[jpshare]

Décès d’un signaleur de chantier écrasé par un camionneur : la CNESST pointe des lacunes et conclut à un accident évitable à Drummondville

Décès d’un signaleur de chantier écrasé par un camionneur : la CNESST pointe des lacunes et conclut à un accident évitable à Drummondville
Décès de Mario Ross signaleur de chantier écrasé par un camionneur à Drummondville @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

DRUMMONDVILLE

Les conclusions de l’enquête de la CNESST sur le décès d’un travailleur sur un chantier à Drummondville ont été rendues publiques. Le rapport confirme qu’il s’agit d’un accident de travail évitable, attribuable à des lacunes dans la planification et la gestion de la circulation.

Décès de Mario Ross signaleur de chantier écrasé par un camionneur à Drummondville @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

L’enquête de la CNESST entourant le décès d’un signaleur de chantier, survenu le 4 avril 2025 sur la rue Robert-Bernard, à Drummondville, converge vers un constat clair : le drame aurait pu être évité. Selon les conclusions rendues publiques par l’organisme, une planification déficiente de l’accès au chantier et une gestion inadéquate des manœuvres de recul ont exposé le travailleur à un danger mortel.

Selon les conclusions du rapport obtenu par Le Vingt55 auprès de la CNESST, Mario Ross, 63 ans, identifié par le coroner Yvon Garneau peu de temps après l’accident, se trouvait sur les lieux au moment des faits et était à l’emploi de l’entreprise 9358-4753 Québec inc., entreprise est située sur la rue d’Iberville, à Boucherville, agissait à titre de signaleur de chantier au moment de l’accident.

Le travailleur, Mario Ross, contrôlait la circulation des usagers de la route tout en dirigeant les manœuvres de recul des camionneurs affectés à la livraison de pierre concassée. Vers 7 h 45, alors qu’un camion était immobilisé en attente le long de la rue, le signaleur s’est placé derrière la remorque basculante au moment où une automobiliste se présentait à l’entrée du chantier.

Le camionneur a alors entrepris une courte manœuvre de recul sans apercevoir le signaleur, qui a été heurté puis écrasé par la remorque. Transporté d’urgence au centre hospitalier, le travailleur a succombé à ses blessures.

L’enquête de la CNESST retient trois causes principales pour expliquer l’accident. D’abord, le conducteur a effectué une manœuvre de recul sans être dirigé, alors que le signaleur se trouvait directement derrière la remorque. Ensuite, la planification jugée insuffisante de l’accès au chantier, incluant la gestion des manœuvres de recul, a exposé le travailleur à un danger de heurt. Enfin, la gestion de la circulation des usagers de la route par un signaleur de chantier a elle-même été identifiée comme un facteur de risque, dans un contexte où cette mesure aurait pu être évitée par une organisation différente du chantier

La CNESST estime que l’accident aurait pu être évité par une planification préalable plus rigoureuse de la circulation sur le chantier.

Une telle planification aurait permis que l’entrée et la sortie des véhicules s’effectuent en marche avant, éliminant ainsi les manœuvres de recul et le recours à un signaleur. À défaut, l’organisme rappelle que des mesures strictes doivent être mises en place, notamment la création d’aires de recul balisées et interdites aux piétons, ou la présence continue d’un signaleur unique et qualifié pour guider le conducteur tout au long de la manœuvre.

Parallèlement à l’enquête administrative, l’enquête publique du coroner s’inscrit dans une démarche distincte de celle de la CNESST, sans égard à la responsabilité civile ou pénale, mais avec un objectif de prévention et d’amélioration des pratiques en matière de sécurité au travail.

Le coroner Yvon Garneau en entrevue au Vingt55 @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Joint par Le Vingt55, le coroner Yvon Garneau a confirmé qu’il ne pouvait commenter le rapport de la CNESST, n’étant plus officiellement le coroner saisi du dossier. Celui-ci a en effet été inscrit en enquête publique par le Bureau du coroner, une démarche distincte qui sera menée incessamment.

L’enquête publique sera présidée par Me Andrée Kronström. Aucune date n’a toutefois été arrêtée pour le moment, selon les informations obtenues par Le Vingt55.

Le dossier initialement confié au coroner Yvon Garneau a été transféré au Bureau du coroner en vue de la tenue d’une enquête publique, laquelle sera présidée par Me André Kronstrom, a confirmé le coroner Garneau en entrevue avec Le Vingt55.

Selon les informations confirmées par Le Vingt55, cette décision s’inscrit dans le contexte d’une série d’accidents graves survenus en milieu routier au fil des ans, dont plusieurs ont été rapportés par Le Vingt55, et qui ont coûté la vie à des signaleurs routiers dans l’exercice de leurs fonctions.

Certaines causes antérieures, dont celle de Pascal Cochon, ne feront toutefois pas partie de l’enquête publique, au grand regret de la famille. On se souviendra que, dans ce dossier, le rapport du coroner faisait notamment état de manquements importants et soulignait que le rapport d’enquête de la Sûreté du Québec n’avait pas été transmis au Directeur des poursuites criminelles et pénales.

Comme c’est l’usage dans ce type de dossier, cette enquête publique vise à examiner les circonstances entourant le décès dans une perspective de prévention, sans se prononcer sur d’éventuelles responsabilités civiles ou pénales.

Le recours à une enquête publique s’inscrit par ailleurs dans un contexte plus large, alors que plusieurs décès survenus lors d’interventions ou de travaux en milieu routier ont été recensés au fil des dernières années. Cette accumulation d’événements graves a mené le Bureau du coroner à juger nécessaire un examen plus approfondi des pratiques, des mécanismes de sécurité et de la coordination entre les différents acteurs concernés.

M. Dionne souligne par ailleurs qu’aucune zone sécuritaire dédiée aux manœuvres de recul, comme le suggérait le plan, n’avait été aménagée, ce qui aurait pu contribuer à éviter l’accident, selon lui. @ Crédit photo Éric Beaupré / Vingt55. Tous droits réservés.

Sécurité des chantiers : Jean-François Dionne interpelle la Ville de Drummondville et réclame des actions concrètes

Dans la foulée du rapport de la CNESST concluant à un accident de travail évitable, Jean-François Dionne, consultant en signalisation routière pour la division signalisation du syndicat Métallos, affirme avoir interpellé la Ville de Drummondville afin de discuter des risques présents sur certains chantiers.

En entrevue avec Le Vingt55, M. Dionne indique avoir transmis une demande de rencontre par courriel à la Ville afin de soulever les enjeux liés à la sécurité et à la gestion de la circulation. « J’ai envoyé un courriel à l’adresse générale de la Ville pour demander une rencontre afin de discuter des dangers observés sur des chantiers à Drummondville. J’ai reçu aujourd’hui une réponse m’indiquant que ma demande avait été transférée aux travaux publics et qu’un suivi me serait fait dans les prochains jours », précise-t-il.

Selon lui, des correctifs simples auraient pourtant pu être apportés afin de réduire les risques. Il soutient notamment qu’une fermeture complète de la voie de droite aurait dû être mise en place. « Il y avait déjà une voie bloquée. Il suffisait de fermer la voie de droite. Le signaleur aurait alors été à l’intérieur d’une zone sécuritaire. Il n’y avait pas besoin de gérer deux voies supplémentaires », explique-t-il.

Jean-François Dionne insiste également sur une nuance importante souvent mal comprise. « On parle d’un signaleur de chantier, mais dès qu’il se trouve dans la voie publique, il devient un signaleur routier. Cette distinction est essentielle, parce que les obligations en matière de sécurité ne sont pas les mêmes », précise-t-il.

Il affirme que le signaleur effectuait simultanément plusieurs tâches, ce qui, selon lui, augmentait considérablement les risques. « Il gérait jusqu’à quatre voies de circulation en même temps, en plus de la manœuvre de recul d’un camion. On demandait à une seule personne de faire deux, voire trois tâches à la fois. C’est exactement le type de situation que la CNESST dénonce depuis des années », rappelle-t-il, en faisant référence à des enquêtes antérieures.

M. Dionne souligne par ailleurs qu’aucune zone sécuritaire dédiée aux manœuvres de recul n’avait été aménagée, malgré les recommandations répétées de la CNESST. « C’était écrit en grosses lettres qu’un accident allait arriver. Il n’y avait aucune zone de sécurité pour la manœuvre de recul », déplore-t-il.

S’il se dit en accord avec les constats du rapport de la CNESST, il estime toutefois que la responsabilité ne peut reposer uniquement sur l’employeur. « L’association est d’accord avec le rapport, mais il faut aussi dire que la Ville a une part de responsabilité. Rien n’a été fait pour éviter un accident, malgré les avertissements et les rapports disponibles », soutient-il.

Jean-François Dionne affirme maintenant souhaiter que des actions concrètes soient mises en place afin de clarifier les responsabilités des travailleurs, des employeurs et des autorités municipales. « C’est important que ça bouge. Sinon, ce genre d’accident risque de se reproduire », conclut-il.

Le travailleur de chantier Mario Ross, a eu droit à un dernier hommage émouvant alors qu’un cortège funéraire avait été organisé par ses collègues, touchés par son décès.

En mémoire de Mario Ross, un cortège funéraire émouvant avait traversé la rues Notre-Dame à Montréal, réunissant famille, amis et collègues venus lui rendre hommage. C’est sous les klaxons, les applaudissements et les gyrophares que les travailleurs avaient tenu à saluer leur collègue décédé au travail. Profondément marqués par la perte de leur camarade, plusieurs travailleurs en signalisation routière et membres de la communauté du chantier s’étaient rassemblés pour honorer une dernière fois ce travailleur apprécié de tous, emporté tragiquement dans l’exercice de ses fonctions à Drummondville.

Le rapport de la CNESST sera diffusé auprès des associations sectorielles paritaires, des gestionnaires de mutuelles de prévention, des employeurs et des travailleurs concernés, de même que dans les établissements de formation offrant des programmes liés à la conduite d’engins de chantier, au transport par camion et à la formation des signaleurs de chantier. L’organisme souhaite ainsi que les enseignements tirés de ce décès contribuent à renforcer la sécurité sur les chantiers de construction, notamment en ce qui concerne les manœuvres de recul, reconnues comme une source de risque majeur de collision, de blessures graves ou de décès.

Le travailleur de chantier Mario Ross a reçu un dernier hommage de la part de ses collègues peu de temps après l’accident qui lui a coûté la vie @ Crédit photo Éric Beaupré / Vingt55. Tous droits réservés.

Éric Beaupré
PHOTOREPORTER
PROFILE

Suivez-nous sur les réseaux sociaux:

Les derniers articles

Faits divers

Suivez-nous sur les réseaux sociaux:

facebookyoutube-icon