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Accident mortel à Sanair : décès de Sébastien Hamel la coroner Lamarre réclame des mesures pour encadrer les conducteurs

Accident mortel à Sanair : décès de Sébastien Hamel la coroner Lamarre réclame des mesures pour encadrer les conducteurs
Le conducteur, Sébastien Hamel, a perdu le contrôle de son véhicule avant d’effectuer une violente embardée en bout de piste, où il a perdu la vie @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

DRUMMONDVILLE

Le rapport d’investigation de la coroner Me Lyne Lamarre, rendu public, jette un éclairage détaillé sur les circonstances de l’accident survenu le 15 août 2025 sur la piste d’accélération de Sanair, qui a coûté la vie à Sébastien Hamel, 35 ans, de Drummondville. Le conducteur, qui avait son frère jumeau à bord du véhicule au moment de l’accident, avait succombé à ses blessures.

Le conducteur, Sébastien Hamel, a perdu la vie en bout de piste après une violente embardée @ Crédit photo Éric Beaupré / Vingt55. Tous droits réservés.

Dès les premières heures suivant le drame, et comme l’avait constaté sur place le Vingt55, la scène de l’accident ne laissait aucun doute sur la violence de l’embardée. Les traces laissées au sol témoignaient de l’intensité de la sortie de route.

Comme l’avait alors indiqué la famille rencontrée par le Vingt55, la victime, Sébastien Hamel, participait à une activité d’accélération avec son frère jumeau comme passager lorsqu’il a perdu le contrôle de son véhicule. Les deux hommes ont quitté la piste à haute vitesse avant de percuter des installations en bout de parcours, puis d’effectuer plusieurs tonneaux.

Le rapport de la coroner Me Lyne Lamarre confirme aujourd’hui cette séquence. Le conducteur s’est élancé sur la piste où les temps sont chronométrés, a dépassé la zone du quart de mile, point où l’accélération doit cesser, sans emprunter les sorties prévues, puis a poursuivi sa course jusqu’à la fin de l’asphalte, située à environ 1,3 kilomètre du départ, avant de quitter la piste.

Des questions sur les enjeux et les règles de sécurité pour les participants

Selon plusieurs témoignages recueillis sur place par le Vingt55 dans les heures suivant l’accident, des questions ont rapidement été soulevées quant aux règles de sécurité en vigueur sur ce type de site. Des témoins se demandaient notamment si les consignes étaient suffisamment connues, comprises ou clairement expliquées, et si l’ensemble des conducteurs en avaient une pleine connaissance.

Quelques jours plus tard, la famille rencontrée par le Vingt55 est venue apporter des éclairages supplémentaires. Elle a soulevé des interrogations similaires afin de mieux comprendre les circonstances du drame, relançant la réflexion sur les règles de base et les mesures de sécurité entourant ce type d’activité.

Toujours selon les constats de la coroner, des traces de freinage ont été observées, mais seulement en fin de parcours.

L’analyse du reconstitutionniste indique que le véhicule circulait encore entre 108 et 124 km/h sur la portion gazonnée, puis entre 92 et 106 km/h au moment de franchir une clôture, avant d’effectuer plusieurs tonneaux et de traverser le Petit rang Saint-François. Le véhicule a ensuite poursuivi sa trajectoire en franchissant une autre zone gazonnée, qui correspondait autrefois à une zone de décélération en gravier, avant de se retrouver de l’autre côté de la rue, longeant partiellement la piste d’accélération.

Au moment de l’événement, plusieurs témoins évoquaient une absence apparente de freinage. Le rapport vient nuancer cette perception

Un freinage a bel et bien été amorcé, mais trop tardivement pour éviter la sortie de piste, précise la coroner dans son rapport d’enquête et son analyse.

Par ailleurs, aucune défectuosité mécanique n’a été relevée sur le véhicule, notamment au niveau du système de freinage, et aucune trace d’alcool ou de drogue n’a été détectée dans l’organisme du conducteur.

L’analyse de Me Lyne Lamarre conclut que l’événement s’explique principalement par une absence de décélération au moment requis, possiblement liée à une mauvaise compréhension du repère indiquant la fin de l’accélération. Le passager a d’ailleurs mentionné que le conducteur « ne savait pas quoi faire » à l’approche de la fin de la piste.

Le rapport souligne également qu’il s’agissait d’une première expérience sur ce type de circuit, dans un contexte de vitesse élevée et de stress.

Des éléments personnels sont aussi évoqués, notamment la présence d’une déficience intellectuelle légère, d’une dyspraxie et d’une dysphasie, qui auraient pu affecter la capacité du conducteur à traiter rapidement l’information et à reconnaître les repères visuels.

Au-delà du comportement du conducteur, le rapport met en lumière certains éléments liés à l’environnement de la piste. La signalisation indiquant la fin de la zone d’accélération et l’emplacement des sorties est jugée perfectible, particulièrement pour les participants moins expérimentés.

Un dispositif modifié et abandonné qui aurait pu permettre de ralentir plus efficacement le véhicule.

La coroner souligne également qu’une ancienne zone de décélération en gravier, située en fin de piste, est aujourd’hui recouverte de gazon et donc non fonctionnelle. Ce dispositif aurait pu contribuer à ralentir le véhicule et à limiter les conséquences de la sortie de piste.

Le conducteur est décédé d’un traumatisme craniocérébral à la suite de la perte de contrôle du véhicule. La coroner Lamarre conclut à un décès accidentel.

Trois recommandations ont été formulées à l’endroit de l’exploitant du site Sanair, améliorer la signalisation afin d’indiquer clairement la fin de la zone d’accélération et les sorties, remettre en fonction la zone de décélération en gravier, remplacée par un terrain gazonné, et en assurer l’entretien afin de maintenir son efficacité.

La coroner Me Lyne Lamarre met en lumière des failles de compréhension et de sécurité qui n’ont pas permis à la victime de ralentir à temps @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Au-delà des conclusions techniques, l’accident a profondément marqué les proches de la victime ainsi que la communauté.

Comme le rapportait le Vingt55 dans les jours suivant le drame, une vague de solidarité s’était manifestée, notamment par l’installation de foulards et de tissus jaunes en hommage au Drummondvillois décédé.

Rencontrés par le Vingt55, les parents ont confirmé que leurs deux fils prenaient place à bord du véhicule au moment de l’impact. Dans les jours suivant l’accident, alors que l’un des deux frères était toujours hospitalisé, la famille avait confié son incompréhension. « Rien ne nous laissait présager ce qui allait se produire », ont-ils indiqué.

Parmi les éléments marquants, une chaîne portée par les deux frères, symbole de leur lien, avait été retrouvée sur les lieux par un citoyen. Remise au frère survivant, elle constitue aujourd’hui un souvenir précieux, chargé d’une grande valeur sentimentale.

« Sébastien aimait conduire. C’était un conducteur prudent », ont confié ses parents. Il respectait des règles strictes liées aux particularités de son permis et était habitué à une conduite encadrée. Il s’était rendu à cette activité avec son frère, fier de partager cette expérience avec lui.

« Rien n’indiquait pour nous qu’ils allaient participer à une activité comme celle-là », avait ajouté la mère en entrevue au Vingt55. « Nous étions loin de penser qu’il pouvait y participer. Nous aurions cru que des mesures ou des conditions particulières, des compétences minimales ou certaines vérifications étaient nécessaires pour y prendre part. »

Contactée par le Vingt55, la direction de Sanair n’avait toujours pas retourné notre appel au moment d’écrire ces lignes, confirmant toutefois, par l’entremise d’un membre de l’organisation, avoir pris connaissance du rapport.

Aujourd’hui encore, les conséquences continuent de marquer la communauté. Des foulards jaunes demeurent visibles sur certains véhicules évoluant sur circuit fermé, rappelant à la fois la mémoire de Sébastien Hamel et l’importance de la prudence dans un environnement où les risques demeurent bien réels.

Au-delà des conclusions de la coroner, l’accident a profondément marqué les proches de la victime ainsi que la communauté de la course en circuit fermé @ Crédit photo Éric Beaupré / Vingt55. Tous droits réservés.

Éric Beaupré
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