DRUMMONDVILLE
L’échec des négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis et l’imposition de nouveaux tarifs américains de 50 % font craindre un choc important pour le secteur manufacturier de la Mauricie et du Centre-du-Québec. Alors que les Manufacturiers Mauricie/Centre-du-Québec (MMCQ) réclament une intervention rapide, le gouvernement de Christine Fréchette annonce deux programmes destinés à soutenir les entreprises québécoises directement frappées par la guerre tarifaire.
L’enjeu est particulièrement important dans la région. Selon les MMCQ, la Mauricie et le Centre-du-Québec comptent près de 1 200 entreprises manufacturières employant plus de 40 000 travailleurs. L’organisation estime qu’environ un emploi sur quatre dans les deux régions est lié à ce secteur.
« À 50 % de tarif, il n’y a pas de gagnant. Nos entreprises et leurs clients américains fabriquent ensemble depuis des décennies. Ajouter une telle barrière à la frontière augmente les coûts des deux côtés et affaiblit la compétitivité de toute l’Amérique du Nord », affirme Dany Caron, président du conseil d’administration des MMCQ, dans un communiqué transmis samedi.
Les manufacturiers réclament une réponse rapide
L’organisation régionale demande aux gouvernements du Québec et du Canada de mettre rapidement des outils à la disposition des entreprises les plus exposées au marché américain.
Pour les MMCQ, l’aide gouvernementale devrait prioritairement permettre aux entreprises de préserver leurs liquidités, maintenir leurs capacités de production et accélérer leurs investissements en productivité.
« Nous ne voulons pas subventionner l’inefficacité. Nous voulons donner à nos manufacturiers les moyens de traverser ce choc commercial et d’en ressortir plus productifs, plus automatisés et plus compétitifs », soutient Dany Caron.
L’organisation considère également que la crise tarifaire vient accentuer la nécessité d’investir dans l’automatisation, la robotisation, l’intelligence artificielle appliquée aux opérations et la modernisation des équipements.
La diversification des marchés d’exportation et des chaînes d’approvisionnement devrait également être accélérée, selon les MMCQ, sans pour autant abandonner le marché américain.
« Le Canada et les États-Unis ne font pas que commercer ensemble : nous fabriquons ensemble. Notre objectif doit demeurer le retour à une relation commerciale prévisible et compétitive. Une guerre tarifaire prolongée ne servirait ni les travailleurs canadiens ni les travailleurs américains », ajoute Dany Caron.
Quelques heures après la sortie des manufacturiers régionaux, le gouvernement du Québec a annoncé deux programmes d’aide destinés aux entreprises affectées par les tarifs américains.
Dans un communiqué diffusé samedi, le gouvernement de la première ministre Christine Fréchette constate que les négociations entre le Canada et les États-Unis n’ont pas permis d’obtenir une entente permettant de protéger pleinement les entreprises et les travailleurs québécois.
Québec affirme vouloir fournir suffisamment de liquidités aux entreprises pour leur permettre de poursuivre leurs activités, de protéger les emplois et d’adapter leurs modèles d’affaires.
« Le Québec ne subira pas cette crise : nous allons nous battre pour notre économie. Avec les programmes FORCE et PAUPME – Tarifs douaniers américains, notre gouvernement met en place des mesures concrètes pour que les entreprises poursuivent leur croissance. On ne ménage aucun effort pour défendre les travailleurs et les entreprises québécoises. Nous n’avons pas choisi cette guerre commerciale, mais nous choisirons la façon dont le Québec y répondra », affirme la première ministre Christine Fréchette.
La première mesure annoncée est le Fonds offensif pour le renforcement des capacités économiques (FORCE), administré par Investissement Québec.
Le programme vise les entreprises québécoises du secteur manufacturier ou d’un secteur primaire dont le chiffre d’affaires est considérablement réduit en raison de tarifs douaniers américains de 25 % ou plus sur les exportations canadiennes.
L’objectif est notamment de répondre à leurs besoins de liquidités pendant une période pouvant atteindre 12 mois afin de leur laisser le temps d’adapter leur modèle d’affaires, de diversifier leurs marchés ou de modifier leur chaîne d’approvisionnement.
L’aide prendra la forme de prêts comprenant un moratoire sur le remboursement du capital pouvant atteindre 24 mois ainsi qu’un congé d’intérêts pendant la première année. FORCE succède au programme FRONTIERE, arrivé à échéance le 31 mars 2026. Jusqu’à 150 000 $ pour certaines PME
Le deuxième outil annoncé est le Programme d’aide d’urgence aux petites et moyennes entreprises – Tarifs douaniers américains (PAUPME).
Administré par les MRC, il vise les PME ayant un chiffre d’affaires de 1 à 2 millions de dollars qui éprouvent des difficultés financières attribuables aux tarifs américains.
Les entreprises qui exportent aux États-Unis des produits ou matières premières frappés par les tarifs pourront être admissibles, tout comme certains fournisseurs et sous-traitants.
Les prêts pourront atteindre 150 000 $, avec un taux d’intérêt de 0 % et un moratoire sur le remboursement du capital pendant les 12 mois suivant le premier décaissement.
« Dans un contexte comme celui que nous vivons, on ne peut pas demander à nos entrepreneurs et à nos travailleurs de porter seuls le poids de cette incertitude », affirme le ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, Bernard Drainville.
Selon lui, les deux programmes doivent aider les entreprises à « demeurer résilientes et compétitives sur leurs marchés » tout en protégeant les emplois.
Des demandes régionales qui trouvent écho dans les mesures annoncées
Plusieurs éléments annoncés par Québec rejoignent directement les préoccupations exprimées par les Manufacturiers Mauricie/Centre-du-Québec, particulièrement en ce qui concerne les liquidités, la productivité et la diversification des marchés.
Les MMCQ souhaitent toutefois que la réponse à la crise ne se limite pas à absorber temporairement les pertes.
« Notre réponse à un mur tarifaire doit être plus de productivité, plus d’automatisation et plus de marchés. Nos manufacturiers ont démontré leur capacité d’adaptation à de nombreuses reprises. Il faut maintenant leur donner les conditions nécessaires pour continuer d’investir, d’innover et de créer de la richesse dans nos régions », conclut Dany Caron.
De son côté, le ministre des Relations internationales et de la Francophonie, Christopher Skeete, estime que les gouvernements doivent offrir davantage de prévisibilité aux entreprises devant l’incertitude internationale.
« Ces programmes d’aide donnent à nos entreprises les moyens de s’adapter, de diversifier leurs marchés et de poursuivre leur croissance, tout en protégeant notre économie, nos emplois et nos travailleurs », soutient-il.
Pour le secteur manufacturier de la Mauricie et du Centre-du-Québec, l’ampleur des conséquences des nouveaux tarifs dépendra maintenant de leur durée, de la capacité des entreprises à absorber les coûts supplémentaires et, surtout, de l’évolution des négociations entre Ottawa et Washington.






