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Avenir de Sanair : le milieu du sport automobile se mobilise, Bertrand Godin réclame une protection patrimoniale

Avenir de Sanair : le milieu du sport automobile se mobilise, Bertrand Godin réclame une protection patrimoniale
L’avenir de Sanair continue de susciter une importante mobilisation dans le milieu du sport automobile @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Saint-Pie

L’avenir de Sanair continue de susciter une importante mobilisation dans le milieu du sport automobile québécois. Cette mobilisation franchit maintenant une nouvelle étape, le pilote automobile et expert en sécurité routière Bertrand Godin demande au ministre de la Culture et des Communications du Québec d’accorder une protection patrimoniale au complexe.

L’avenir de Sanair continue de susciter une importante mobilisation dans le milieu du sport automobile @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Comme le rapportait récemment le Vingt55 à la suite de l’annonce de la Ville de Saint-Pie concernant ses intentions pour le secteur de Sanair, l’avenir du complexe automobile mobilise Pilotes, gens d’affaires, utilisateurs de la piste et amateurs de sport motorisé multiplient les interventions pour défendre ce lieu intimement lié à l’histoire de la course automobile au Québec.

La mobilisation survient alors que la Ville de Saint-Pie a entrepris une démarche visant les terrains occupés par le complexe Sanair, en les plaçant sous une réserve pour fins publiques. Cette mesure temporaire permet notamment à la municipalité de préserver ses options en vue d’une éventuelle acquisition ou expropriation, sans toutefois signifier qu’une expropriation est actuellement décidée. <

Depuis que les intentions entourant le développement futur du secteur ont été rendues publiques, plusieurs voix se sont élevées pour demander que l’importance historique et sportive de Sanair soit prise en considération avant que des décisions irréversibles soient prises.

Comme la constaté le Vingt55 de nombreux amateur de course automobile tout comme des pilotes qui utilisent régulièrement le quart de mille, des habitués des différentes pistes, des passionnés et des gens d’affaires ont notamment manifesté leur volonté de voir les activités se poursuivre.

Parmi eux, l’homme d’affaires drummondvillois Laurent L. Proulx a clairement manifesté son appui au maintien du complexe et de ses installations. Des habitués de Sanair ont également fait connaître leur position, rappelant l’importance que représente toujours le site pour la communauté du sport motorisé. Son message aux passionnés est plutôt de se présenter, de faire du bruit et de défendre Sanair, mais de le faire dans le respect et par le dialogue. Le Drummondvillois Laurent Proulx joint sa voix à celle de Dany « Babu » Bernier pour défendre l’importance de préserver Sanair, tout en appelant les passionnés à se mobiliser de façon respectueuse et dans les règles.

Un accident avait notamment coûté la vie au Drummondvillois Sébastien Hamel, âgé de 35 ans, alors qu’il participait à une activité sur la piste d’accélération. La mère du Drummondvillois avait pour sa part déploré le manque d’encadrement sur la piste. « Mon fils n’aurait jamais dû se retrouver sur la piste », avait-elle soutenu en entrevue avec le Vingt55. Elle n’appelait toutefois pas à la fermeture du circuit, mais plutôt à un meilleur encadrement des pilotes et des véhicules afin d’éviter d’autres drames.

Un autre décès, celui du motocycliste Jonathan Lauzière, avait également soulevé des questions concernant la sécurité des installations. Dans ses conclusions, le coroner Donald Nicole avait notamment recommandé la mise en place d’un programme d’entretien préventif du circuit, en insistant sur l’importance de corriger l’état de la chaussée.

À la suite des conclusions du coroner, Pascal Bastien, responsable de la piste du complexe Sanair et témoin de l’accident, avait réagi en entrevue avec le Vingt55, se montrant sensible aux recommandations formulées et apportant certaines précisions sur les mesures de sécurité. Il avait également rappelé que, selon les circonstances observées, une erreur de pilotage pouvait vraisemblablement avoir contribué à l’accident, malgré l’expérience du motocycliste.

Ces événements avaient ainsi relancé le débat sur l’encadrement, l’entretien et la sécurité à Sanair, sans nécessairement remettre en question l’existence même du complexe.

Le pilote Bertrand Godin et spécialiste des circuits et pistes de courses interpelle directement Québec sur l’avenir de Sanair @ Crédit photo SG photo sport. Tous droits réservés

Bertrand Godin interpelle directement Québec, cette mobilisation prend maintenant une dimension politique et patrimoniale.

Le pilote automobile et expert en sécurité routière Bertrand Godin vient d’adresser une lettre au ministre de la Culture et des Communications afin de demander que le complexe motorisé Sanair soit reconnu et protégé en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel.

Professionnel du sport automobile depuis près de 40 ans, Godin explique avoir très bien connu le fondateur de Sanair, Jacques Guertin. Selon lui, l’objectif initial de Guertin allait bien au-delà de l’organisation de courses : il souhaitait notamment offrir aux amateurs de vitesse un endroit encadré et sécuritaire où pratiquer leur passion.

Dans sa lettre, Bertrand Godin estime que les incertitudes entourant actuellement le site et les pressions liées à son éventuel développement justifient une intervention rapide « Face aux incertitudes qui prévalent actuellement sur l’emplacement et devant les pressions de développement qui mettent en danger la pérennité de ce complexe emblématique, il est impératif que nous prenions des mesures pour protéger ce témoin clé de notre histoire sportive », écrit-il au ministre.

Un site intimement lié à l’histoire du sport automobile

Pour appuyer sa demande, Godin rappelle que Sanair ne représente pas simplement une piste asphaltée.

Inauguré au début des années 1970 par Jacques Guertin, le complexe a accueilli au fil des décennies des compétitions d’envergure et plusieurs disciplines du sport motorisé. Son histoire est notamment associée à la NHRA, au Trans-Am, à la Can-Am et à l’IndyCar, en plus des nombreuses compétitions québécoises et canadiennes qui y ont été présentées.

Dans sa lettre, Bertrand Godin rappelle notamment le passage de Gilles Villeneuve, qui y a remporté son premier titre en Formule Ford en 1973, de Jean-Paul Cabana, de John Force, qui y aurait signé sa première victoire en NHRA en 1987, ainsi que de Claude Leclerc, vainqueur d’une épreuve internationale de NASCAR North à Sanair en 1984. Godin rappelle également le rôle joué par le journaliste automobile Jacques Duval, qui a largement contribué à faire connaître les compétitions présentées à Sanair auprès du public québécois.

« Le patrimoine ne se cantonne pas aux églises et aux maisons seigneuriales »

C’est toutefois sur la notion même de patrimoine que Bertrand Godin souhaite provoquer une réflexion. Pour lui, la protection du patrimoine québécois devrait également englober certains lieux associés à la culture populaire, au développement technologique et à l’histoire sportive. « Il est essentiel de comprendre que le patrimoine ne se cantonne pas aux églises et aux maisons seigneuriales. Il vit également dans les endroits dédiés à la mémoire collective, aux loisirs et à l’identité ouvrière et technique », soutient-il.

Sanair représenterait ainsi, selon lui, un témoin d’une période particulièrement importante du développement du sport automobile au Québec, mais également un lieu de rencontre entre plusieurs générations de passionnés.

Pas seulement une piste de course

Bertrand Godin ajoute un autre argument à sa démarche la sécurité routière. Encore aujourd’hui, Sanair permet aux amateurs de performance automobile de pratiquer leur passion dans un environnement contrôlé, notamment lors d’activités de drags de rue, de lapping ou de drift.

Selon Bertrand Godin, maintenir ce type d’installation constitue également une façon d’offrir une solution encadrée aux conducteurs qui souhaitent tester leurs véhicules plutôt que de le faire sur les routes publiques.

Le complexe possède également une vocation de formation moins connue du grand public.

Selon les informations avancées dans sa lettre, des corps policiers, dont la Sûreté du Québec, ainsi que différents services de police municipaux utilisent les installations pour des formations liées à la conduite d’urgence. Le Cégep de Saint-Hyacinthe louerait également les pistes afin de permettre à de futurs paramédics de se familiariser avec la conduite sécuritaire de véhicules ambulanciers. Des écoles spécialisées y offrent par ailleurs des formations, notamment en conduite hivernale.

Une mobilisation qui dépasse maintenant les amateurs de course

La démarche de Bertrand Godin vient ainsi ajouter une nouvelle dimension au débat entourant Sanair. Depuis les premières inquiétudes concernant l’avenir du complexe, le Vingt55 a constaté une mobilisation croissante du milieu du sport automobile.

Des utilisateurs du quart de mille aux pilotes fréquentant les autres circuits, en passant par des gens d’affaires et de nombreux amateurs, plusieurs demandent maintenant que l’histoire et la vocation particulière de Sanair soient considérées dans les décisions qui seront prises concernant l’avenir du site.

Pour « Je vous implore de prendre des mesures immédiates, avant qu’il ne soit trop tard. En protégeant Sanair, vous posez un geste fort pour la diversité de notre mémoire collective », conclut Bertrand Godin dans sa lettre au ministre.

La demande ne signifie toutefois pas que Sanair bénéficie actuellement d’un statut patrimonial. Il s’agit d’une démarche réclamée par Bertrand Godin auprès du gouvernement du Québec, qui devra déterminer les suites qu’il entend lui donner.

Pour les défenseurs du complexe, l’enjeu dépasse désormais la seule question de savoir si des voitures continueront d’y prendre le départ. Ils souhaitent faire reconnaître Sanair comme un témoin d’une époque, d’une culture sportive et d’une histoire automobile qui, depuis plus d’un demi-siècle, dépasse largement les frontières de Saint-Pie.

L’avenir de Sanair continue de susciter une importante mobilisation dans le milieu du sport automobile @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Éric Beaupré
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