pourrait devenir inévitable

Éric Beaupré
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