DRUMMONDVILLE
En entrevue au Vingt55, l’homme d’affaire et ex-maire de Drummondville Alain Carrier affirme comprendre la volonté de limiter les dépenses municipales, mais il doute que la rénovation d’un bâtiment de plus de 60 ans constitue l’option la plus prudente.
« On ne sait pas ce qu’on va découvrir quand on va creuser pour allonger le solage ou modifier la toiture. Dans tous les chantiers d’envergure, il y a des imprévus. On parle de 48 millions, mais combien ça va coûter réellement une fois les extras ajoutés? » questionne-t-il.
Des coûts sous-estimés?
Selon lui, le montant annoncé ne tiendrait pas pleinement compte des travaux connexes, notamment le réaménagement du stationnement et des aménagements extérieurs. Il rappelle que la réglementation municipale impose certaines normes lorsqu’il y a agrandissement ou modification substantielle d’un bâtiment.
« Si on refait le stationnement, il faudra revoir l’aménagement paysager, ajouter des espaces verts, planter des arbres. À mon avis, on parle facilement de trois ou quatre millions de plus. Avec les imprévus, on pourrait rapidement atteindre 55 ou 60 millions », avance-t-il. Il évoque également l’incertitude liée à l’état réel de la structure actuelle. « On ne connaît pas tout ce qui se cache dans une bâtisse de cet âge. »
Il soutient aussi que la Ville devra prévoir l’aménagement d’un bassin de rétention pluviale lors de la réfection du stationnement, comme l’exigent les normes applicables aux projets d’envergure. « La loi oblige des bassins de rétention pour les stationnements importants. Ce qui vaut pour les commerçants et les industriels doit aussi s’appliquer à la Ville », plaide-t-il.
L’argument du maintien d’un pôle d’attraction au centre-ville ne le convainc pas davantage. M. Carrier affirme avoir discuté avec plusieurs restaurateurs du secteur, qui lui auraient confié que l’aréna ne génère pas les retombées espérées.
« Quand les gens vont au hockey, ils vont au hockey. Ils consomment sur place. Les hot-dogs, la poutine, les hamburgers, ça se passe dans l’aréna. Les activités de financement des Voltigeurs se font souvent à l’extérieur, avec des bénévoles. Mais ça ne veut pas dire que les restaurants débordent de chandails rouges les soirs de match », soutient-il.
Il ajoute que les problèmes de circulation et de stationnement demeurent un irritant important. « On parle de réduire ou de réaménager des cases de stationnement. Ça va créer encore plus de congestion. »
Pour l’ancien maire, la modernisation ne réglera pas la question du manque d’heures de glace.
« On loue déjà des arénas ailleurs parce qu’on manque de disponibilité. La rénovation ne donnera pas plus de temps aux autres usagers. On va avoir une patinoire rénovée, mais toujours une seule glace », dit-il.
Avec la croissance démographique et les besoins liés à l’immigration et au vieillissement de la population, il estime qu’un nouvel équipement sera éventuellement nécessaire. « Dans cinq ou dix ans, on va devoir se poser la même question. »
Le financement privé sous-exploité
Dans un premier temps, l’homme d’affaires rappelle que ni l’ancien maire Alexandre Cusson ni Stéphanie Lacoste n’ont réussi à obtenir de financement, malgré d’importantes annonces. Selon lui, ils n’ont pas réussi à rallier le milieu des affaires, qui ne croyait visiblement pas au projet de rénovation.
Alain Carrier affirme qu’il aurait été possible d’aller chercher des contributions importantes du secteur privé par le biais d’une entente de dénomination. « Des institutions financières ou de grandes entreprises auraient pu investir plusieurs millions pour associer leur nom à un nouvel amphithéâtre. J’ai moi-même sondé certains acteurs à l’époque. Il y avait de l’ouverture », soutient-il.
Selon lui, une telle approche aurait pu réduire de façon significative la part assumée par les contribuables et citoyens. la Ville a négligé cet aspect dans l’analyse du scénario d’un nouvel aréna estime l’homme d’affaire.
Au-delà du débat technique, Alain Carrier plaide pour une consultation populaire formelle. Un référendum serait, selon lui, l’occasion d’élargir la réflexion à l’ensemble des projets majeurs envisagés au centre-ville.
Il rappelle que la rénovation de l’aréna est évaluée à 48,3 millions de dollars et que les coûts pourraient atteindre 55 à 60 millions avec les ajustements et imprévus. Il mentionne également la salle de spectacle, dont le projet est évalué à plus de 25 millions de dollars, ainsi que le dossier de la Fortissimo, qui a déjà nécessité des investissements dépassant les 10 millions.
« On parle de plus de 80 millions de dollars en projets. Est-ce que les citoyens veulent assumer seuls l’ensemble de ces investissements? » lance-t-il.
« Un référendum coûterait environ 300 000 $. Sur un investissement de cette ampleur, ça me semble raisonnable de demander l’avis des citoyens. »
Il invite ainsi l’administration municipale à adopter une vision globale et à consulter formellement la population avant d’aller de l’avant.
Priorités sociales et transport collectif, il insiste sur la réalité économique de plusieurs ménages drummondvillois.
« Il y a des milliers de personnes qui ont de la difficulté à payer leur loyer ou leur épicerie. Des hommes et des femmes, des familles, qui ont de moins en moins de moyens pour subvenir aux besoins des leurs, payer leur loyer ou leur hypothèque et faire l’épicerie, alors que le maire avait affirmé que le contexte social comptait pour lui et qu’il souhaitait agir en ce sens. Pourtant, on investit des dizaines de millions de dollars dans une infrastructure sportive.
Où sont les programmes et les annonces de la même envergure pour aider nos familles à sortir de la pauvreté et de la situation économique difficile que nous traversons? »
Il estime également que la Ville devrait investir davantage dans le transport collectif afin d’améliorer l’accessibilité au centre-ville, notamment pour les aînés et les personnes à faible revenu.
Où jouer pendant les travaux, une question logistique importante liée au calendrier des travaux.
« Pendant les rénovations, les équipes vont jouer où? On ne peut pas rénover une telle infrastructure sans perturber les activités. Si les travaux s’échelonnent sur deux ou trois ans, les hausses de coûts liées à l’inflation dans la construction vont s’ajouter. »
Un débat appelé à se poursuivre
Si le conseil municipal a tranché en faveur de la modernisation, la décision continue d’alimenter les discussions dans la communauté. Pour Alain Carrier, le choix d’une rénovation plutôt que d’une construction neuve risque de reporter à plus tard un débat qu’il juge inévitable.
« Ce n’est pas une question d’être contre le hockey ou contre les Voltigeurs. C’est une question de vision à long terme. »
Il ajoute que les anciens conseillers municipaux savaient depuis près de six ans qu’il n’y aurait pas d’aide financière du gouvernement fédéral et peu de soutien du provincial, mais ont néanmoins autorisé près de 2 millions de dollars en études et en plans pour un projet d’agrandissement. À ses yeux, il est difficile de concevoir qu’après avoir investi de telles sommes en amont, ces mêmes élus puissent aujourd’hui adopter une position différente.
L’homme d’affaires affirme également avoir récemment échangé avec Marcel Dionne à ce sujet. Selon lui, ce dernier serait d’avis qu’un aréna neuf, construit à l’extérieur du centre-ville, représenterait la meilleure option.
« Un statut, un casier, même un banc à mon nom seraient suffisants dans un nouvel aréna », aurait-il mentionné, insistant sur l’importance de permettre aux Voltigeurs de Drummondville d’évoluer dans un environnement à la hauteur de la ligue et du parcours de l’équipe.
Le dossier du Centre Marcel-Dionne demeure ainsi au cœur des enjeux municipaux, entre impératifs budgétaires, développement urbain et priorités sociales.








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