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N&N Remorques : une entreprise et un projet de 20 M$ menacés par les décisions et l’expropriation de la Ville de Drummondville

N&N Remorques : une entreprise et un projet de 20 M$ menacés par les décisions et l’expropriation de la Ville de Drummondville
« La Ville de Drummondville est devenue notre plus grande menace », dénoncent Martin et Bryan Montcalm @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

DRUMMONDVILLE

Alors que Drummondville se présente comme une capitale du développement industriel et économique, l’entreprise N&N Remorques dénonce la tentative d’expropriation de ses terrains par la Ville, une démarche qui compromettrait un projet d’expansion évalué à plus de 20 M$. La famille Montcalm affirme ne pas comprendre cette décision visant une entreprise implantée depuis plusieurs années au cœur du parc industriel de Saint-Nicéphore.

« La Ville de Drummondville est devenue notre plus grande menace », dénoncent Martin et Bryan Montcalm @ Entrevue vidéo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Devant les médias réunis à l’intérieur de leur nouvelle usine d’assemblage, le fondateur de l’entreprise, Martin Montcalm, ainsi que son fils Bryan Montcalm, associé directeur, ont dénoncé avec force une situation qu’ils qualifient d’incompréhensible et de profondément injuste pour une entreprise manufacturière locale en pleine croissance.

L’émotion était vive ce matin lors de la conférence de presse tenue par les dirigeants de N&N Remorques concernant le projet d’expansion de l’entreprise et les procédures d’expropriation entreprises par la Ville de Drummondville dans le secteur Saint-Nicéphore. Le Vingt55 assistait à cette conférence de presse au cours de laquelle les dirigeants ont multiplié les critiques envers l’administration municipale actuelle et l’ancien conseil municipal, affirmant avoir été laissés complètement dans l’ombre avant de recevoir officiellement un avis d’expropriation.

Selon les deux hommes d’affaires rencontrés par le Vingt55, les procédures actuellement menées par la Ville viennent directement menacer l’avenir de leur entreprise familiale, bâtie depuis près de 30 ans dans la région. « Aujourd’hui, notre plus grande menace, ce n’est pas les tarifs américains, ce n’est pas la concurrence internationale, c’est notre propre ville », a lancé Bryan Montcalm devant les médias.

« On a été surpris par la pandémie. On a été surpris par les tarifs de Trump. Mais ce n’est rien comparativement à la surprise qu’on a eue en constatant que la plus grande menace pour l’avenir de notre entreprise vient de notre propre ville. Nous pensions que les élus étaient là pour aider le développement économique, pas pour mettre en péril les entreprises existantes. », se désole M. Montcalm.

« Jamais personne à la Ville ne nous a contactés. Jamais personne ne nous a avertis. On a appris ça par huissier de justice en mars 2025. Après tout ce qu’on a investi ici, recevoir ça de notre propre ville, ça frappe fort », affirme Bryan Montcalm en entrevue au Vingt55 tout comme M Martin Montcalm. Selon les dirigeants, les terrains visés par l’expropriation sont ceux qui devaient permettre la réalisation des phases futures de leur important projet d’expansion industrielle.

L’entreprise affirme pourtant avoir clairement présenté sa vision dès 2021 à Drummond économique ainsi qu’aux intervenants municipaux concernés.

« Tout était clair dès le départ. On avait remis un plan détaillé de développement en trois phases. Ils savaient exactement où on s’en allait. Ils nous ont même donné le permis pour construire la première usine tout en sachant qu’ils prévoyaient éventuellement exproprier les terrains nécessaires aux phases deux et trois », dénonce Bryan Montcalm.

Fondée en 1996 par Martin Montcalm, N&N Remorques est progressivement devenue une entreprise importante dans le domaine manufacturier spécialisé. Au départ composée de quelques employés seulement, l’entreprise compte aujourd’hui environ 125 travailleurs répartis entre Drummondville, Saint-Germain-de-Grantham et Saint-Théodore-d’Acton.

Très ému par moments, M. Martin Montcalm est revenu sur les débuts modestes de l’entreprise ainsi que sur les sacrifices réalisés afin d’assurer sa croissance. « J’ai passé ma vie dans ce domaine-là. Mes garçons ont grandi dans l’entreprise. Aujourd’hui, ils assurent la relève. On parle ici d’une entreprise familiale et intergénérationnelle », affirme-t-il.

Au fil des années, N&N Remorques est passée d’une production de quelques centaines de remorques à près de 6 500 unités annuellement. L’entreprise distribue maintenant ses produits partout au Canada ainsi que dans plusieurs États américains, notamment dans la région de la Nouvelle-Angleterre, au Michigan, au Wisconsin et même jusqu’à Hawaï.

Le projet d’expansion envisagé à Drummondville devait notamment permettre la création d’un véritable campus industriel intégré regroupant sur un même site toutes les étapes de fabrication des remorques. La première phase du projet, soit l’usine d’assemblage actuellement en activité, représente déjà un investissement de plus de 10 millions de dollars et emploie environ 60 personnes. Les phases futures prévoyaient la construction d’une usine de soudure à la fine pointe de la technologie, d’une usine de transformation du métal, d’ateliers mécaniques ainsi que d’espaces consacrés à la recherche et au développement.

À terme, l’entreprise affirme que le projet pourrait générer entre 60 et 100 emplois supplémentaires à Drummondville.

« On veut faire le campus de production de remorques le plus efficace en Amérique du Nord », explique Bryan Montcalm. « Pour être compétitifs dans le futur, il faut absolument que nos opérations soient regroupées ensemble sur le même site. C’est exactement pour cette raison qu’on a acheté ces terrains-là. »

Selon les dirigeants, l’ensemble du projet est aujourd’hui pratiquement paralysé depuis environ 18 mois en raison de l’incertitude entourant les procédures judiciaires.

« Quand un entrepreneur vit dans l’incertitude, les projets arrêtent d’avancer. On a déjà assez d’incertitude avec l’économie et les tarifs américains. Là, on ajoute notre propre ville par-dessus tout ça », soutient Bryan Montcalm.

Les propriétaires de N&N Remorques ne cachent pas leur incompréhension face au fait qu’une entreprise industrielle soit expropriée afin de permettre un autre développement industriel. « Nous, on est déjà industriels. On crée déjà des emplois ici. On veut investir ici. On veut agrandir ici. Alors pourquoi vouloir étouffer une entreprise locale qui fonctionne déjà? », questionne Bryan Montcalm en entrevue.

Selon les dirigeants, les terrains visés représenteraient seulement entre 5 % et 10 % du futur parc industriel projeté par la Ville.

« La Ville peut faire son parc industriel sans nous enlever nos terrains. Ils ont amplement d’espace ailleurs. C’est ça qu’on ne comprend pas », affirme-t-il. Les deux hommes d’affaires ont également insisté sur certains éléments du jugement rendu récemment par le tribunal dans le cadre de leur demande de sursis des procédures.

Selon Bryan Montcalm, le juge aurait lui-même soulevé plusieurs questionnements concernant la démarche entreprise par la Ville de Drummondville. « Le juge a rappelé que l’expropriation est une mesure draconienne qui prive un propriétaire de ses biens et qu’elle doit être justifiée par des besoins réels », a-t-il expliqué devant les médias.

Le dirigeant affirme également que le tribunal aurait reconnu que les terrains de N&N Remorques ne représentent qu’une faible portion du futur parc industriel envisagé. « Le juge a lui-même relevé que nos terrains représentent à peine 5 à 10 % du projet total. Autrement dit, ils peuvent faire leur parc industriel sans nous enlever nos terrains », soutient Bryan Montcalm.

« La Ville de Drummondville est devenue notre plus grande menace », dénoncent Martin et Bryan Montcalm @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Selon les deux hommes d’affaires, cette réalité démontre qu’une solution demeure toujours possible sans compromettre le projet de la Ville.

« La solution est simple, revenir sur la décision d’expropriation et nous laisser continuer notre développement », affirme Bryan Montcalm.

Les dirigeants soutiennent également avoir tenté au cours des dernières semaines de trouver une solution politique avec l’administration municipale actuelle. Ils affirment notamment avoir rencontré récemment Mathieu Audet, directeur de cabinet du maire Jean-François Houle, directement dans leurs bureaux.

Selon leur version des faits, cette rencontre laissait croire à une réelle volonté d’aider l’entreprise. « M. Audet nous avait affirmé qu’il allait transmettre les informations au maire et que celui-ci devait faire quelque chose pour nous aider. Il disait comprendre notre situation et trouvait lui aussi que ça n’avait pas de bon sens », affirme Bryan Montcalm.

Les dirigeants soutiennent toutefois que cette rencontre du 6 mai dernier aura finalement été leur dernier véritable échange avec l’administration municipale. « Depuis cette rencontre-là, c’est silence radio. Plus aucun retour. Plus aucun suivi. Pourtant, on nous avait laissé croire qu’il y aurait une intervention et un accompagnement. Finalement, leurs engagements et leurs promesses sont restés lettre morte », déplore-t-il.

Les propriétaires de l’entreprise estiment aujourd’hui que la nouvelle administration municipale aurait pu intervenir dans le dossier malgré le fait que les procédures aient été initialement adoptées sous l’administration précédente. « On nous a dit qu’ils voulaient nous aider. On nous a dit qu’ils comprenaient la situation. Mais au final, personne n’a bougé », soutient Bryan Montcalm.

Contacté par le Vingt55, le maire de Drummondville, Jean-François Houle, a réagi au dossier par l’intermédiaire du directeur de son cabinet, Mathieu Audet, précisant que la volonté d’acquérir le lot visé découle d’une décision déjà entérinée par le conseil municipal.

« Comme j’ai été interpellé personnellement, comme maire, par les représentants de la compagnie, j’indique que la volonté d’acquérir le lot en litige émane d’un règlement adopté par le conseil en février 2025 et qu’indépendamment de ce que je pourrais en penser, je n’ai aucun pouvoir d’annuler ou de suspendre l’application d’un règlement dûment adopté. Sans débattre du fond de la question, je n’ai aucune possibilité de répondre à l’interpellation qui m’est faite. Je n’ai pas non plus l’intention de demander aux membres du conseil de réviser leur position, étant donné la judiciarisation du dossier et en considérant l’intérêt public qui doit primer sur l’intérêt privé », a indiqué le Maire.

Les dirigeants dénoncent également les coûts importants associés au conflit judiciaire actuellement en cours.

« À tous les mois, on reçoit des factures d’avocats pour se défendre. Mais pendant ce temps-là, les contribuables voient aussi la Ville dépenser des fonds publics dans un dossier qui, à nos yeux, est complètement inutile », affirme Bryan Montcalm. « Ça coûte cher autant à l’entreprise qu’aux contribuables qui voient la Ville dépenser leurs taxes dans un projet qui, selon nous, risque de faire disparaître une entreprise d’ici. »

Les deux hommes rappellent qu’ils ne s’opposent aucunement au développement industriel de Drummondville.« Nous, on ne veut empêcher aucun développement industriel. On est nous-mêmes une entreprise industrielle. On veut simplement qu’on nous laisse poursuivre ce qu’on a commencé », affirme Bryan Montcalm.

Martin Montcalm soutient pour sa part que l’entreprise a toujours avancé de manière indépendante. « On a trouvé nos terrains nous-mêmes. On a bâti notre usine nous-mêmes. On a assuré la croissance et la survie de notre entreprise sans aide financière de la Ville ni de Drummond économique », affirme le fondateur. « Aujourd’hui, tout ce qu’on demande, c’est qu’on nous laisse continuer d’aller de l’avant », ajoute-t-il en entrevue au Vingt55

Des employés rencontrés sur place par le Vingt55 ont également confié craindre sérieusement les impacts que pourrait avoir la décision de la Ville sur l’avenir de leurs emplois.

Plusieurs travailleurs rencontrés soutiennent évoluer au sein d’une entreprise familiale en pleine croissance, où l’ambiance de travail et le sentiment d’appartenance demeurent très présents.

« Ici, on travaille dans une entreprise qui va bien. C’est une entreprise familiale dévouée qui investit constamment et qui est en pleine expansion. Voir la Ville venir directement affecter ça, c’est inquiétant pour tout le monde », confie un employé rencontré sur place.

D’autres travailleurs rappellent que le secteur manufacturier demeure un pilier important de l’économie régionale et que des entreprises comme N&N Remorques contribuent directement à maintenir des emplois spécialisés dans la région.

« Une ville ne devrait pas tuer ses entreprises. Elle devrait les aider à grandir ici et assurer leur croissance », soutient un autre employé.

Certains affirment également ressentir un climat d’incertitude depuis plusieurs mois en raison des procédures judiciaires entourant le dossier.

« On sent que ça affecte le moral et l’avenir des projets. L’entreprise veut avancer, veut investir, veut créer des emplois. Mais présentement, tout demeure incertain », résume un travailleur.

Des employé(e)s rencontrés sur place par le Vingt55, tout comme les dirigeants de l’entreprise, espèrent maintenant que l’administration municipale et le maire Jean-François Houle respecteront leurs engagements en matière de développement économique sans nuire aux entreprises déjà implantées dans le secteur.

« On nous parle souvent de développement industriel à Drummondville. Mais ce développement-là ne doit pas se faire au détriment des entreprises déjà présentes et en pleine croissance », conclut un employé rencontré par le Vingt55.

Les dirigeants soutiennent qu’il est encore possible pour la Ville de se désister avant le procès prévu en juin.

« Il n’est pas trop tard pour revenir sur cette décision. Nous, on veut travailler avec la Ville, pas contre elle. On veut continuer de créer des emplois ici et faire grandir une entreprise indépendante, familiale et québécoise à Drummondville », conclut Bryan Montcalm.

De son côté, invité à commenter la situation par le Vingt55, la direction de Drummond économique n’avait pas répondu à nos demandes au moment de publier.

Pour sa part, contacté par le Vingt55 et invité à commenter la situation, le Service des communications de la Ville de Drummondville a indiqué par courriel qu’il ne commenterait pas le dossier en raison des procédures judiciaires actuellement en cours.

« La Ville ne commentera pas ce dossier en raison des procédures judiciaires en cours », a indiqué Anne-Élisabeth Benjamin, conseillère en relations publiques au Service des communications de la Ville de Drummondville, en réponse aux questions du Vingt55.

« La Ville de Drummondville est devenue notre plus grande menace », dénoncent Martin et Bryan Montcalm @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Éric Beaupré
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