Drummondville

Facultés affaiblies, accidents mortels et arrestations @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.
Un récent rapport de la coroner Shirley-Ann Lahue, portant sur la mort d’un conducteur de 17 ans, ainsi que le témoignage bouleversant d’une mère dont le fils a échappé de justesse à une tragédie, rappellent que la vitesse, l’alcool et les comportements dangereux au volant demeurent des enjeux majeurs de sécurité routière.
Dix-huit dossiers en une seule journée à Drummondville, une réalité toujours présente devant les tribunaux
La conduite avec les facultés affaiblies demeure une infraction fréquente devant les tribunaux de Drummondville. Aujourd’hui seulement, 18 dossiers liés à cette infraction figuraient au rôle judiciaire.
Comme le constate régulièrement le Vingt55 lors de sa couverture des audiences, les personnes accusées proviennent de différents groupes d’âge et milieux sociaux. Devant l’honorable juge Maxime Laroche, certaines faisaient face à une première accusation criminelle, tandis que d’autres devaient répondre de récidives pouvant entraîner des sanctions plus sévères.
Selon les données de la Sûreté du Québec transmises au Vingt55, 258 arrestations pour conduite avec les facultés affaiblies ont été enregistrées en 2025, un bilan comparable à celui de 2024, malgré les campagnes de sensibilisation et les conséquences judiciaires bien connues.
La juge Marie-Josée Ménard, qui siège notamment à Drummondville, rappelle régulièrement aux accusés les conséquences de leurs décisions. Devant la répétition de ces dossiers, elle pose fréquemment cette question : « Que faut-il pour que le message passe? »
Une première condamnation peut déjà coûter cher
Lors d’une audience aujourd’hui au palais de justice de Drummondville , un autre jeune conducteur ayant plaidé coupable s’est vu imposer une amende de 1 500 $, à laquelle s’ajoutent les frais judiciaires et la suramende compensatoire. Le juge Maxime Laroche lui a également ordonné de remettre son permis, en raison d’une interdiction de conduire d’un an.
Au-delà de l’amende, un casier judiciaire et la perte du permis peuvent avoir des répercussions sur l’emploi, les déplacements et la vie familiale. Pour certains conducteurs, la facture totale peut atteindre 5 000 $, voire dépasser 10 000 $, selon les circonstances et les obligations applicables.
Aujourd’hui encore, une autre conductrice accusée a confié au tribunal avoir perdu son emploi, sans toutefois établir de lien direct avec les accusations. Un témoignage qui illustre les difficultés personnelles pouvant accompagner un passage devant la justice, particulièrement dans une région où l’automobile demeure essentielle aux déplacements quotidiens.
À 17 ans, une sortie de route mortelle interpelle la coroner Shirley-Ann Lahue
Un récent rapport d’investigation de la coroner Shirley-Ann Lahue, obtenu par le Vingt55, vient rappeler que les risques associés à la conduite dangereuse ne se limitent pas à la consommation d’alcool ou de drogues.
Dans ce rapport signé le 2 octobre 2026, la coroner Lahue revient sur les circonstances entourant le décès d’un adolescent de 17 ans, survenu le 25 octobre 2025. Ce soir-là, six jeunes amis avaient décidé d’aller rouler en voiture. Répartis dans trois véhicules, à raison de deux occupants par automobile, ils circulaient les uns derrière les autres. Vers 20 h 40, le conducteur du premier véhicule constate dans son rétroviseur que les phares de la Subaru Impreza blanche qui le suivait s’éteignent soudainement. Il aperçoit ensuite les feux arrière du véhicule et décide de faire demi-tour.
À son arrivée, il découvre la Subaru lourdement endommagée après avoir percuté des arbres. Le conducteur de 17 ans est coincé derrière le volant, tandis que son passager réussit à sortir par une fenêtre arrière. Malgré l’intervention des secours, le décès de l’adolescent sera constaté plus tard.
L’enquête policière révèle que le véhicule circulait à une vitesse supérieure à la limite permise. Une vitesse de 132 km/h avait été enregistrée sur le cadran de la Subaru, sans qu’il soit possible de déterminer à quel moment précis de la séquence de l’accident cette donnée correspondait.
Les analyses toxicologiques n’ont révélé aucune présence d’alcool ou de drogue. La coroner retient plutôt la vitesse excessive comme facteur en cause dans cette collision mortelle. Dans son rapport, elle insiste sur le caractère évitable de ce décès et souligne que le passager aurait lui aussi pu perdre la vie. La coroner recommande ainsi à la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) de développer de nouvelles approches de prévention et de sensibilisation adaptées à la réalité des jeunes conducteurs afin de contrer les excès de vitesse.
Cinq jeunes échappent au pire à Drummondville, le témoignage important d’une mère
Cette réalité et les recommandations soulevées par la coroner Lahue trouvent écho dans le témoignage de Jessica Ebacher, une mère de famille drummondvilloise qui a récemment exprimé la peur vécue après un accident impliquant son fils et quatre autres jeunes. Contactée par le Vingt55, Mme Ebacher a rappelé les risques auxquels s’exposent non seulement les jeunes conducteurs, mais également les passagers qui acceptent de prendre place dans un véhicule.
Dans son témoignage, elle raconte que les cinq jeunes revenaient d’un événement lorsque le conducteur aurait perdu la maîtrise de son véhicule sur une route de campagne.
Selon les faits transmis et confirmés par la Sûreté du Québec et publiés par le Vingt55, le conducteur avait consommé de l’alcool et a été victime d’une embardée. La voiture s’est retrouvée renversée dans un fossé, en pleine noirceur, avec les vitres fracassées et le toit écrasé sous la violence de l’impact.
Son fils se trouvait alors à quelques pouces seulement de la partie écrasée du toit. Heureusement, les cinq occupants s’en sont sortis sans blessures.
Pour Mme Ebacher, le soulagement d’avoir retrouvé son fils vivant s’accompagne toutefois de nombreuses interrogations sur les risques pris par les jeunes et sur les conséquences qui auraient pu découler de cet accident.
Au-delà des circonstances de l’événement, Mme Ebacher souhaite surtout rappeler aux jeunes que les conséquences peuvent être dramatiques, même lorsqu’une soirée commence dans un contexte festif et amical.
« Aujourd’hui, je peux encore dire à mon garçon que je l’aime et qu’il est important pour moi. J’ai une pensée pour les familles qui n’ont pas eu cette même chance. »
Son témoignage rejoint les préoccupations exprimées par plusieurs coroners au fil des années, les passagers, les amis et les proches peuvent eux aussi contribuer à prévenir un drame en intervenant avant qu’il ne soit trop tard.
À Drummondville, certains drames de la route continuent de rappeler les conséquences irréversibles que peuvent entraîner l’alcool au volant et les comportements dangereux.
Le 10 octobre 2010, quatre jeunes hommes âgés de 18 à 22 ans perdaient la vie dans une collision sur le boulevard Mercure. Plus récemment, Stéphanie Houle décédait alors qu’elle prenait place comme passagère dans un véhicule circulant sur le chemin Hemming.
Dans son rapport d’investigation sur le décès de Stéphanie Houle, le coroner Yvon Garneau avait notamment soulevé la question de la responsabilité des personnes qui avaient pu être témoins de la consommation d’alcool du conducteur avant son départ. Le coroner avait alors recommandé de renforcer la sensibilisation du public à l’importance de signaler aux policiers les conducteurs soupçonnés d’avoir les facultés affaiblies.
Au-delà de la responsabilité individuelle du conducteur, son intervention soulevait ainsi une question fondamentale : celle du rôle que peuvent jouer les proches, les amis, les passagers et les témoins pour éviter qu’une personne prenne le volant après avoir consommé.
Comme il l’avait expliqué en entrevue au Vingt55, la prévention ne repose pas uniquement sur les interventions policières. Elle implique également la vigilance de l’entourage et la volonté d’intervenir avant qu’un comportement dangereux ne se transforme en tragédie.
À l’approche des Fêtes, un message qui peine encore à passer, malgré des ressources limitées et des solutions simples à mettre en place
Les rapports de la coroner Shirley-Ann Lahue et du coroner Yvon Garneau, ainsi que le témoignage de Mme Jessica Ebacher, rappellent qu’il suffit parfois de quelques secondes, d’un excès de vitesse ou d’une mauvaise décision pour qu’une soirée entre amis prenne une tournure dramatique et entraîne des conséquences dramatiques. Ils rappellent aussi que les passagers et les proches peuvent jouer un rôle déterminant avant même qu’un véhicule ne prenne la route.
Raccompagnement et responsabilité des passagers, des initiatives qui contribuent à la prévention
Bien sûr, à Drummondville, des initiatives comme Opération Nez rouge, les services de raccompagnement de Sécurimax et les taxis peuvent constituer des solutions intéressantes. Malheureusement, leur disponibilité demeure parfois limitée, particulièrement durant la période des Fêtes, alors que les options de raccompagnement peuvent rapidement être saturées en raison de la forte demande.
À Drummondville, certaines entreprises, notamment Canimex, prennent des initiatives pour sensibiliser leurs employés aux risques liés à la conduite avec les facultés affaiblies. L’entreprise se soucie notamment de proposer des solutions de raccompagnement lors de ses activités et rassemblements, en invitant les employés à prévoir un moyen sécuritaire de retourner à la maison.
Comme le souligne Benoit Langelier, interpellé par le Vingt55, l’entreprise profite notamment de ces occasions pour encourager les employés à demander à un proche de venir les chercher plutôt que de prendre le volant après avoir consommé.
Une fois par année, explique-t-il, les parents peuvent aussi être appelés à jouer ce rôle auprès de leurs jeunes conducteurs, en acceptant d’aller les chercher au besoin. Il y voit une belle occasion de sensibiliser les nouveaux conducteurs à l’existence de différentes solutions pour rentrer à la maison en toute sécurité. Pour Benoit Langelier, l’essentiel demeure de prévoir son retour avant même de sortir. Une approche préventive que l’entreprise souhaite encourager en rappelant qu’il existe différentes solutions de rechange à la conduite après avoir consommé.
Cette initiative prend tout son sens dans une région où les services de raccompagnement et de transport ne sont pas toujours accessibles, particulièrement tard en soirée ou à certaines périodes de l’année.
Il s’agit également d’une belle occasion d’inviter les autres entreprises de la région à emboîter le pas. En favorisant ces initiatives et en encourageant leurs équipes à prendre les mesures nécessaires avant de participer à une soirée, les employeurs peuvent contribuer concrètement à la prévention et à la sécurité routière.

Facultés affaiblies, accidents mortels et arrestations @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.






