DRUMMONDVILLE
Le 19 juin marque le cinquième anniversaire de la publication du projet de réglementation qui devait limiter les saveurs dans les cigarettes électroniques, un dossier qui, selon les groupes de santé, a traversé cinq ministres de la Santé sans jamais être mené à terme.
Comme a pu le constater le Vingt55, à Drummondville, comme dans de nombreuses municipalités du Québec et du Canada, les jeunes continuent d’avoir accès sans grande difficulté à une vaste gamme de produits de vapotage aromatisés.
Malgré les restrictions déjà en place dans certaines provinces, des cigarettes électroniques aux saveurs fruitées, sucrées, mentholées ou inspirées de boissons populaires demeurent facilement accessibles sur le marché. Une réalité que dénoncent depuis plusieurs années les organismes de santé publique, qui estiment que ces saveurs jouent un rôle important dans l’initiation et le maintien de la dépendance à la nicotine chez les adolescents.
Selon les données citées par les organismes, plus de 60 000 jeunes Canadiens auraient commencé à vapoter depuis l’élection du gouvernement Carney en avril 2025.
« Cela fait cinq longues années, cinq ministres de la Santé et cinq promesses non tenues », déplore Les Hagen, directeur général d’ASH Canada. « Nous attendons toujours que le gouvernement fédéral protège enfin les jeunes Canadiens contre les produits de vapotage aromatisés. Les fabricants de tabac et de produits de vapotage sont en train de gagner la bataille pour s’emparer du cœur, du cerveau et des poumons des adolescents et des jeunes adultes. »
Selon lui, les grandes entreprises du tabac et du vapotage ont jusqu’à présent réussi à freiner l’adoption de mesures efficaces pour protéger les jeunes contre des produits qu’il qualifie d’addictifs et nocifs.
Même son de cloche du côté de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac.
« Compte tenu des échecs répétés de cinq ministres de la Santé consécutifs, nous appelons le premier ministre Mark Carney à intervenir dans ce dossier et à offrir aux jeunes Canadiens la protection qu’ils méritent », affirme Flory Doucas, codirectrice et porte-parole de l’organisme.
« Nous exhortons le premier ministre à tenir tête aux fabricants de tabac et de produits de vapotage — comme son parti s’est engagé à le faire lors des dernières élections — et donner à tous les adolescents et jeunes adultes canadiens une véritable chance de rester à l’abri de la nicotine. Une protection retardée équivaut à une protection refusée », ajoute-t-elle.
Les groupes rappellent le passé de Carney
Les organismes soulignent que Mark Carney a siégé au conseil d’administration de Bloomberg Philanthropies, l’une des plus importantes fondations œuvrant en santé publique dans le monde, de 2020 à janvier 2025.
Cette fondation milite depuis plusieurs années en faveur de l’interdiction des produits de vapotage aromatisés.
« Nous espérons que le premier ministre tirera les leçons de son expérience au sein de Bloomberg Philanthropies et des actions de cette dernière à l’échelle mondiale visant à protéger les enfants et les jeunes contre les fabricants de produits du tabac et de vapotage », soutient Cynthia Callard, porte-parole des Médecins pour un Canada sans fumée.
« La fondation exhorte tous les gouvernements à interdire les cigarettes électroniques aromatisées et à prendre des mesures supplémentaires pour éloigner les jeunes de la nicotine et du tabac », poursuit-elle.
Un engagement électoral rappelé
Les groupes de santé rappellent également que le Parti libéral du Canada s’était engagé lors de la campagne électorale fédérale de 2025 à « prendre des mesures vigoureuses pour freiner le vapotage chez les jeunes en tenant tête à l’industrie du tabac et de la nicotine », notamment par l’imposition de restrictions sur les produits aromatisés.
Ils soulignent toutefois que depuis cette promesse, le Globe and Mail a révélé l’existence d’un lien entre un fabricant de tabac et le cabinet du premier ministre. Les organismes mentionnent notamment Philip Morris, qui commercialise au Canada les produits de vapotage aromatisés de la marque VEEV.
« L’affaire du vaccin de Philip Morris montre que le gouvernement canadien n’est pas à l’abri des ingérences de l’industrie du tabac », affirme M. Hagen.
« Nous espérons que des leçons ont été tirées et que la santé des jeunes Canadiens ne sera pas sacrifiée au profit des intérêts commerciaux d’une industrie sans scrupules et de ses campagnes de marketing prédatrices », ajoute-t-il.
Les provinces favorables à une interdiction nationale
Les organismes citent également une note interne de Santé Canada datée de décembre 2024 selon laquelle les provinces et territoires appuient généralement les restrictions fédérales proposées.
Selon cette note, aucune province ni aucun territoire n’aurait exprimé de préoccupation à l’égard de la réglementation envisagée. Certains gouvernements auraient même recommandé d’inclure également les produits aromatisés à la menthe.
Le Conseil des médecins hygiénistes en chef du Canada a lui aussi indiqué, en janvier 2025, qu’une intervention fédérale demeurait préférable afin d’assurer une cohérence réglementaire à l’échelle du pays.
À ce jour, le Québec, l’Île-du-Prince-Édouard, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut ont déjà interdit la vente de saveurs dans les produits de vapotage, à l’exception des saveurs de tabac.
Toutefois, plusieurs signalements font état de commerces qui continuent de vendre ou d’expédier des produits non conformes dans ces juridictions.
Les groupes de santé estiment d’ailleurs que cet argument ne devrait pas servir à retarder davantage la réglementation fédérale.
« Une interdiction fédérale est justement nécessaire pour contrer le non-respect des interdictions provinciales », soutiennent-ils.
Sept Canadiens sur dix favorables
Selon les organismes, les sondages réalisés partout au pays démontrent qu’environ 70 % de la population appuie une interdiction des saveurs dans les produits de vapotage.
« Les parents, les enseignants et les autorités sanitaires de tout le Canada constatent chaque jour les méfaits du vapotage et de la dépendance à la nicotine », conclut Cynthia Callard.
« Ils tirent la sonnette d’alarme depuis des années. Le premier ministre doit se faire le champion de cette réglementation afin de protéger les jeunes Canadiens de toutes les provinces contre l’attrait des cigarettes électroniques aromatisées. »







