Salle de spectacle au Jean Coutu – La contribution de la ville passe de 4,9 millions à 9,8 millions – C’est non, rétorque le maire Alain Carrier

Salle de spectacle au Jean Coutu – La contribution de la ville passe de 4,9 millions à 9,8 millions – C’est non, rétorque le maire Alain Carrier
Projet de salle de spectacle multifonctionnelle prévu au centre-ville © Crédit photo Eric Beaupré. Tous droits réservés.

DRUMMONDVILLE

Le dossier de la deuxième salle de spectacle multifonction annoncé aux coûts de 4,9 millions aux citoyens de Drummondville présentait des calculs erronés, selon une étude indépendante demandée par la Ville de Drummondville, la contribution de la ville passerait de 4,9 millions à 9,8 millions Nous ne pouvons avancer dans un projet les yeux fermés, explique le Maire de Drummondville.

Questionné par le Vingt55 mercredi dernier sur l’avancée ou non du dossier qui avait comme date butoir le 26 février, le maire de Drummondville, Alain Carrier, a mis en lumière la situation et les coûts d’une étude qu’il a lui-même commandée sur la réalisation du projet présenté par le Conseil d’administration de la Maison des Arts de Drummondville dans le but d’acquérir l’édifice situé au 161 Hériot pour la réalisation d’une deuxième salle de spectacle multifonction évaluée à 17,2 millions par la Maison des Arts de Drummondville.

Le dossier, soumis à la hâte, m’a paru incomplet et les réponses aux questions sur le financement et la réalisation et coûts du projet lui-même étaient très peu convaincantes quant à une possible acceptation du projet par la Ville de Drummondville tel que soumis et présenté par la Maison des arts de Drummondville, précise le maire questionné par le Vingt55 sur la décision de la Ville dans le dossier.

Il m’apparaissait important de savoir d’où viendrait le financement malgré une subvention de l’ordre de 70% consentie par le gouvernement par le programme d’aide au développement des infrastructures culturelles, et de quel ordre seraient les montants en jeu avant de donner l’aval au projet et par le fait même, faire assumer ce prêt présenté de 4.9 millions pour la Ville et les contribuables, précise le maire, puisque le projet n’apparaissait ni dans le Programme triennal d’immobilisations ni dans le budget actuel de la Ville.

Un dossier et projet qui aurait coûté le double de ce qu’avait estimé la Maison des Arts de Drummondville

L’étude commandée par le maire et réalisée par le directeur Général Francis Adams, fait ressortir que l’engagement de la Ville estimé par l’administration de la Maison des Arts et évalué à 4,9 millions pour la deuxième salle de spectacle proposée dans les anciens locaux de la pharmacie Jean-Coutu mais serait plutôt une dépense 9,8 millions pour la Ville et les contribuables, fait valoir le maire.

Financé à 70% par le gouvernent, le projet global présenté par la Maison des Arts de 17,2 millions présentait des lacunes importantes, selon l’étude complète du dossier, explique le maire’’,  le projet montait selon nos calculs rapidement à près de 20 millions.

’Oui, en effet, le gouvernement offrait le possibilité de financer à 70% le projet, cependant basé sur les coûts réels et atteignant des maximum selon des critères préétablis par le gouvernement, à titre d’exemple : pour l’immeuble, le gouvernement finance 70% de sa valeur. soit 500 000 et non la valeur estimée de l’achat par la Maison des Arts de plus de 8 millions. Il en va de même pour plusieurs aspects du projet qui, au final, fait monter le part de la Ville et des citoyens à près de 10 millions ’’ selon l’étude complète par la Ville.

Une salle de spectacle de 500 personnes, nécessite une estimation approximative de 200 à 250 places de stationnement, fait alors valoir le maire. ‘’ Il est clair que nous sommes loin du compte actuellement, affirme Alain Carrier. ’’ Nous savons déjà que les commerçants ont peine à fournir de la place pour leur clientèle, a tenu à rappeler le maire. ‘’ Dans mes discussions avec la directrice de la Maison des Arts, Marie-Pier Simoneau, celle-ci suggérait, entre autres, que les places de stationnement laissées vacant par le départ de L’Union-Vie du centre-ville pourraient être utilisées pour les fins de cette deuxième salle de spectacle. ‘’Inutile de rappeler qu’un éventuel acquéreur de ces bureaux reprendrait possession de ces places de stationnement, un problème qui demeure entier ’’, de confirmer le maire.

Un processus de négociation d’achat interrompu a nuit au projet, précise le maire

Alors que Métro, propriétaire actuel de l’édifice du Jean Coutu, demandait près de un million pour le bâtiment de la pharmacie, la Ville négociait le prix d’achat de l’immeuble durant la confection du rapport.

‘’Une annonce hâtive de l’orientation du projet dans les médias aura visiblement fait passer les négociations qui étaient à près de 600 000 $ dollars à plus de 800 000$ pour le même espace, alors que le bâtiment est évalué à 500,000$, explique le maire. ‘’Il est clair que la sortie publique de la directrice de la Maison des Arts dans les médias aura eu un effet autant inapproprié qu’inacceptable alors que la Ville était en plein processus de négociation ‘’, affirme le maire Alain Carrier ‘’. Les vendeurs informés ainsi de nos possibles intentions ont assurément revu et réévalué leur position’,’ fait valoir le maire.

D’entrée de jeu, de l’avis d’un des rapport soumis à la Ville sur l’ancienne pharmacie révélait que ce n’était pas l’emplacement idéal, rappelle le maire. L’édifice de la pharmacie présentait des lacunes, entre autres, au niveau sonore pour les résidents du secteur,’’ que ce soit en raison des spectacles ou du mouvement des camions nécessaires aux différentes productions qui s’y produiraient éventuellement ‘’, fait aussi valoir le maire.

Un conflit qui a déchiré les membres du conseil pour en arriver finalement à exclure le projet d’acquisition de l’immeuble par la majorité des membres du conseil.

La Ville octroie déjà 750 000 $ annuellement pour la salle de spectacle de la Maison des Arts Desjardins, rappelle le maire de Drummondville, des montants déjà importants pour une salle de spectacle qui actuellement présente un rendement d’occupation de 67,3 %; un taux d’occupation en de çà des villes comme Saint-Hyacinthe, qui démontre un taux d’occupation de 70% ou Victoriaville 77 %, selon les chiffres d’un rapport obtenu par la Ville et consulté par le Vingt55.

Le maire questionne du même coup la pertinence de demander aux contribuables de l’ordre de près 630 000$ supplémentaires pour l’acquisition de cette deuxième salle de spectacle. « Commençons par bien vendre celle déjà en place et en faire la promotion adéquatement avant d’aller dépenser des montants importants, ajoute le maire, avant d’investir 1.4 millions annuellement pour deux salles de spectacle.

Une iniquité pour les commerçants du Centre-Ville selon le maire

‘’ Dans le projet déposé par la Maison des Arts, le comité assurait avoir obtenu l’aval des commerçants du Centre-Ville, explique la maire. ‘’ Or, j’ai moi-même fait la tournée des commerçants, confirme Alain Carrier ; ‘’ ceux-ci admettent avoir entendu parler du projet mais voient l’arrivée de cette deuxième salle de spectacle comme un projet qui est loin de faire l’unanimité des commerçants et qui nuirait de plus vraisemblablement aux commerçants consultés’’, confirme le maire.

‘’ Selon le plan présenté, ceux-ci proposent l’implantation d’un bar et d’un service de restauration à même la salle de spectacle, services et installations qui seront mis à la disposition des spectateurs. Il m’apparaît inconcevable à l’heure actuelle, d’aller concurrencer des commerçants du Centre-ville déjà établis et qui auraient alors vu la concession de la salle de spectacle concurrencer un marché déjà difficile pour eux dans le contexte actuel ‘’, a fait valoir le maire lors de l’entrevue. ‘’Comment expliquer aux commerçants que des concessions offertes à rabais pour la salle de spectacle nuiraient à leurs activités commerciales ?  ajoute le maire.

Un projet coûteux et peu rentable avant plusieurs années, alors que la condition et situation financière de Drummondville nécessite des redressements importants.

À quelques exceptions, la majorité des élus du conseil municipal s’interrogent eux aussi sur la faisabilité du projet à 9.8 millions de dollars, précise le maire, qui confirme qu’à la lumière de l’étude présentée par la Ville, la majorité des conseillers et conseillères appuient sa décision de ne pas aller de l’avant dans un projet aussi coûteux.

‘’J’ai annoncé, en me présentant comme maire, que je mettrais à profit mes compétence de gestionnaire,’’ rappelle le maire lors de l’entrevue. ‘’ Ici, les chiffres parlent d’eux-mêmes, la Ville n’est pas dans une position pour dilapider des montants aussi importants dans un tel projet. Les citoyens avaient d’ailleurs, lors d’une consultation publique sur les dépenses et projets prévus pour sortir de la Pandémie, mis en avant-dernière position le projet d’une deuxième salle de spectacle, souligne aussi le maire. ‘’ Il faut tenir compte des priorités et des capacités de dépenser et aussi des besoins exprimés par les citoyens, soutient le maire.

En conclusion, il est important d’être prudents, fait valoir le maire. ‘’Ma décision est claire dans ce dossier, 9,8 millions, alors que la situation économique de la Ville nécessite des redressements importants, m’apparaît tout à fait inconcevable et injustifiable, conclut le maire.

Des projets intéressants, des subventions qui ne viennent plus, des décisions importantes à prendre pour une saine gestion des finances de la Ville et de l’argent des contribuables, a annoncé le maire.

Des projets qui iront de l’avant sont mis en priorité

Le projet de la Promenade Rivia de 2.5 millions qui devait compter sur un investissement de un million de dollars du gouvernement, investissement du gouvernement qui ne sera finalement pas au rendez-vous, annonce Alain Carrier.  ‘’ Nous devrons donc débourser nous-mêmes le manque à gagner de 1M$ pour ce projet qui, actuellement, touche une grande majorité des citoyens.  Les derniers mois l’ont démontré, les citoyens souhaitent avoir des espaces extérieurs et verts pour se retrouver et sortir en famille ’’, explique Alain Carrier. La poursuite du projet de la Promenade Rivia fait partie des projets qui continuent d’aller de l’avant, tout comme la boucle de sentiers qui partirait de la place d’Armes en passant par le Camp Kounak et qui reviendra vers le Centre-Ville en empruntant le traversier.

Donc, avant d’aller de l’avant avec des projets onéreux, complétons ceux déjà mis de l’avant et prévus au budget déjà serré, ajoute le maire. Nous devrons faire face à une relance économique et aussi au développement du milieu des affaires et commercial qui nous permettra éventuellement de regarder différents projets et avenues, mais pour le moment, le développement du secteur commercial de Saint-Nicéphore est à consolider. Ce genre de projets nous permettra ainsi de redresser les finances en allant chercher des entreprises qui garniront les coffres de la Ville et créeront aussi des emplois à Drummondville, conclut le maire Alain Carrier.

La directrice de la Maison des Arts conclut pour sa part que le projet d’une deuxième salle de spectacle doit aller de l’avant

Contactée en début d’après-midi vendredi, sur le dossier et l’avancement du projet de la salle de spectacle multifonction, la directrice de la Maison des Arts, Marie-Pierre Simoneau, a pour sa part expliqué en entrevue téléphonique, avoir fait les précisions et mises à jour sur sa position et la situation dans ce dossier au début février dans les médias.  Elle précise n’avoir rien de plus à ajouter considérant pour sa part, comme elle l’avait mentionné précédemment, avoir présenté et soumis, au mieux des intérêts de la Maison des Arts, le dossier et souhaite toujours aller de l’avant avec le projet d’une deuxième salle de spectacle multifonctionnelle au Centre-Ville de Drummondville.

Éric Beaupré
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