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Boissons énergisantes interdites aux moins de 16 ans : des commerçants drummondvillois soulèvent des questions sur l’application de la mesure

Boissons énergisantes interdites aux moins de 16 ans : des commerçants drummondvillois soulèvent des questions sur l’application de la mesure
Des commerçants drummondvillois s'interrogent sur l'application de l'interdiction au moins de 16 ans @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

DRUMMONDVILLE

Le gouvernement du Québec franchit une nouvelle étape dans la protection de la santé des jeunes en déposant un projet de loi qui interdirait la vente de boissons énergisantes aux personnes âgées de moins de 16 ans. Si l’objectif fait généralement consensus, certains commerçants drummondvillois s’interrogent toutefois sur l’efficacité réelle de la mesure et sur les défis liés à son application.

La ministre de la Santé et ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Sonia Bélanger, a présenté cette initiative jeudi à l’Assemblée nationale. Elle était accompagnée du ministre responsable de la Jeunesse, Mathieu Lévesque, ainsi que de représentants des partis d’opposition ayant participé aux travaux entourant le dossier.

Le projet de loi vise à limiter l’accès à ces produits chez les jeunes, alors que plusieurs experts en santé publique s’inquiètent depuis plusieurs années des effets associés à leur consommation. Selon les autorités de santé publique, les boissons énergisantes peuvent entraîner divers problèmes de santé, notamment des troubles cardiaques, des effets neurologiques, des perturbations du sommeil et, dans certains cas plus graves, des conséquences pouvant mener au décès.

La démarche découle notamment des recommandations formulées par un comité consultatif multidisciplinaire mandaté pour étudier les moyens de restreindre l’accès aux boissons énergisantes et de réduire leur attrait auprès des jeunes.

Rencontré par le Vingt55, un commerçant de Drummondville situé sur la rue Despins affirme comprendre l’objectif du projet de loi, tout en reconnaissant que son application pourrait représenter certains défis, particulièrement au cours des premiers mois.

Selon lui, les jeunes de moins de 16 ans qui achètent directement des boissons énergisantes ne constituent pas la majorité de la clientèle. « Souvent, les parents en ont déjà à la maison ou dans le réfrigérateur », souligne-t-il en entrevue au Vingt55.

Le principal enjeu, à son avis, concerne la vérification de l’âge. « Quelles pièces d’identité allons-nous demander? Tous les jeunes n’ont pas de permis de conduire. Une carte étudiante n’est pas toujours facile à valider et certains sont capables d’en imiter une sans que cela paraisse », fait-il valoir.

Le commerçant estime également que la mesure pourrait avoir une portée limitée puisque les boissons énergisantes demeurent accessibles par d’autres moyens. « Rien n’empêche un jeune de s’en procurer en ligne ou encore d’en obtenir par l’intermédiaire d’une autre personne », observe-t-il.

Malgré ces préoccupations, il considère que la nouvelle réglementation constitue un premier pas vers une meilleure sensibilisation aux risques associés à la consommation de boissons énergisantes chez les jeunes.

Concrètement, le projet de loi prévoit qu’il serait interdit de vendre des boissons énergisantes à toute personne âgée de moins de 16 ans.

Il deviendrait également interdit de vendre ces produits à une personne de 16 ans ou plus lorsqu’il est connu que l’achat est effectué pour une personne âgée de moins de 16 ans.

Le texte législatif propose aussi d’interdire à un jeune de moins de 16 ans d’acheter lui-même une boisson énergisante, que ce soit pour sa propre consommation ou pour celle d’une autre personne.

Selon la ministre Sonia Bélanger, cette mesure répond à une préoccupation croissante de santé publique. « Peu après mon arrivée comme ministre de la Santé, j’ai rencontré des parents dont le témoignage m’a profondément marquée. Je les remercie pour leur engagement afin de mieux protéger les jeunes et prévenir d’autres drames. Devant cet enjeu de santé publique grandissant et fort préoccupant, j’ai rapidement demandé que les travaux déjà amorcés soient élargis, mis sur pied une démarche transpartisane et j’en ai fait une priorité », a-t-elle déclaré.

La ministre souligne que les boissons énergisantes demeurent facilement accessibles aux jeunes malgré les risques reconnus associés à leur consommation.

« Avec ce projet de loi, nous posons un geste concret pour mieux protéger nos jeunes. Le Québec fait d’ailleurs preuve de leadership en devenant la première juridiction canadienne à proposer d’interdire la vente de boissons énergisantes aux personnes de moins de 16 ans », a-t-elle ajouté.

Le projet de loi établit également une définition des boissons énergisantes qui seraient visées par l’interdiction.

Ainsi, une boisson serait considérée comme énergisante lorsqu’elle contient au moins 150 milligrammes de caféine par litre et qu’elle renferme d’autres ingrédients tels que la taurine, des vitamines ou des minéraux.

Le gouvernement précise toutefois que le café, le thé et les produits de santé naturels réglementés au Canada ne seraient pas automatiquement considérés comme des boissons énergisantes.

Le projet de loi permettrait également au gouvernement d’adopter des règlements afin de préciser quels produits doivent être assimilés à des boissons énergisantes ou, au contraire, exclus de cette catégorie.

Selon les experts consultés par le gouvernement, les boissons énergisantes présentent des caractéristiques qui les distinguent des autres boissons contenant de la caféine.

Leur goût généralement sucré, l’absence d’amertume ainsi que leur consommation à froid favorisent une ingestion rapide et en grande quantité. Or, la quantité de caféine contenue dans une seule cannette peut parfois dépasser l’apport quotidien maximal recommandé pour les enfants et les adolescents.

Pour le ministre responsable de la Jeunesse, Mathieu Lévesque, cette intervention législative s’inscrit dans une volonté plus large de favoriser des environnements propices au développement des jeunes.

« Nos jeunes doivent pouvoir grandir dans des environnements qui soutiennent leur bien-être et leur développement. Avec ce projet de loi, nous posons un geste concret qui traduit la vision de notre gouvernement, soit de placer leur santé au cœur de nos priorités », a-t-il affirmé.

Si elle est adoptée, la nouvelle loi viendra s’ajouter aux différentes initiatives de sensibilisation déjà déployées par le gouvernement et les autorités de santé publique afin de mieux faire connaître les risques associés à la consommation de boissons énergisantes chez les jeunes Québécois.

Éric Beaupré
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