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Une patiente meurt d’une hémorragie après une chirurgie à Drummondville : le coroner Samson pointe une faille de communication

Une patiente meurt d’une hémorragie après une chirurgie à Drummondville : le coroner Samson pointe une faille de communication
Une patiente meurt d’une hémorragie après une chirurgie à Drummondville @ Crédit photo archive Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

DRUMMONDVILLE

Le décès d’une femme de 77 ans, survenu le 9 février 2026 à l’Hôpital Sainte-Croix de Drummondville, à la suite d’une importante hémorragie onze jours après une chirurgie des sinus, amène le coroner Dr Arnaud Samson à recommander une révision de sa prise en charge médicale. Son investigation a notamment mis en lumière une lacune dans la chaîne de communication entourant la gestion d’un médicament qui devait être interrompu avant l’intervention chirurgicale, mais dont la prise s’est finalement poursuivie.

Dans son rapport d’investigation, obtenu par le Vingt55, le coroner Samson conclut que la dame est décédée « d’un choc hémorragique consécutif à une hémorragie tardive du site opératoire », survenue après une polypectomie endoscopique des sinus.

Le rapport précise toutefois que la prise continue du Clopidogrel, un médicament qui réduit la capacité des plaquettes à former des caillots, a pu contribuer à accroître le risque hémorragique, sans que ce lien puisse être objectivé de façon définitive.

Une chirurgie élective suivie d’une hémorragie mortelle

Selon le rapport du coroner, la patiente avait subi, le 29 janvier 2026, une polypectomie endoscopique des sinus, une intervention chirurgicale pratiquée par voie nasale afin de retirer des polypes. Durant l’intervention, le chirurgien ORL avait observé un saignement légèrement supérieur à la normale. Une visite de contrôle effectuée le 4 février n’avait toutefois révélé aucune anomalie.

Dans la nuit du 9 février, onze jours après l’opération, la femme s’est présentée à 0 h 36 à l’urgence de l’Hôpital Sainte-Croix, sur pied et accompagnée d’un proche, en raison d’un important saignement de nez.

Quelques minutes seulement après son arrivée, son état s’est rapidement détérioré. Elle a subi un arrêt respiratoire, puis un arrêt cardiaque, attribués à un choc hémorragique. Malgré les manœuvres de réanimation, son décès a été constaté à 1 h 09.

L’autopsie a notamment révélé une importante présence de sang dans l’estomac et le début de l’intestin grêle ainsi que des vomissures dans les voies respiratoires. Une maladie cardiaque athérosclérotique et un infarctus aigu du myocarde datant de moins de six à douze heures ont également été constatés. Selon le pathologiste cité dans le rapport, l’obstruction importante d’une artère coronaire a pu contribuer secondairement au décès en réduisant davantage l’apport sanguin au cœur, déjà fragilisé par la perte de sang.

Le coroner Samson retient néanmoins le choc hémorragique survenu dans le contexte postopératoire comme la cause la plus probable du décès.

Un médicament qui devait être cessé avant la chirurgie

L’investigation du coroner s’attarde particulièrement à la gestion du Clopidogrel, également connu sous le nom de Plavix, que la patiente prenait depuis 2017 afin de prévenir un nouvel accident vasculaire cérébral.

Lors d’une consultation préopératoire tenue en novembre 2025, un interniste avait recommandé que ce médicament soit cessé trois jours avant la chirurgie, conformément à la demande du chirurgien, puis repris trois jours après l’intervention, sauf indication contraire.

Or, l’investigation a établi que le Clopidogrel n’a finalement jamais été interrompu.

La recommandation de l’interniste avait bien été émise, transmise à l’ORL et inscrite sur la requête opératoire, mais elle n’est jamais parvenue à la pharmacie qui préparait la médication de la patiente sous forme de dosette.

Le pharmacien consulté dans le cadre de l’investigation a confirmé n’avoir reçu aucune communication ni demande visant à interrompre le médicament. La dosette n’a donc jamais été modifiée et la patiente a continué à prendre son Clopidogrel jusqu’au jour de la chirurgie et par la suite.

Le jour de l’intervention, le personnel infirmier et le chirurgien rapportent toutefois avoir vérifié verbalement la situation auprès de la patiente. Celle-ci aurait indiqué ne pas avoir pris son Plavix depuis le 25 janvier. Ces vérifications verbales n’ont pas permis de constater que sa dosette n’avait jamais été modifiée et qu’elle avait, dans les faits, poursuivi sa médication.

Le rapport souligne par ailleurs que les lignes directrices citées par le coroner prévoient généralement une interruption minimale de cinq jours du Clopidogrel avant une chirurgie élective, certaines recommandations allant jusqu’à sept jours selon le risque hémorragique.

Le coroner souligne également que l’hémorragie mortelle est survenue onze jours après la chirurgie, soit dans une période reconnue comme étant à risque de saignements tardifs à la suite d’une chirurgie endoscopique des sinus.

Selon la littérature scientifique citée dans le rapport, 76,6 % des épisodes d’épistaxis tardive recensés dans une étude sont survenus entre le 6e et le 20e jour suivant l’intervention.

Dans ce contexte, le coroner estime que la présence continue d’un médicament antiagrégant plaquettaire au moment de la cicatrisation « peut constituer un facteur prédisposant » à l’hémorragie ayant mené au décès.

Dans sa synthèse, le Dr Samson demeure toutefois prudent quant au lien de causalité. Il conclut que la poursuite du Clopidogrel « a pu contribuer, sans qu’on puisse l’objectiver, à accroître le risque hémorragique » entourant l’hémorragie postopératoire tardive.

Le coroner recommande une révision du dossier

À la lumière de son investigation, le coroner Arnaud Samson formule une recommandation à Santé Québec Mauricie-et-Centre-du-Québec/ Universitaire, dont fait partie l’Hôpital Sainte-Croix.

Il demande à l’établissement de procéder à une révision du dossier de la patiente concernant sa prise en charge entre novembre 2025 et février 2026.

Cette révision devra permettre de s’assurer que les soins prodigués respectaient les plus hauts standards de qualité, mais également d’identifier les facteurs ayant contribué au bris de communication entourant la gestion périopératoire de sa médication.

Le coroner recommande enfin que des mesures correctives soient mises en place, si nécessaire, afin d’améliorer la prise en charge des patients qui pourraient se retrouver dans des circonstances similaires.

Le rapport ne conclut pas formellement que la prise continue du Clopidogrel est la cause directe du décès. Il établit toutefois qu’une consigne médicale visant son interruption n’a jamais été transmise à la pharmacie et que la patiente a continué à prendre le médicament. C’est cette faille dans la chaîne de communication, mise en parallèle avec l’hémorragie postopératoire mortelle, qui conduit aujourd’hui le coroner à demander une révision du dossier et, au besoin, la mise en place de correctifs pour éviter qu’une situation semblable ne se reproduise.

Éric Beaupré
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