DRUMMONDVILLE

Mme Nancy Duperron, mère de Jasmin Béliveau, décédé le 18 mai 2022, assiste à l’audience en déontologie policière qui se tient à Drummondville. @ Crédit photo Éric Beaupré / Vingt55. Tous droits réservés.
Près de trois ans et demi après la collision mortelle ayant coûté la vie à Jasmin Béliveau, l’audience publique, présidée par la juge Mélanie Bédard, vise à revisiter les circonstances de l’intervention policière du 18 mai 2022 et à évaluer si les agents ont respecté leurs obligations de prudence, de diligence et de transparence.
Les deux agents, représentés par Me Brigitte Martin et Me André Fiset, sont accusés d’avoir manqué à leur devoir de diligence lors des premières minutes critiques ayant suivi l’impact ayant coûté la vie à l’adolescent Jasmin Béliveau.
Le Vingt55 a assisté à l’audience, où de nombreux témoins ont été entendus : premiers témoins de l’accident, paramédic et policiers impliqués. Chacun a livré sa version des faits concernant les premières minutes suivant l’impact, essentielles pour comprendre l’enchaînement des actions posées ce soir-là, de questions auxquelles la famille, dont la mère de Jasmin Béliveau, souhaite maintenant des réponses et surtout que le décès de son fils trouve un sens dans l’intervention et le protocole d’intention des paramédics et policiers, entre autres.
Ces audiences, tenues devant la commissaire Angèle Chevrier du Comité de déontologie policière du Québec (CDP), visent à établir si les policiers ont agi conformément aux règles déontologiques et aux protocoles attendus dans une intervention préhospitalière d’urgence.
Un impact d’une violence extrême relaté par plusieurs témoins
Les premiers témoins entendus ont rappelé la violence de la collision. Jasmin Béliveau, qui quittait son travail vers 21 h le 18 mai 2022, circulait sur la rue Robert-Bernard et bénéficiait de la lumière verte lorsqu’il a été heurté de plein fouet par le conducteur d’une camionnette qui circulait sur le boulevard René-Lévesque en direction de l’autoroute 20.
Un témoin direct a décrit une « importante très violente » suivie de projections importantes du scooter et de la victime, tandis qu’un autre a parlé d’une scène « qui s’est produite devant moi comme une explosion ».
Des renseignements, transmis dans l’urgence au 911, ont contribué à une certaine confusion quant à la nature exacte des blessures.
Un témoin civil et une témoin civile, en état de choc et venus s’inquiéter de l’état de santé du jeune, ont rapporté que le jeune homme avait été décapité sous la force de l’impact, une information alors rapportée au 911 et relayée simultanément aux policiers et aux paramédics.
Déroulement de l’intervention, policiers et paramédics livrent leur version
Les policiers sont arrivés sur les lieux moins d’une minute avant les paramédics. Ils confirment avoir reçu des témoins des informations concordant avec celles relayées au centre 911, notamment la distance entre le casque et la victime.
Les agents soutiennent avoir agi selon les informations disponibles et conformément aux procédures, assurant d’abord le contrôle et la sécurisation de la scène et mentionnant les affirmations d’au moins deux personnes à quelques pieds de distance du corps de la victime. Ceux-ci ont effectué les constats évoquant l’approche du corps de l’adolescent couché face au sol et le casque, en plus des affirmations de deux personnes supplémentaires. Pour les policiers, les informations relayées par les civils ne laissaient aucun doute quant à une mort évidente, la scène laissant présager même, de près, cette version au moment où le premier paramédic arrivait.
Les paramédics, arrivés immédiatement après, ont rapidement constaté que certaines informations issues des témoins civils étaient inexactes, bien que l’état de la victime demeurait critique.
Une paramédic appelée à témoigner a expliqué qu’en raison de l’âge de Jasmin, les protocoles exigeaient la poursuite des manœuvres jusqu’à l’arrivée à l’hôpital, même si les blessures observées étaient incompatibles avec la survie. Pour elle, dans un autre contexte impliquant un adulte, il s’agissait d’une mort évidente « Nous n’aurions pas procédé aux manœuvres. Le cou et la cage thoracique, ainsi que la nature des blessures, confirmaient en tous points un constat de mort évidente », a-t-elle rappelé, confirmant à l’audience que l’examen plus approfondi avait permis d’établir que l’information initiale relayée était inexacte.
Les représentants des policiers exposent essentiellement que les deux policiers ont agi de bonne foi, en fonction de ce qu’ils voyaient et entendaient, et en respectant leur rôle distinct.
De leur côté, les deux policiers ont témoigné aujourd’hui, lors de l’audience, appuyés par une photo transmise par l’une des témoins et destinée à appuyer leur version. « Tout se joue en moins d’une minute entre notre arrivée et celle des paramédics sur place et la prise en charge de la victime, ont précisé les deux policiers. Dix secondes, dans ce type d’intervention, c’est long. Nous devons entendre les témoins qui viennent à notre rencontre, assurer notre sécurité, celle de nos partenaires, des premiers répondants ainsi que celle des témoins », ont-ils expliqué.
Les policiers ont rappelé qu’ils avaient entendu, de deux sources différentes, en plus des renseignements transmis par le centre de répartition, que l’enfant aurait été « décapité par la force de l’impact ». L’un d’eux a souligné qu’ils souhaitaient exposer clairement, aujourd’hui, les décisions prises à ce moment-là, appuyées par le travail d’équipe et les constats réalisés sur la scène.
« Nous avons agi avec l’information que nous avions, dans l’obscurité, et surtout avec une information provenant de deux témoins qui étaient agenouillés près de la victime et qui nous ont corroboré l’orientation des faits », ont-ils ajouté, précisant qu’au même moment, les paramédics arrivaient sur place et qu’ils devaient gérer simultanément les témoins, le risque et la scène d’intervention.
Ils ont également rappelé qu’ils devaient assurer la sécurité de tout le monde sur place, tout en apportant assistance aux paramédics, comme l’a d’ailleurs confirmé un témoin. Une photo déposée en preuve aujourd’hui démontre l’implication des policiers dans les manœuvres une fois celles-ci entreprises par les paramédics.
Des questions qui persistent pour la famille Béliveau
La famille de Jasmin Béliveau, qui a déposé la plainte en déontologie policière, affirme rechercher depuis plus de trois ans des réponses entourant les premières minutes de l’intervention.
« Il y a des choses qui ne sont pas claires. Il y a des choses qui ont été laissées à la légère et ça n’aurait pas dû », a exprimé la mère de Jasmin Béliveau, Mme Nancy Duperron, en entrevue au Vingt55. Sa fille, Megan Béliveau, également présente, a exprimé avec émotion la douleur toujours vive laissée par la perte de son frère « Je dois vivre avec la perte de mon petit frère en sachant qu’à l’extérieur il y a quelqu’un qui vit une vie tandis que la nôtre a été brisée. »
Mme Duperron estime que son fils « a été laissé à lui-même jusqu’à l’arrivée des ambulanciers », bien qu’elle reconnaisse qu’il est impossible de savoir si une différence aurait été possible quant à l’issue fatale.
Le rapport du coroner Yvon Garneau, basé sur l’enquête policière, conclut que la camionnette roulait entre 44 et 59 km/h au moment de l’impact et qu’aucune marque de freinage ni de dérapage n’a été observée.
« Je crois que la vitesse entre en ligne de compte. Cette personne-là avait un arrêt à faire. Je pense que les policiers auraient dû se pencher, dans un premier temps, là-dessus », a commenté Mme Duperron.
Le coroner souligne également la confusion initiale générée par certains appels de témoins, rappelant que, dans un contexte de traumatologie sévère, les premières secondes d’évaluation doivent être rapides mais aussi prudentes.
Nancy Duperron : “Je suis allée au bout de ma promesse à Jasmin”
À la sortie de l’audience, Mme Duperron a affirmé en entrevue au Vingt55, ne pas être surprise par les éléments portés à l’attention de la Commission : « Dans le fond, ce que j’ai entendu, c’est ce que je savais déjà. Je voulais que les faits soient clairs. Je voulais aller au bout de ma démarche. »
Elle a tenu à remercier les proches et les citoyens qui l’ont soutenue depuis le décès de son fils. Mme Duperron souhaite que l’affaire serve de leçon pour éviter que d’autres familles vivent un drame comparable : « Que ce soit 30 secondes ou une minute, c’est important. C’est une vie. »
Elle souligne qu’elle respectera la décision de la commissaire, « qu’elle me convienne ou non », jugeant avoir tenu la promesse faite à Jasmin.
La décision finale tiendra compte des versions des policiers, des communications 911, des témoignages civils et professionnels, ainsi que des constats consignés au rapport.
Les parties ont maintenu avec aplomb leurs positions. Selon les avocats et l’usage, la décision finale qui devra être rendue par la juge Mélanie Bédard pourrait prendre plusieurs semaines, voire des mois, au terme de l’audience qui devrait se conclure demain à Drummondville.








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