DRUMMONDVILLE
Selon le coroner Martin Côté, la rupture probable de ce lien artificiel aurait pu agir comme élément déclencheur de son geste ultime. Dans ses conclusions, il rappelle que « le suicide, c’est l’issue ultime de cette arnaque » et recommande une meilleure prévention, autant sur le plan de la fraude que du soutien psychologique aux victimes.
Le coroner met en lumière un fléau silencieux, mais bien réel, qui touche un nombre grandissant de personnes au Québec, y compris dans plusieurs grandes villes comme Drummondville comme le reporte le Vingt55 les ‘’arnaques sentimentales’’ et ou le phénome de ‘’sextorsion’’ en ligne pouvant mener à des conséquences dramatiques, parfois irréversibles.
Dans un rapport d’investigation signé le 24 avril 2026, le coroner Martin Côté conclut au décès par suicide d’un homme retrouvé sans vie dans sa chambre le 7 juillet 2025, alors qu’il vivait chez des proches membres de sa famille. L’enquête démontre que la victime, un homme discret, solitaire et sans antécédents connus de problèmes de santé mentale, entretenait une relation virtuelle intime avec un faux profil sur les réseaux sociaux.
Selon les observations du coroner, l’homme menait une vie routinière, travaillait à temps plein depuis plus de 30 ans pour le même employeur et passait la majorité de son temps seul dans sa chambre. Rien dans son entourage immédiat ne laissait présager un passage à l’acte. « Aucune personne dans l’entourage de M., n’aurait pu prédire son geste ultime », souligne le rapport.
Le jour du drame, il avait informé son employeur qu’il serait absent pour des raisons personnelles, un geste inhabituel pour cet employé reconnu comme fiable et discret. Quelques heures plus tard, ses proches l’ont retrouvé inanimé dans sa chambre. L’analyse policière et médico-légale a permis d’écarter l’intervention d’un tiers ainsi que toute cause toxique ou médicale contributive. Les échanges retrouvés dans son téléphone cellulaire ont toutefois orienté l’enquête vers une relation virtuelle devenue centrale dans sa vie.
Le coroner note que cette relation avec un profil féminin suggestif sur un média social connu semblait avoir une grande importance pour lui.
Peu avant son décès, il avait écrit : « je ne l’embêterai plus ». Quelques heures plus tard, il mettait fin à ses jours.
Même si aucune perte financière n’a pu être démontrée, le coroner rappelle que ce type de stratagème correspond souvent à ce qu’on appelle une arnaque sentimentale, un fraudeur crée un lien affectif et intime avec une victime afin d’établir une relation de confiance, souvent dans le but ultime de soutirer de l’argent.
« L’isolement étant parfois synonyme de vulnérabilité, la fin probable de cette relation virtuelle a peut-être été l’élément déclencheur », écrit le coroner, ajoutant que « le geste apparaissait donc comme étant planifié et volontaire ». Il conclut ainsi qu’il s’agit d’un suicide dans un contexte de relation virtuelle intime.
Le rapport va toutefois bien au-delà du seul constat individuel. Le coroner insiste sur le fait que ce phénomène constitue désormais un véritable enjeu de santé publique. Après échanges avec l’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS), il souligne que ce type de fraude est « responsable de plusieurs décès dans une année ».
La honte, l’isolement, la rupture brutale du lien affectif et parfois les pertes financières créent chez certaines victimes une détresse profonde. « Le suicide, c’est l’issue ultime de cette arnaque », résume le rapport et coroner.
Face à cette réalité, le coroner formule deux recommandations majeures à l’Autorité des marchés financiers (AMF), qui joue un rôle central en prévention de ce type de fraude.
D’abord, il recommande que l’AMF ajoute de façon évidente sur son site web les ressources en prévention du suicide promues par l’AQPS, accessibles gratuitement, en tout temps, afin que les victimes puissent obtenir rapidement de l’aide.
Ensuite, il demande l’élaboration d’une campagne publicitaire destinée spécifiquement aux victimes d’arnaques amoureuses afin de mieux faire comprendre ce phénomène, de briser l’isolement et de favoriser le recours aux ressources disponibles.
Pour le coroner Martin Côté, la prévention passe autant par la lutte contre la fraude que par la reconnaissance de ses impacts psychologiques. Dans un contexte où les rencontres virtuelles et les relations numériques occupent une place grandissante dans la société, ce type de drame rappelle que derrière l’écran, les conséquences peuvent être profondément humaines.
Le phénomène n’épargne aucune région, à Drummondville, comme ailleurs, les experts comme les intervenantes du CEPS rappellent que ces fraudes touchent des personnes de tous âges, souvent discrètes, isolées ou vulnérables, et que la sensibilisation demeure l’un des meilleurs outils pour éviter qu’une arnaque sentimentale ne se transforme en tragédie.
Le Vingt55 rappelle que si ce texte vous interpelle, si vous reconnaissez une situation semblable chez un proche ou si vous traversez vous-même une période difficile, de l’aide existe. À Drummondville, le Centre d’écoute et de prévention du suicide Drummond (CEPS) est présent pour vous offrir soutien, écoute et accompagnement, en toute confidentialité.







