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Crise du logement : les ménages à faible revenu pourraient payer le prix des raccourcis prévient l’Ordre des urbanistes

Crise du logement : les ménages à faible revenu pourraient payer le prix des raccourcis prévient l’Ordre des urbanistes
L'Ordre des urbanistes s'inquiète des nouvelles orientations du gouvernement @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Drummondville / Centre-du-Québec

Alors que la crise du logement continue de faire pression sur les municipalités du Québec, l’Ordre des urbanistes du Québec lance un avertissement au gouvernement. Selon l’organisme, l’urgence de construire davantage de logements ne doit pas se faire au détriment de la planification urbaine. Une préoccupation qui trouve également écho dans plusieurs régions en croissance, dont Drummondville et le Centre-du-Québec, où les enjeux liés au développement résidentiel, aux infrastructures et à l’aménagement du territoire occupent une place grandissante.

L’Ordre des urbanistes du Québec exprime de vives réserves à l’égard de certaines récentes orientations annoncées par le gouvernement du Québec et le ministre des Affaires municipales, Samuel Poulin. L’organisme estime que les mesures visant à accélérer la construction de logements risquent d’affaiblir les mécanismes de planification urbaine et de détourner des programmes publics de leur mission initiale, notamment en matière de logement abordable.

L’Ordre critique particulièrement la décision de rendre permanent le pouvoir exceptionnel en habitation prévu dans le projet de loi 31. Mis en place dans un contexte de crise du logement afin de permettre aux municipalités d’accélérer certains projets, ce mécanisme devait à l’origine constituer une mesure temporaire.

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Selon les urbanistes, sa pérennisation risque toutefois de transformer une mesure d’exception en outil permanent permettant de contourner les plans et règlements d’urbanisme adoptés par les municipalités.

L’Ordre s’inquiète également de la volonté du gouvernement de réorienter le Programme de financement d’infrastructures en eau pour la réalisation d’habitations abordables (FIERH). Initialement conçu pour soutenir la création de logements locatifs hors marché, le programme pourrait désormais servir à soutenir des projets de propriété privée, notamment des maisons préfabriquées.

Pour l’organisme, cette orientation soulève plusieurs préoccupations. Outre le fait qu’elle détournerait des fonds publics destinés au logement abordable, elle pourrait favoriser l’étalement urbain en encourageant le développement résidentiel en périphérie des centres urbains. Une approche qui, selon l’Ordre, va à l’encontre des objectifs de la Politique nationale d’architecture et d’aménagement du territoire visant notamment à limiter l’expansion du territoire urbanisé et à optimiser les infrastructures existantes.

Des enjeux bien réels pour Drummondville et le Centre-du-Québec

Ces préoccupations trouvent un écho particulier dans des villes en pleine croissance comme Drummondville. Au cours des dernières années, la région a connu une forte pression sur le marché résidentiel, marquée par un faible taux d’inoccupation, une hausse soutenue des coûts de construction ainsi qu’une multiplication des projets domiciliaires.

Dans un contexte où plusieurs municipalités cherchent à répondre à la demande croissante en logements, les décisions prises aujourd’hui en matière d’aménagement pourraient avoir des répercussions importantes sur le développement futur des collectivités. Les enjeux touchent notamment la capacité des infrastructures municipales, la gestion des réseaux d’aqueduc et d’égouts, la mobilité, la protection des terres agricoles ainsi que les coûts assumés par les contribuables.

 

L’Ordre rappelle que la planification urbaine demeure essentielle afin d’assurer un développement cohérent, durable et équilibré du territoire. Il met également en garde contre les risques de pressions indues, de manque de transparence et d’iniquité entre promoteurs lorsque les dérogations deviennent plus fréquentes et que les mécanismes de planification sont affaiblis.

L’Ordre des urbanistes souligne également que le détournement de programmes initialement destinés au logement abordable pourrait réduire les ressources disponibles pour les ménages à faible revenu, alors que les besoins demeurent importants partout au Québec. Dans plusieurs régions, dont le Centre-du-Québec, les organismes communautaires et les acteurs du logement constatent déjà que de nombreuses familles peinent à trouver un logement correspondant à leur capacité de payer.

Selon l’organisme, les efforts visant à accélérer la construction de logements doivent s’inscrire dans une vision à long terme afin d’éviter de reproduire certaines erreurs d’aménagement dont les effets se font encore sentir dans plusieurs régions du Québec.

Le message est clair : si la crise du logement commande des actions rapides, elle ne doit pas servir de justification à l’affaiblissement des règles d’aménagement du territoire, puisque les décisions prises aujourd’hui façonneront les villes et les collectivités québécoises pour les décennies à venir.

Éric Beaupré
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