DRUMMONDVILLE
Les impacts du bruit généré par la surface de dek hockey du parc Jardin-des-Galeries sont désormais reconnus, estiment les citoyens riverains. Malgré cela, les mesures en place ne permettent toujours pas d’assurer un répit réel, tant pour les résidents que pour les usagers du parc. Surnommé « le parc de la discorde » par plusieurs, le site cristallise les tensions. Des résidents dénoncent une détérioration de leur qualité de vie et une utilisation jugée problématique de l’infrastructure, qui, selon eux, s’éloigne de la vocation première du parc, un espace paisible, sécuritaire et accessible à l’ensemble des familles du quartier.
Un quartier profondément divisé
Sur le terrain, la situation a pris une tournure plus lourde qu’un simple débat sur l’aménagement. Des résidents rencontrés évoquent un climat de tension et de division qui s’est installé dans le quartier. « Ce qui devait être un lieu rassembleur est devenu une source de discorde », résume un citoyen.
Plusieurs dénoncent des gestes d’intimidation, des propos injurieux et des comportements jugés irrespectueux. Des jeunes seraient régulièrement aperçus à franchir les clôtures pour utiliser la surface en dehors des heures permises, tandis que certains citoyens affirment être pris à partie en raison de leur position dans le dossier. Certains témoignages font également état d’événements plus troublants, notamment des gestes de vandalisme visant des biens personnels. Un citoyen affirme que son véhicule a été endommagé, un incident qu’il associe directement aux tensions entourant le dossier.
« Le problème du “pas dans ma cour” revient souvent, mais ici, c’est justement dans notre cour que ça se passe », souligne un résident.
Pour plusieurs familles, la quiétude du secteur est désormais compromise. « Le parc de la discorde », autrefois perçu comme un lieu de détente, est devenu une source de conflits permanents.
« Avant l’arrivée de la patinoire, notre qualité de vie était paisible. Aujourd’hui, l’atmosphère est devenue invivable », affirme une mère de famille, qui préfère garder l’anonymat, comme plusieurs autres, en raison des conflits, des pressions et, selon eux, de certains gestes d’intimidation visant des citoyens qui prennent position dans le dossier. Certains résidents vont jusqu’à dire qu’ils hésitent à fréquenter le parc ou à y envoyer leurs enfants, évoquant un climat qu’ils jugent désormais malsain. Si la volonté d’offrir des espaces de loisir de qualité est largement reconnue, l’enjeu demeure entier, concilier cet objectif avec la santé et la qualité de vie des citoyens vivant à proximité.
Au-delà des témoignages, les impacts du bruit sont appuyés par des données concrètes, rappellent les résidents, qui soulignent que ces informations ont été transmises à l’administration municipale. Selon eux, la Ville ne peut en faire abstraction.
L’avis de la Direction de la santé publique et responsabilité populationnelle (DSPRP) du CIUSSS MCQ, transmis à la Ville en juin 2025, reconnaît que l’exposition prolongée à ce type de bruit peut entraîner des effets significatifs sur la santé physique et psychologique, ainsi que sur la qualité de vie des résidents.
Dans ce contexte, il devient difficile pour l’administration municipale d’ignorer ces conclusions. Si, pour certains citoyens non directement touchés, la problématique peut sembler anodine, voire exagérée, la réalité sur le terrain apparaît tout autre pour les résidents concernés.
Un rappel s’impose d’ailleurs, des enjeux sonores soulevés par un groupe restreint de citoyens avaient déjà mené à l’abandon du projet d’école de pilotage de Sélect Aviation, malgré des retombées économiques importantes pour la région. Ce précédent illustre que, même lorsqu’ils touchent un nombre limité de résidents, les impacts liés au bruit peuvent peser lourd dans les décisions d’aménagement du territoire.
Les résidents riverains du parc Jardin-des-Galeries s’appuient sur cet exemple pour rappeler que la surface de dek hockey ne génère pas de retombées économiques comparables, tout en engendrant des coûts, tant pour la collectivité que pour les citoyens directement touchés.
Ils évoquent notamment les démarches entreprises, les ajustements nécessaires et les solutions à envisager, qui impliquent du temps, des ressources et des investissements. « On se retrouve à devoir chercher des solutions, alors que le problème pourrait être réglé plus simplement », résume un citoyen.
Les résidents insistent toutefois sur leur volonté de dialogue. Ils ne réclament pas la disparition de l’infrastructure, mais plutôt son réaménagement dans un site qu’ils jugent plus approprié. « Ce n’est pas une guerre d’ego. C’est un problème concret, qui peut se régler de façon cordiale », affirment-ils, appelant à une solution pragmatique et concertée avec la Ville.
Le bruit en cause se caractérise par des impacts soudains et répétés, coups de bâton, rebonds sur les bandes, vibrations de la structure, qui se distinguent nettement du niveau sonore habituel du secteur. Ces bruits se répètent plusieurs fois par jour, sur de longues périodes de l’année, réduisant de façon concrète les périodes de répit pour les résidents, ajoutent-ils.
À la suite de l’analyse des signalements, du cadre réglementaire et des connaissances scientifiques, la santé publique a formulé plusieurs recommandations à la Ville.
Cette approche s’inscrit dans une logique graduelle, où des mesures de mitigation doivent d’abord être mises en place et évaluées. Parmi les options envisagées figurent également un usage saisonnier limité, voire une relocalisation de l’infrastructure.
La notion de « périodes sensibles » ne renvoie pas à des plages arbitraires, mais à des moments précis où les impacts sont les plus significatifs pour les résidents.
Des mesures jugées insuffisantes
Or, les mesures actuellement en place ne répondent pas à ces recommandations, selon les citoyens. La réduction d’environ six heures par semaine sur un total d’environ 78 heures d’ouverture estivale n’apporte qu’un changement marginal. De plus, leur efficacité repose en grande partie sur la collaboration volontaire des usagers, un aspect jugé difficile à encadrer sur le terrain.
Même lorsque les règles sont respectées, ce qui, selon plusieurs résidents, n’est pas toujours le cas — le bruit demeure important. Des jeunes enjamberaient notamment la clôture pour accéder à la surface en dehors des heures permises, ce qui entraîne des confrontations avec des citoyens et des parents. « C’est devenu une source de discorde », soulignent-ils.
Les tests acoustiques réalisés en 2025 n’ont pas permis de démontrer l’efficacité des mesures envisagées. Une seconde étude, remise à la fin mars 2026, ne permet pas encore de confirmer que des solutions durables pourront être mises en place dans ce contexte particulier. « Les impacts sont reconnus et les mesures testées n’ont pas démontré une efficacité suffisante. Il est essentiel d’agir rapidement », souligne un résident.
Une demande de pause et de relocalisation
Face à l’impasse, les quelques citoyens du regroupement réclament une suspension temporaire des activités afin de permettre l’analyse du dossier et l’identification d’une solution durable. Ils insistent toutefois, leur démarche ne vise pas à s’opposer au dek hockey, mais bien à dénoncer un emplacement jugé inadéquat. « Ce n’est pas contre le sport. C’est contre le choix du site », résume un citoyen.
Certains proposent de déplacer l’infrastructure vers un secteur mieux adapté, comme à proximité du Centre sportif Girardin, où l’espace et les installations permettraient d’accueillir ce type d’activité sans nuire à des zones résidentielles.
De son côté, le maire de Drummondville, Jean-François Houle, a réitéré sa position dans ce dossier, tout en se disant conscient des préoccupations citoyennes.
Comme il l’a précisé au Vingt55, le maire se montre catégorique quant au maintien de la patinoire et de ses usages, tout en reconnaissant que certains ajustements pourraient être envisagés, notamment en ce qui concerne l’utilisation estivale.
« Cela étant dit, une réflexion sera amorcée concernant l’usage estival de la patinoire. Nous souhaitons prendre le temps de bien faire les choses, en consultant les citoyennes et citoyens du secteur », indique-t-il.
Le maire précise que cette démarche passera par « une consultation publique et un sondage », tout en maintenant une ligne de conduite claire : « Aucun changement ne sera amené pendant cette période de consultation. »
Une position qui traduit la volonté de l’administration municipale d’éviter toute décision précipitée, en privilégiant une approche structurée.
« L’objectif est simple : identifier des solutions équilibrées, qui tiennent compte à la fois de la qualité de vie du voisinage et de l’importance d’offrir des espaces actifs accessibles à la communauté », résume-t-il.
Les résidents rappellent que les bonnes pratiques en aménagement du territoire recommandent d’éloigner ce type d’infrastructure des habitations, particulièrement lorsqu’il s’agit d’un équipement utilisé sur une longue période de l’année.
« L’usage d’avril à novembre soulève de sérieuses questions quant à sa compatibilité avec un quartier résidentiel », conclut un citoyen.
Alors qu’une consultation publique est annoncée, plusieurs redoutent de devoir composer avec une troisième saison consécutive sans solution concrète, alors même que les impacts sont désormais reconnus.







