DRUMMONDVILLE
Ils auraient pu se contenter de remettre un travail de session à leur enseignante. Ils ont plutôt choisi d’aller sur le terrain. Pendant plusieurs semaines, six étudiants finissants en Techniques policières du Collège Ellis ont transformé leur projet scolaire en une véritable démarche de prévention visant à sensibiliser la population aux dangers de la distraction au volant.
Marianne Bérubé, Jose Luis Gomez Dominguez, Jacob Fournier, William Lafleur, Cédric Rémillard et Edward Vigneault ont multiplié les recherches, analysé les plus récentes données sur la distraction au volant, rencontré des spécialistes, des procureurs ainsi que le coroner Yvon Garneau, tout en élaborant une campagne de sensibilisation destinée principalement aux jeunes conducteurs. Leur projet, intitulé « Stratégie d’intervention : répressives, préventives et communautaires », dépasse largement le cadre d’un exercice académique.
Au-delà du rapport remis dans le cadre de leur formation, les étudiants ont conçu une véritable stratégie de prévention. Leur démarche les a amenés à rencontrer des intervenants directement confrontés aux conséquences de la distraction au volant, à approfondir leurs connaissances sur les enjeux juridiques et humains du phénomène et à présenter des conférences auprès d’élèves du secondaire afin d’encourager une réflexion sur un comportement encore trop souvent banalisé.
Leur conclusion est sans équivoque, malgré les campagnes de sensibilisation, les sanctions prévues au Code de la sécurité routière et les nombreuses tragédies rapportées chaque année, l’utilisation du téléphone au volant demeure un comportement largement répandu. Pourtant, quelques secondes d’inattention suffisent parfois à bouleverser une vie.
Comprendre avant d’intervenir
Pour Jacob Fournier, le choix du sujet s’est rapidement imposé « C’était surtout le téléphone au volant qui nous intéressait. Plus on avançait dans nos recherches, plus on réalisait à quel point le phénomène est banalisé », explique-t-il au Vingt55.
Rapidement, les étudiants ont compris qu’ils ne souhaitaient pas produire un simple document de recherche. Leur objectif était de provoquer une réflexion et de rejoindre directement les conducteurs, particulièrement les plus jeunes.
Ils ont ainsi lancé la campagne « Un texto de trop », diffusée sur les réseaux sociaux afin de rappeler les risques associés à la distraction au volant. Leur démarche s’est également poursuivie dans les écoles secondaires, notamment au Collège Saint-Hilaire, où ils ont rencontré des élèves appelés à devenir les conducteurs de demain.
Pour les étudiants, la prévention demeure l’un des moyens les plus efficaces de changer durablement les comportements.

En entrevue au Vingt55 le coroner Yvon Garneau, reconnu pour son expertise et recommandations en matière de sécurité routière @ Crédit photo Eric Beaupré Vingt55. Tous droits réservés
Une démarche enrichie par des rencontres de terrain
Afin de mieux comprendre les conséquences réelles de la distraction au volant, les étudiants ont choisi d’aller à la rencontre de professionnels qui côtoient quotidiennement les victimes et leurs proches.
Parmi eux figure le coroner Yvon Garneau, reconnu pour son expertise et recommandations en matière de sécurité routière.
Cette rencontre a marqué les étudiants. Le coroner leur a rappelé qu’au-delà des statistiques se trouvent toujours des familles, des proches et des vies bouleversées. Quelques secondes d’inattention peuvent suffire à transformer un simple déplacement en drame.
En entrevue avec le Vingt55, le coroner Yvon Garneau a souligné la qualité du travail réalisé par les futurs policiers. Selon lui, leur démarche ne se limite pas à une simple recherche académique, mais constitue une analyse complète et réfléchie d’un enjeu majeur de sécurité publique. Il estime que les constats et les recommandations formulés par les étudiants rejoignent plusieurs observations établies au fil de ses enquêtes et s’inscrivent dans la continuité des recommandations déjà formulées par le Bureau du coroner afin de réduire les collisions attribuables à la distraction au volant.
Le groupe a également rencontré deux procureurs du Directeur des poursuites criminelles et pénales afin de mieux comprendre les conséquences juridiques des infractions liées à l’utilisation du téléphone au volant et les poursuites qui peuvent en découler.
Des conséquences encore jugées insuffisamment dissuasives
Au fil de leurs recherches, les étudiants sont arrivés à un constat qui revient à plusieurs reprises dans leur travail : les sanctions actuelles ne suffisent pas toujours à modifier les comportements.
« Je pense que les conséquences ne sont pas encore assez lourdes pour provoquer un véritable changement », estime Jacob Fournier.
Selon lui, plusieurs conducteurs continuent d’utiliser leur téléphone malgré les risques bien connus et les campagnes de sensibilisation qui se succèdent depuis plusieurs années.
Les étudiants soulignent également que l’évolution des technologies embarquées contribue à multiplier les sources potentielles de distraction. Les écrans tactiles, les systèmes multimédias et certaines applications intégrées aux véhicules rendent parfois plus difficile le maintien de l’attention sur la route.
Leur recherche rappelle également que les jeunes âgés de 18 à 24 ans figurent parmi les groupes les plus susceptibles d’utiliser leur téléphone au volant, notamment en raison de leur utilisation quotidienne des technologies numériques. Ils mettent également en lumière les conséquences physiques, psychologiques, sociales et économiques que peuvent entraîner ces collisions, tant pour les victimes que pour leurs proches.
Pour les futurs policiers, la solution ne repose pas uniquement sur l’application de sanctions plus sévères.
Ils estiment que la prévention, l’éducation et la sensibilisation doivent demeurer au cœur des stratégies de lutte contre la distraction au volant.
Leur campagne ne vise pas uniquement à rappeler les amendes ou les points d’inaptitude prévus par la loi. Elle cherche surtout à faire comprendre qu’un simple regard vers un téléphone peut avoir des conséquences irréversibles.
Selon eux, les gouvernements, les corps policiers, les établissements d’enseignement, les médias et l’ensemble de la société ont tous un rôle à jouer afin de réduire la banalisation de ce comportement.
Pour ces nouveaux diplômés en Techniques policières, cette expérience aura surtout permis de comprendre qu’avant même d’intervenir sur les lieux d’une collision, il est possible d’agir en amont afin d’éviter qu’un drame ne survienne.
C’est sans doute la principale leçon de leur projet ,derrière chaque téléphone consulté au volant se cache un risque bien réel. Quelques secondes d’inattention peuvent suffire à changer une vie… ou à y mettre fin.







