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Décès d’un camionneur de Vacuum Drummond : l’enquête de la CNESST détermine deux causes et révèle une série d’erreurs fatales

Décès d’un camionneur de Vacuum Drummond : l’enquête de la CNESST détermine deux causes et révèle une série d’erreurs fatales
Salle Royale la découverte d'amiante et de problèmes structuraux fait grimper la facture à plus de 10 M$ @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

DRUMMONDVILLE

Le rapport d’enquête de la CNESST sur le décès d’un camionneur de Vacuum Drummond révèle qu’une manœuvre effectuée sous une ligne électrique de 14 400 volts a coûté la vie au travailleur le 12 novembre 2025. L’enquête conclut que l’homme a été mortellement électrocuté lorsque le châssis d’une semi-remorque à faux-cadre basculant est entré en contact avec le réseau aérien d’Hydro-Québec alors qu’il procédait au chargement d’un conteneur de boues de chrome chez Technologies de fibres Aikawa (AFT), à Sherbrooke. La CNESST retient également que la formation reçue pour ce type de manœuvre à proximité de lignes électriques était insuffisante.

Selon le rapport d’enquête de la CNESST obtenu et consulté par le Vingt55, les enquêteurs ont pu reconstituer avec précision la séquence des événements ayant mené au décès du camionneur de Vacuum Drummond. L’enquête révèle que le travailleur utilisait exceptionnellement une semi-remorque à faux-cadre basculant à quatre essieux en remplacement de son véhicule habituel, alors en réparation. Après plusieurs manœuvres de repositionnement à l’arrière de l’usine Technologies de fibres Aikawa (AFT), à Sherbrooke, le châssis de la remorque a été déployé sous une ligne électrique aérienne de 14 400 volts.

Comme l’avait rapporté le Vingt55 lors du drame, le rapport d’enquête de la CNESST lève aujourd’hui le voile sur les circonstances précises ayant mené au décès tragique d’un camionneur de 26 ans de chez Vacuum Drummond lors d’une opération de récupération de matières dangereuses chez Technologies de fibres Aikawa (AFT), à Sherbrooke. L’identité de la victime n’a pas été dévoilée publiquement par le Vingt55, par respect pour la famille et à sa demande.

L’enquête démontre qu’une série d’événements survenus en quelques minutes a conduit à une électrocution mortelle alors que le travailleur effectuait une tâche qu’il avait déjà réalisée auparavant, mais dans des conditions différentes.

Le mandat consistait à récupérer un conteneur rempli de boues de chrome entreposé sous un hangar et à le remplacer par un conteneur vide. Habituellement, ce travail était effectué avec un camion à faux-cadre basculant à trois essieux. Toutefois, la veille de l’intervention, ce véhicule est tombé en panne. L’entreprise a donc décidé d’utiliser une semi-remorque à faux-cadre basculant à quatre essieux. Après avoir vérifié auprès de tiers que ce type d’équipement avait déjà été utilisé sur le site, le camionneur a accepté d’effectuer la tâche.

Le matin du 12 novembre 2025, le travailleur se présente à son lieu de travail vers 7 h 30. Il prépare le conteneur de remplacement, effectue son inspection mécanique d’avant départ et quitte Drummondville vers 8 h 55 en direction de Sherbrooke. Il arrive chez AFT vers 10 h 15 et entreprend les manœuvres nécessaires pour déposer le conteneur vide à l’extérieur du hangar.

Au cours des minutes suivantes, le camionneur repositionne son véhicule afin d’aligner la semi-remorque avec le conteneur plein qui doit être récupéré. Durant ces déplacements, le châssis de la semi-remorque demeure en position élevée à environ trois mètres du sol à la suite du dépôt du conteneur vide. Les images des caméras de surveillance analysées par les enquêteurs démontrent qu’à 11 h 01, le camionneur effectue un dernier repositionnement directement sous les lignes électriques qui alimentent le site industriel.

Une minute plus tard, vers 11 h 02, il descend de la cabine et prend place aux leviers de commande situés à l’avant de la semi-remorque afin de poursuivre la montée du châssis nécessaire au chargement du conteneur. À ce moment, il se trouve en contact direct avec l’équipement tout en ayant les pieds au sol.

Puis, à 11 h 03, le drame se produit. En poursuivant son mouvement vers le haut, l’extrémité du châssis atteint environ dix mètres de hauteur et entre en contact avec une ligne électrique sous tension de 14 400 volts. Instantanément, un lien électrique se crée entre le réseau d’Hydro-Québec et la structure métallique de la semi-remorque. Le courant traverse alors l’équipement et atteint le camionneur qui manipule les commandes. Étant simultanément en contact avec la remorque et le sol, il devient le chemin de retour du courant vers la terre et reçoit une décharge électrique d’une intensité extrêmement élevée. Les experts estiment qu’environ 14,4 ampères ont traversé son corps, soit un courant largement supérieur au seuil reconnu comme potentiellement mortel.
Quelques minutes plus tard, un employé de l’usine aperçoit le camionneur étendu au sol près de l’équipement. Les premiers répondants de l’entreprise interviennent rapidement et les secours sont appelés. Malgré les manœuvres de réanimation entreprises sur place et le transport d’urgence vers le centre hospitalier, son décès est constaté peu après.

L’enquête conclut que deux causes principales expliquent l’accident.

D’abord, la semi-remorque a été positionnée sous une ligne électrique de moyenne tension sans respecter la distance minimale de sécurité de trois mètres exigée par la réglementation. Ensuite, la formation reçue par le camionneur ne lui permettait pas d’identifier adéquatement les risques particuliers liés à la présence de lignes électriques aériennes lors de l’utilisation d’une semi-remorque à quatre essieux. Bien qu’il ait reçu plusieurs formations et qu’il ait été considéré compétent pour opérer ce type d’équipement, aucun exercice pratique n’avait été réalisé dans un environnement comportant des fils électriques. L’enquête révèle également qu’il ignorait la méthode de travail particulière qui avait déjà été utilisée sur ce site afin d’éviter ce risque.

La CNESST souligne par ailleurs qu’aucune défectuosité mécanique n’a contribué au drame. Les inspections réalisées après l’accident par le fabricant de la remorque, la SAAQ et les experts mandatés ont confirmé le bon fonctionnement des systèmes hydrauliques, pneumatiques et électriques de l’équipement.

À la lumière de ses conclusions, la CNESST rappelle l’importance du respect rigoureux des distances d’approche des lignes électriques ainsi que de la formation spécifique des travailleurs appelés à utiliser des équipements déployables à proximité d’infrastructures sous tension. L’organisme entend également diffuser largement les enseignements tirés de ce drame auprès du milieu du camionnage et des établissements de formation afin d’éviter qu’un accident similaire ne se reproduise.

Éric Beaupré
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