DRUMMONDVILLE
Comme le rapportait le Vingt55 samedi, la nouvelle offensive tarifaire américaine fait craindre des répercussions importantes dans une région où le secteur manufacturier occupe une place considérable. La Mauricie et le Centre-du-Québec comptent près de 1 200 entreprises manufacturières et plus de 40 000 travailleurs, selon les Manufacturiers Mauricie/Centre-du-Québec (MMCQ). Environ un emploi sur quatre dans les deux régions serait lié au secteur.
Les MMCQ avaient notamment prévenu qu’un tarif de 50 % risquait d’augmenter les coûts des deux côtés de la frontière et d’affaiblir la compétitivité d’entreprises dont les chaînes de production sont intégrées depuis des décennies entre le Canada et les États-Unis.
Le camionnage craint l’effet domino
L’Association du camionnage du Québec estime maintenant que les conséquences pourraient rapidement se faire sentir bien au-delà des entreprises qui exportent directement leurs marchandises aux États-Unis.
L’Association rappelle que le transport routier intervient à toutes les étapes de la chaîne d’approvisionnement, de l’acheminement des matières premières jusqu’à la livraison des produits finis. Un ralentissement de la production manufacturière signifie donc également moins de marchandises à transporter.
L’ACQ évoque notamment le risque que certaines activités manufacturières soient temporairement mises sur pause pendant que fournisseurs et clients déterminent qui devra absorber les nouveaux coûts tarifaires. Elle craint également que l’incertitude entraîne le report ou l’annulation d’investissements au Québec.
Pour l’organisation, le secteur du camionnage doit donc être expressément inclus dans les prochaines mesures gouvernementales de soutien.
« L’Association du camionnage du Québec réclame la mise en place rapide de mesures de soutien ciblées pour le secteur du camionnage, afin de permettre aux entreprises de maintenir leurs activités, de préserver leur capacité opérationnelle et d’éviter des mises à pied », affirme son PDG, Marc Cadieux.
La FCEI : 40 % des petites entreprises exportatrices touchées
Du côté de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, le constat est également préoccupant.
Selon les données avancées par la FCEI, 40 % des petites entreprises exportatrices canadiennes seraient directement touchées par les nouveaux tarifs américains, tandis que près du tiers de celles-ci anticiperaient une diminution de leurs revenus de 50 % ou plus.
L’organisation souligne également que l’effet de la guerre commerciale ne s’arrête pas aux exportateurs. Alors qu’environ 20 % des petites entreprises exportent, plus de la moitié importent des marchandises ou des intrants provenant des États-Unis, ce qui les expose également aux conséquences d’éventuelles contre-mesures canadiennes.
La FCEI reconnaît ainsi que des contre-tarifs peuvent constituer une réponse politique aux mesures américaines, mais prévient qu’ils peuvent également augmenter les coûts assumés par les entreprises canadiennes avant que ceux-ci ne soient éventuellement transférés aux consommateurs.
Québec déploie FORCE et le PAUPME, le gouvernement du Québec a réagi samedi en annonçant deux programmes de soutien, comme le rapportait le Vingt55.
Le programme FORCE, administré par Investissement Québec, cible notamment les entreprises manufacturières et du secteur primaire dont le chiffre d’affaires est considérablement affecté par des tarifs américains de 25 % ou plus. L’objectif est de leur fournir des liquidités afin de maintenir leurs activités tout en leur donnant du temps pour diversifier leurs marchés ou leurs chaînes d’approvisionnement.
Le Programme d’aide d’urgence aux petites et moyennes entreprises, Tarifs douaniers américains (PAUPME) vise pour sa part certaines PME dont le chiffre d’affaires se situe entre 1 et 2 millions de dollars. Administré par les MRC, il prévoit des prêts pouvant atteindre 150 000 $. Le financement peut couvrir jusqu’à 75 % des besoins de liquidités pour une période de 12 mois, avec un taux d’intérêt de 0 % durant la première année.
« Une dette supplémentaire ne remplace pas des ventes perdues »
Si la FCEI salue la rapidité avec laquelle Québec a réagi, elle émet toutefois une importante réserve sur la nature de l’aide.
Les programmes annoncés reposent essentiellement sur des prêts, donc sur un nouvel endettement pour des entreprises dont certaines pourraient voir leurs revenus chuter brutalement.
« Lorsqu’une entreprise perd brutalement des revenus, une dette supplémentaire ne remplace pas des ventes perdues », fait valoir la FCEI, qui réclame également des liquidités immédiates, des allégements fiscaux et une diminution du fardeau administratif.
L’organisation s’inquiète aussi de voir certaines petites entreprises exclues des programmes en raison des critères d’admissibilité ou des seuils de revenus établis. Elle estime que la fiscalité québécoise pourrait même accentuer les difficultés de certaines PME contraintes de réduire les heures travaillées de leurs employés.
L’achat local revient au centre du débat, cans ce contexte, la FCEI appuie également l’appel lancé par Québec en faveur de l’achat local.
Selon les données avancées par l’organisation, pour chaque dollar dépensé dans une PME locale, 66 cents demeureraient dans l’économie locale, comparativement à 11 cents lorsqu’il est dépensé dans une grande chaîne et 8 cents auprès d’un géant du commerce en ligne.
L’achat local apparaît donc pour la FCEI comme l’un des leviers immédiatement accessibles aux consommateurs pour soutenir les entreprises pendant la période d’incertitude.
Un même signal provenant de plusieurs secteurs
En moins de 24 heures, les manufacturiers de la Mauricie et du Centre-du-Québec, les transporteurs routiers et les représentants des PME ont ainsi lancé des avertissements qui se rejoignent sur plusieurs points : préserver les liquidités, protéger les emplois et maintenir la capacité des entreprises à investir malgré l’incertitude.
Les demandes diffèrent toutefois sur les moyens. Les MMCQ insistent notamment sur la productivité, l’automatisation et la diversification des marchés; l’ACQ veut que le camionnage soit explicitement reconnu comme un secteur directement touché; la FCEI demande pour sa part que la réponse gouvernementale ne se limite pas à offrir davantage de financement par emprunt.
Pour le Centre-du-Québec, fortement lié à l’activité manufacturière et au transport de marchandises, l’enjeu dépasse donc désormais les seuls exportateurs directement frappés par les tarifs américains, c’est une partie plus large de la chaîne économique régionale qui pourrait ressentir les effets d’un conflit commercial prolongé.







