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Dossier santé numérique : rencontre avec le personnel aux premières loges de l’Hôpital Sainte-Croix

Dossier santé numérique : rencontre avec le personnel aux premières loges de l’Hôpital Sainte-Croix
Dre Marie-Pier Toussaint, pédiatre et Mélanie Dupuis, infirmière @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

DRUMMONDVILLE

À quelques heures du déploiement officiel du Dossier santé numérique (DSN), prévu ce samedi 9 mai, le CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ) a ouvert exceptionnellement les portes de l’Hôpital Sainte-Croix de Drummondville aux médias. Une initiative volontairement axée sur la transparence, alors que ce virage technologique majeur suscite à la fois de grandes attentes et certaines inquiétudes.

Dre Marie-Pier Toussaint, pédiatre et Mélanie Dupuis, infirmière @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Sur place, les représentants des médias dont le Vingt55 ont pu échanger directement avec deux professionnelles appelées à vivre cette transformation au quotidien : la Dre Marie-Pier Toussaint, pédiatre, et Mélanie Dupuis, infirmière clinicienne à la clinique externe et en pédiatrie. Une rencontre sans filtre, marquée par des réponses concrètes, des exemples tirés du terrain et un discours lucide sur les défis à venir.

Dès le début de l’entretien, la Dre Toussaint a donné le ton. « On avait très hâte que ça commence. On est fébriles, c’est certain. Il y a de l’anxiété, mais surtout, on a hâte de passer à l’action », résume-t-elle.

Une réalité encore marquée par la fragmentation

Questionnée sur la situation actuelle, avant l’arrivée du DSN, la pédiatre décrit un quotidien clinique encore largement fragmenté, où les outils informatiques ne sont pas intégrés et où le papier demeure omniprésent. « On travaille encore avec plusieurs logiciels en même temps. On ouvre une fenêtre pour écrire une note, on la ferme, on en ouvre une autre pour faire une prescription, puis on revient à la note. Ça demande énormément de clics et d’arrêts », explique-t-elle.

Elle précise que chaque fonction est souvent isolée dans un système distinct.

« Il y a un logiciel pour les rendez-vous, un autre pour les notes, un autre pour les prescriptions, un autre pour la communication entre professionnels. Les informations sont dispersées et il faut constamment naviguer entre les plateformes. »

Selon elle, cette organisation entraîne des pertes de temps, mais aussi des répétitions inutiles. « Je repose souvent les mêmes questions au patient parce que l’information n’est pas toujours accessible au bon moment. Les allergies, les médicaments, la pharmacie… on recommence souvent. »

Du côté infirmier, Mélanie Dupuis confirme que cette réalité est bien ancrée dans plusieurs secteurs.

« À l’étage, le dossier est encore dans un cartable. Si le médecin l’a ou si le patient part en imagerie avec son dossier, on ne peut plus rien faire. On attend. » Elle insiste sur les impacts concrets de cette situation. « Pendant ce temps-là, on ne peut pas inscrire les signes vitaux ni consulter certaines informations. Ça peut ralentir toute une équipe. »

« Le dossier va enfin suivre le patient »

Interrogée sur ce que changera concrètement le DSN, la Dre Toussaint évoque immédiatement la notion de continuité. « Le plus gros changement, c’est que le dossier va suivre le patient. Peu importe où il se trouve dans le réseau, l’information sera accessible », explique-t-elle. « Si j’envoie un patient consulter à Montréal, je pourrai voir directement ce que le spécialiste a écrit. Avant, si je ne recevais pas la note, il fallait faire signer une autorisation, envoyer une demande aux archives et parfois attendre 30 jours. »

Cette centralisation permettra d’éviter des délais administratifs importants. « Là, c’est un clic. Et ça change complètement la pratique. » Selon elle, les patients bénéficieront directement de cette amélioration. « Ils n’auront plus à répéter leur histoire à chaque professionnel. L’information sera déjà là. »

Une amélioration marquée de la sécurité

Au-delà de l’efficacité, la Dre Toussaint insiste sur les gains en matière de sécurité des soins. « Si un enfant fait une allergie à un médicament, ça va être inscrit dans son dossier et ça va rester. La prochaine fois, peu importe où il se présente, l’information sera disponible. »

Elle explique que le système intégrera également des alertes automatiques. « Si je prescris un médicament qui interagit avec un autre, un message apparaît. Ça peut même proposer une autre option. »

Elle précise toutefois que ces outils demeurent des aides. « Ça ne remplace pas le jugement clinique, mais ça ajoute un filet de sécurité important. »

Même chose pour les signes vitaux en pédiatrie. « Les paramètres ne sont pas les mêmes que chez l’adulte. Si une valeur est anormale pour l’âge de l’enfant, le système peut le signaler. »

Une technologie éprouvée à l’échelle mondiale

Les intervenantes tiennent également à rassurer la population sur la fiabilité du système.

Le DSN repose sur une solution déjà largement implantée à l’international. Selon les données présentées, cette technologie est utilisée dans 16 pays, avec 541 clients, dont 19 au Canada. Elle est déployée dans plus de 2 800 hôpitaux, couvrant 525 000 lits, 70 000 cliniques, 580 000 médecins et plus de 317 millions d’usagers.

Au Canada, elle est déjà en place en Alberta, en Ontario et à Terre-Neuve-et-Labrador. « Ce n’est pas un système qui a été créé dans les derniers mois. C’est une plateforme qui a fait ses preuves ailleurs », souligne la Dre Toussaint.

Elle ajoute que le déploiement au Québec s’appuie sur plusieurs années de préparation. « Des groupes de travail ont travaillé pendant plus de deux ans pour adapter le système à notre réalité. »

Une transition qui ne part pas de zéro

Contrairement à certaines perceptions, l’implantation du DSN ne signifie pas un départ à zéro. « Les dossiers ne seront pas vides le 9 mai. Beaucoup d’informations sont déjà intégrées », explique la Dre Toussaint. Plusieurs spécialistes ont déjà transféré des données dans le système, permettant une transition plus fluide. « On va retrouver une grande partie de l’information dès l’ouverture. »

Une période d’adaptation assumée

Malgré ces avantages, les intervenantes reconnaissent que la transition demandera un effort important. « On vit de l’anxiété, c’est certain. Les gens ont peur que ça plante. Mais en même temps, on a hâte de commencer », explique la pédiatre.

Pour faciliter l’implantation, le CIUSSS a réduit temporairement certaines activités. « On voit moins de patients au début pour se laisser le temps de s’adapter. » Dans certains secteurs, les équipes ont été renforcées.« On est deux médecins en pédiatrie pour s’aider. Les infirmières sont aussi plus nombreuses. »

Dans les secteurs critiques, les soins se poursuivent normalement. « Un accouchement ou une urgence, ça ne se reporte pas. On continue comme d’habitude. »

Un important soutien sur le terrain

Pour accompagner les équipes, 1800 « super utilisateurs » ont été formés dans le réseau. « Ce sont des collègues formés pour aider leurs pairs sur le terrain », explique la Dre Toussaint. Parmi eux, 1200 seront mobilisés dès le week-end du déploiement. « Ils seront présents en continu. Il y a aussi un centre de commandement et du soutien technique. » Elle insiste sur l’importance de cette structure. « On ne sera pas seuls. Et entre collègues, on s’aide beaucoup. »

Une adaptation variable selon les individus

Interrogée sur les inquiétudes du personnel, la Dre Toussaint précise que la réaction varie d’une personne à l’autre. « Ce n’est pas nécessairement une question de département. C’est souvent une question de confort avec la technologie. »

Elle souligne que certains professionnels devront s’adapter davantage. « Quelqu’un qui travaille avec du papier depuis 30 ans ne vit pas ça de la même façon qu’un jeune médecin. » Malgré cela, elle se montre confiante. « Avec le temps, tout le monde va s’adapter. »

La fin progressive du fax

Un des changements les plus concrets concerne la disparition progressive du fax. « On imprime plus rien. Les prescriptions vont être envoyées directement à la pharmacie », explique la Dre Toussaint. Elle rappelle les limites du système actuel. « Le nombre de fois où une pharmacie ne reçoit pas le fax ou où un patient perd sa feuille… ça arrive souvent. » Avec le DSN, ces irritants devraient disparaître. « Tout va être dans le système. C’est beaucoup plus simple. »

Des plans de secours en cas de panne

À la question d’une éventuelle panne, la réponse est claire. « Il reste toujours un papier et un crayon », rappelle la Dre Toussaint.

Des plans de contingence sont prévus. « On a des formulaires papier. Si le système ne fonctionne pas, on continue les soins. » Elle insiste sur une priorité. « Le patient passe toujours en premier. »

« Ça va améliorer les soins »

En fin d’entrevue au Vingt55 , les deux intervenantes demeurent convaincues des bénéfices du DSN., malgré les défis anticipés « Les soins sont déjà très bons au Québec, mais ça va nous aider à être plus efficaces, plus rapides et plus sécuritaires », affirme la Dre Toussaint. Elle reconnaît toutefois que les premières semaines demanderont des ajustements. « On ne se met pas la tête dans le sable. Il y aura des journées plus difficiles. Mais on est prêts. »

À Sainte-Croix, comme ailleurs dans la région, le virage numérique est désormais bien enclenché. Une transformation attendue depuis plusieurs années et qui, selon les intervenantes, marquera une étape importante dans l’évolution du réseau de la santé québécois.

Dre Marie-Pier Toussaint, pédiatre et Mélanie Dupuis, infirmière @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Éric Beaupré
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