DRUMMONDVILLE
Le marché locatif de Drummondville a connu une importante progression des loyers au cours des dernières années. En 2025, le loyer moyen d’un logement de deux chambres a atteint 1 045 $, une hausse de 17,7 % en un an. Construction plus coûteuse, faible taux d’inoccupation et croissance de la demande figurent parmi les facteurs qui exercent une pression sur le marché. Pour certains ménages rencontrés par le Vingt55, l’augmentation du coût du logement, combinée à celle des dépenses courantes, fragilise maintenant sérieusement le budget familial.
loger à prix raisonnable est devenu plus difficile à Drummondville, et les données des dernières années témoignent d’une transformation rapide du marché.
La disponibilité demeure également limitée. Le taux d’inoccupation du marché locatif primaire était de 1,8 % en 2025 dans la région métropolitaine de Drummondville et de 1,5 % pour les logements de deux chambres. Données de la SCHL sur le marché locatif
La rareté des logements abordable disponibles constitue l’un des facteurs exerçant une pression sur les prix. À cela s’ajoutent les coûts de construction, d’entretien et de financement auxquels doivent composer les propriétaires et les promoteurs.
Les coûts de construction résidentielle ont fortement progressé au cours des dernières années. Matériaux, main-d’œuvre spécialisée et différentes composantes mécaniques des bâtiments coûtent davantage, ce qui influence nécessairement le coût des nouveaux projets et, ultimement, les loyers demandés.
La construction de nouvelles unités permet d’augmenter l’offre, mais ces logements arrivent généralement sur le marché à des prix supérieurs à ceux d’immeubles construits depuis plusieurs décennies.
De 550 $ à plus de 1 500 $
En décembre dernier, le Vingt55 rapportait le cas d’un père monoparental qui payait environ 550 $ par mois pour son logement de la 11e Avenue.
À la suite de la vente de l’immeuble, il affirmait avoir reçu une première offre de 5 000 $ pour quitter volontairement son logement. Après avoir initialement refusé, il avait finalement accepté une indemnité de 8 000 $.
Selon son témoignage, son ancien logement aurait ensuite été offert à plus de 1 500 $ par mois, soit près de trois fois son ancien loyer.
Ce cas ne peut évidemment pas être généralisé à l’ensemble du marché immobilier, mais il illustre l’écart qui peut exister entre certains anciens loyers et les prix demandés lorsqu’un logement revient sur le marché.
Des propriétaires également confrontés à des contraintes
Les propriétaires doivent pour leur part composer avec l’augmentation de plusieurs dépenses, notamment les assurances, les taxes, les travaux d’entretien et les coûts de financement.
Au Québec, la loi encadre également les sommes pouvant être exigées au moment de la signature d’un bail. Un propriétaire ne peut exiger plus d’un mois de loyer d’avance ni imposer un dépôt de garantie pour couvrir d’éventuels dommages au logement. Règles du Tribunal administratif du logement
Le marché doit ainsi composer avec des réalités différentes : des propriétaires confrontés à une hausse de leurs dépenses et des locataires dont la capacité financière ne progresse pas nécessairement au même rythme que les loyers.
Des ménages qui peinent à suivre, cette pression se fait sentir chez certains nouveaux arrivants à Drummondville.
Un jeune couple, Karine et Martin, parents d’un enfant de 4 ans, rencontré cette semaine par le Vingt55, explique avoir récemment quitté la couronne nord de Montréal pour s’installer à Drummondville, notamment dans l’espoir d’y trouver un logement à un coût plus accessible.
Une fois le loyer, l’épicerie, le transport et les autres dépenses essentielles payés, le couple affirme toutefois éprouver des difficultés à joindre les deux bouts. Il doit maintenant avoir recours à certaines ressources communautaires, notamment pour l’aide alimentaire.
Leur situation illustre une autre dimension de la crise actuelle : avoir un logement ne signifie pas nécessairement être à l’abri de la précarité.
À l’autre extrémité se trouvent ceux qui n’arrivent plus à maintenir un logement.
Deux personnes en situation d’itinérance rencontrées par le Vingt55 cette semaine expliquent compter sur plusieurs ressources offertes à Drummondville pour répondre à leurs besoins quotidiens.
Leurs parcours font intervenir plusieurs facteurs qui dépassent la seule question du logement : difficultés financières, problèmes de consommation, obstacles à l’emploi et situations personnelles complexes.
Elles témoignent également d’une certaine solidarité entre les personnes qui fréquentent les différentes ressources.
« On arrive à nous soutenir, à nous encourager et à nous aider les uns les autres », explique l’une d’elles.
Les organismes communautaires deviennent alors une partie importante du filet social, qu’il s’agisse de nourriture, d’hébergement temporaire ou d’accompagnement.
La Drummondvilloise de 72 ans va plus loin dans sa réflexion. Aux prises avec des problèmes de santé et devant l’augmentation constante de ses dépenses, elle soulève une question difficile « Est-ce que l’aide médicale à mourir, pour un problème de santé reconnu, ne deviendra pas un jour la seule solution pour avoir une fin de vie décente plutôt que de ce retrouver à la rue? », demande-t-elle.
Par cette réflexion, elle dit surtout vouloir attirer l’attention sur la vulnérabilité financière de certains aînés. Elle plaide pour un meilleur soutien, davantage de sécurité financière et surtout une diminution ou un meilleur contrôle du coût des loyers, afin que les personnes âgées puissent conserver leur autonomie.
La résidente affirme payer actuellement environ 1 800 $ par mois pour un studio dans une RPA du Centre ville de Drummondville, repas compris.
« Je me permets de dire qu’à ce prix-là, je ne mange pas du filet mignon ni des repas très élaborés », souligne-t-elle.
Ayant elle-même travaillé comme intervenante sociale pendant une grande partie de sa vie, elle affirme avoir été aux premières loges de l’évolution des besoins et des différentes crises sociales. À ses yeux, les difficultés vécues actuellement étaient prévisibles, mais les dernières années ont représenté « le coup de grâce » pour certains aînés dont la situation financière était déjà fragile.
Elle constate également que cette pression se transporte maintenant vers les familles. Des enfants doivent aider financièrement leurs parents alors qu’ils doivent eux-mêmes assumer leur logement, l’épicerie et les dépenses de leur propre famille.
« Nos enfants doivent maintenant pallier le manque à gagner alors qu’ils peinent parfois eux-mêmes à subvenir aux besoins de leur famille », ajoute la Drummondvilloise.
Pour elle, l’enjeu dépasse donc largement le prix d’un logement*, il s’agit de permettre aux personnes âgées de conserver leur autonomie et de vieillir dignement sans devoir choisir entre couper dans leurs besoins essentiels, dépendre financièrement de leurs enfants ou perdre leur milieu de vie.
Comme la constaté le Vignt55 la situation du logement à Drummondville ne peut donc être attribuée à une seule cause. La croissance de la population, la rareté des logements, les coûts de construction et d’exploitation ainsi que l’évolution du marché immobilier contribuent, à différents degrés, à la situation actuelle.
Les chiffres demeurent néanmoins révélateurs, un loyer moyen de 1 045 $ pour un deux chambres en 2025, une hausse annuelle de 17,7 % et un taux d’inoccupation de seulement 1,8 %.
Dans ce contexte, l’enjeu pour Drummondville ne consiste plus seulement à construire davantage de logements, mais également à maintenir une offre pouvant répondre aux capacités financières des différents ménages qui choisissent d’y vivre.






